Evènement
UNOC3 : quel bilan pour les îles de l’océan Indien ?

16 juin 2025
La troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC3) à Nice a permis l’adoption d’un plan d’action international. Malgré des avancées significatives, certaines annonces apparaissent insuffisantes.
Clap de fin pour la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan, autrement appelée UNOC3. Les 193 États membres de l’ONU se sont donné rendez-vous du 9 au 13 juin à Nice, en France hexagonale. Le but ? Mettre en œuvre l’objectif de développement durable n°14 (ODD 14) sur l’environnement marin, aujourd’hui le moins bien financé de tous. Pour cela, trois priorités ont été définies pour aboutir à un projet d’accord ambitieux : œuvrer à l’aboutissement des processus multilatéraux liés à l’océan pour rehausser le niveau d’ambition pour sa protection ; mobiliser des financements pour conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable et soutenir le développement d’une économie bleue durable ; renforcer et mieux diffuser les connaissances liées aux sciences de la mer pour une meilleure prise de décision politique. Dix ans après la tenue de la COP21 et l’Accord de Paris sur le climat, ce sommet mondial s’inscrit dans la continuité des deux premières conférences, organisées à New York en 2017 et à Lisbonne en 2022.
Après une semaine de rencontres et d’échanges, l’UNOC3 a abouti à l’adoption du Plan d’action de Nice pour l’océan. Ce dispositif non contraignant comprend deux axes : une déclaration politique adoptée par les États membres et plus de 800 engagements volontaires pris depuis la précédente conférence par des États, des scientifiques, des agences onusiennes et des acteurs de la société civile. L’un des objectifs majeurs du sommet était d’accélérer le déploiement du Traité sur la haute mer, dit BBNJ, adopté en 2023 pour préserver la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales. Alors que 60 ratifications sont nécessaires à son entrée en vigueur, 19 pays supplémentaires l’ont ratifié sur la seule semaine écoulée, portant le nombre total à 56. « Ce n’est pas tant ce qui se passe lors de la conférence qui compte, mais ce qui en découle », a insisté Peter Thomson, l’envoyé spécial de l’ONU pour l’océan. Ainsi, 14 autres États devraient ratifier le traité d’ici le 23 septembre prochain, date de la cérémonie officielle du Traité de Nice, organisée à New York.
Des aires marines vraiment protégées ?
Le Traité de la mer a déjà remporté l’adhésion des cinq pays membres de la Commission de l’océan Indien (Madagascar, les Comores, les Seychelles, Maurice et la France, à travers l’île de La Réunion). Leurs représentants malgaches et mauricien notamment, ont fait entendre leur souhait d’utiliser ce nouvel outil juridiquement contraignant pour renforcer les moyens de lutte contre la pêche illégale et la pollution plastique, entre autres. Les représentants des États membres de la COI, dont le président de l’Union des Comores, ont également plaidé pour la réalisation de l’objectif 30×30, à savoir le classement de 30 % des zones marines nationales en aires marines protégées sur les cinq prochaines années, comme prévu par la COP15 Biodiversité.
Ainsi, le président de la République française, Emmanuel Macron, a annoncé vouloir poursuivre les discussions avec son homologue malgache, Andry Rajoelina, pour aboutir à la mise en place d’une réserve naturelle nationale des îles Éparses. « Pour la protection de ce cœur de nature, nous rappelons que nous attendons la mise en place d’une protection efficace, exempte de toute activité industrielle impactante, notamment la pêche à la senne sur dispositif de concentration de poissons dérivants, plaident plusieurs associations environnementales à travers un communiqué commun. Dans les eaux métropolitaines, l’engagement de porter à 4 % la part du territoire marin classé en protection forte d’ici 2026 (contre 0,1 % actuellement) est un signal en demi-teinte. Ces zones ne répondent pas aux critères de protection stricte définis par la Commission européenne et ciblent exclusivement le fond marin en ignorant la colonne d’eau, et notamment des problématiques telles que les captures accidentelles. »
Exploitation minière et espèces menacées
À l’issue de l’UNOC3, 37 États ont soutenu un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds, invoquant l’insuffisance des données scientifiques et les risques pour la biodiversité. La déclaration finale appelle à la prudence mais n’impose aucune interdiction formelle. Plusieurs pays, dont la France, se sont positionnés clairement contre toute exploitation avant la mise en place d’un cadre juridique et écologique solide. Les États-Unis ont pris le contrepied en accélérant unilatéralement les démarches d’exploitation. En avril, l’administration Trump a autorisé l’octroi de permis via la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), sans passer par l’Autorité internationale des fonds marins (ISA). L’entreprise canadienne The Metals Company a ainsi déposé une demande pour exploiter une zone en haute mer. Cette initiative, critiquée pour son non-respect du droit international, vise à sécuriser l’accès aux métaux critiques sans dépendre des instances multilatérales.
Parallèlement, une quinzaine de pays, sous l’impulsion d’ONG internationales, ont lancé une coalition visant à endiguer l’extinction des raies et requins. Du fait de leurs cycles de reproduction lents et de la pression de la surpêche, leur population a été divisée par deux au cours des 50 dernières années. Aujourd’hui, un tiers des requins, des raies et des chimères sont ainsi menacés d’extinction, alerte l’UICN.
Les énergies fossiles passsées sous silence
Enfin, alors que la combustion des énergies fossiles constitue la principale cause du réchauffement climatique dans le monde, elles ne figurent pas dans le plan d’action. « L’exploration et l’exploitation pétrolières et gazières offshore ont été le sujet tabou de la troisième Conférence des Nations unies sur la coopération en matière de développement, constate Carlos Bravo Villa, expert en politique océanique. Aucun pays n’a osé évoquer la nécessité d’adopter, à tout le moins, une interdiction de la recherche de nouveaux gisements d’hydrocarbures en mer.»
Largement représentés lors de l’UNOC3, les petits États insulaires ont tiré la sonnette d’alarme face à l’inaction climatique. Ils ont insisté sur l’urgence de contenir les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités anthropiques, condition indispensable pour maintenir le réchauffement sous le seuil de 1,5 °C. En l’absence de mesures fortes, la montée du niveau marin risque d’engloutir ces territoires dans les prochaines décennies.
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