Faune sous-marine
Un tiers des requins, des raies et des chimères est menacé d’extinction

01 décembre 2024
L’Union internationale pour la conservation de la nature a publié un rapport qui met en évidence de nouvelles connaissances compilées par 353 experts de 115 pays. Leurs conclusions soulignent la nécessité urgente de lutter contre la surpêche et les prises accessoires dans tous les pays.
Le Groupe d’experts sur les requins de la Commission de la survie des espèces (SSC) de l’UICN a publié un rapport sur l’état des requins, des raies et des chimères (des poissons cartilagineux qui peuplent les abysses), près de 20 ans après son premier rapport qui avertissait que les requins étaient menacés mais sous-représentés en matière de conservation. Aujourd’hui, nous en savons plus que jamais sur les requins, les raies et les chimères, mais l’ampleur de leur déclin menace de surpasser les progrès réalisés en matière de recherche et de politique.
Au Sultanat d’Oman, l’huile de foie de requin est utilisée dans la fabrication de khôl traditionnel. En Indonésie, les peaux de requins et de raies sont transformées en chips.
Les raies sont l’équivalent de la mer des ailes de poulet dans les restaurants des Etats-Unis, aux côtés des requins mako et pèlerins. A travers l’Europe, vous pouvez porter un sac de luxe en peau de raie tout en dégustant de la viande de requin vendue sous le nom de congre européen, commander du veau de mer en France, ou découvrir les joues de raie proposées comme une délicatesse en Belgique.
Les peaux de raie et de requin sont transformées en chaussures, portefeuilles, ceintures, sacs à main et porte-monnaies en Thaïlande. Au Yémen, même les cornées des yeux de requin auraient été utilisées pour des greffes humaines et le cartilage est commercialisé comme un remède contre toutes sortes de maux humains.
Ces informations extraordinaires, détaillées pays par pays dans le rapport, consolidèrent la biologie, la pêche, le commerce, les efforts de conservation et les réformes politiques concernant les requins, les raies et les chimères dans 158 pays et juridictions. Long de plus de 2 000 pages, ce rapport fait suite à celui de 2005, qui mettait en lumière une augmentation du commerce mondial des ailerons et le faible profil de conservation des requins, et plus particulièrement des raies et des chimères.
Depuis lors, la demande mondiale de viande de requin et de raie a presque doublé. Elle est désormais 1,7 fois supérieure à celle du commerce mondial des ailerons. Le commerce s’est diversifié et des produits tels que les plaques branchiales de raie, l’huile de foie et les peaux sont désormais évalués à près de un milliard de dollars américains de recettes annuelles.
Seulement un quart des espèces ciblées
Sarah Fowler, de la Save Our Seas Foundation (SOSF) a dirigé la publication du rapport de 2005 et a contribué à la dernière version. Elle déclare : « La conservation et la gestion des requins sont difficiles pour diverses raisons, mais de nombreux gouvernements brisent les silos qui séparent la façon dont nous traitons les requins et les raies en tant que ressources de pêche et en tant que faune à conserver, atteste t-elle. « Près de 20 ans après le premier rapport, il y a eu des changements drastiques, les requins et les raies font désormais partie des vertébrés les plus menacés de la planète », explique à son tour Alexandra Morata, responsable du programme Groupe d’experts sur les requins (SSG) au sein de la Commission de la survie des espèces de l’UICN.
La surpêche est la principale cause de l’extinction de nombreuses espèces. L’Indonésie, l’Espagne et l’Inde sont les plus grands pays pêcheurs de requins au monde, suivis du Mexique et des Etats-Unis, qui complètent le top cinq des pays capturant des requins. Cependant, seules 26 % des espèces sont ciblées spécifiquement : la plupart sont capturées (et retenues) comme prises accessoires. Des déclins massifs de populations ont été observés chez les raies rhinocéros (comme le poisson-scie), les raies fouets et plusieurs espèces de requins.
Cependant, deux décennies de recherche et d’importants changements politiques signifient que les solutions sont désormais clairement définies, pays par pays, et peuvent guider les gouvernements pour mettre en œuvre des actions de conservation et rendre la pêche durable.« Ce rapport est un appel à l’action afin que nous puissions travailler ensemble et faire de chacune des recommandations du pays une réalité, en particulier celles relatives à la gestion responsable des pêches. C’est la seule façon pour ces espèces de survivre et de continuer à prospérer dans les écosystèmes aquatiques », déclare le Docteur Rima Jabado, vice-président du SSC de l’UICN et président du SSG qui a dirigé le rapport de 2024.
Jusqu’à 80 % des revenus des pêcheurs
« Nous avons besoin de requins, de raies et de chimères. Nous commençons tout juste à déchiffrer le rôle qu’ils jouent dans la fourniture de ressources et de services de survie, insiste l’UICN. Certaines espèces recyclent les nutriments dans l’océan ; d’autres luttent contre le changement climatique en agissant comme des puits de carbone ou en maintenant des écosystèmes qui séquestrent le carbone, comme les mangroves. Ils sous-tendent la sécurité alimentaire dans les communautés côtières vulnérables. » Dans certains pays en développement, les pêcheurs ont signalé que plus de 80 % de leurs revenus dépendent de la pêche aux requins et aux raies.
« Le rapport est également le reflet de l’énorme dévouement des scientifiques, des chercheurs et des écologistes qui travaillent en tant que communauté pour contribuer à la conservation et apporter un changement durable », ajoute le Docteur Jabado. L’accès aux régions éloignées, en particulier à travers l’Afrique, a permis d’accroître la compréhension scientifique de l’ampleur de l’exploitation. Les connaissances se sont considérablement améliorées en Asie, en Afrique, en Amérique centrale, dans les Caraïbes et dans l’océan Indien. Il existe également des cas prometteurs de pêche durable au Canada, aux Etats-Unis et en Australie. Si l’Union internationale pour la conservation de la nature reconnaît des progrès « incroyables » dans la recherche et la politique, « ce travail acharné ne sauvera les espèces de l’extinction que si les recommandations du rapport sont mises en œuvre à l’échelle nationale. »
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