Boutique

Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Evènement

COP16 biodiversité : les négociations sur les financements échouent

06 novembre 2024

Par : Solène Peillard

Deux ans après le dernier Sommet mondial consacré au vivant, la COP16 s’est installée deux semaines durant en Colombie. Malgré une prolongation de 24 heures, toutes les négociations n’ont pas pu aboutir. Certaines avancées ont néanmoins été saluées.

Un bilan en demi-teinte. Après deux semaines de négociations, la 16ème convention sur la diversité écologique, ou COP16 biodiversité, s’est achevée ce samedi 2 novembre, dans la ville colombienne de Cali, au lendemain de la date initialement prévue. Les débats ont en effet dû être prolongés faute d’accord conclu entre les 196 pays. Mais avec le départ de certaines délégations, le nombre minimal de participants nécessaire n’a pu être atteint, marquant la fin des échanges. Et ce malgré l’absence de consensus quant à la création ou non d’un nouveau fonds consacré à la biodiversité, le système actuel étant jugé inadapté et inéquitable par les pays en développement. Une proposition rejetée par les pays développés, qui l’estiment plus coûteuse et moins efficace.

« Malgré les efforts courageux de la Colombie et le travail inlassable de nombreux négociateurs pour trouver un consensus et construire des ponts entre les pays, ce résultat met en péril la mise en œuvre du cadre mondial de biodiversité de Kunming-Montreal (KMGBF), déplore l’ONG WWF International. Personne ne devrait être d’accord avec cela – parce que cela nous affectera tous. La mission d’arrêter et d’inverser la perte de nature d’ici 2030 n’a jamais été facile, mais nous nous écartons maintenant dangereusement. » Fin 2022, la COP15 biodiversité tenue au Canada avait abouti sur l’élaboration d’une feuille de route dite 30×30, visant à protéger 30 % des espaces terrestres et 30 % des espaces marins et des eaux douces d’ici 2030.

Cet objectif ambitieux prévoit la mobilisation de 200 milliards de dollars par an de sources publiques et privées pour le financement de la biodiversité. Pour y contribuer, les pays développés s’étaient engagés à fournir 20 milliards de dollars américains d’ici 2025. Dans un récent communiqué de presse, le Programme des Nations unies pour l’environnement et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) s’inquiétaient du retard pris quant à l’accord de Kumming-Montréal : « Il reste une zone terrestre de la taille du Brésil et de l’Australie réunis, et en mer, une zone plus grande que l’océan Indien, à désigner d’ici à 2030 pour atteindre l’objectif mondial de protection », pointent-ils du doigt. Actuellement, 17,6 % des terres et des eaux intérieures se situent en zones protégées, contre 8,4 % des océans et zones côtières.

De timides efforts

Deux ans plus tard, l’actuel fonds du cadre mondial pour la biodiversité – ou Global Biodiversity Framework Fund (GBFF) – totalise aujourd’hui « seulement » 407 millions de dollars, soit 0,2 % du montant total, issus de 12 pays donateurs. Les négociations concernant les progrès du suivi ont elles aussi dû être suspendues. Au cours des deux semaines d’échanges, celles-ci se concentraient surtout sur le comblement des lacunes dans le cadre de surveillance et sur les modalités d’un processus d’examen mondial en 2026 et 2030, ce qui aiderait à tenir les pays responsables de la mise en œuvre du KMGBF. Deux ans après la tenue de la COP15 biodiversité, moins de 35 pays sur 196 signataires avaient soumis leur plan national au 29 octobre dernier, selon l’ONU.

Rendez-vous donc en Arménie pour la COP17 l’année prochaine, où les Etats signataires devront dresser le bilan des efforts entrepris, sans même avoir convenu sur les indicateurs de suivi… « Les gouvernements de Cali ont présenté leurs plans pour protéger la nature, mais n’ont pas été en mesure de parvenir à des accords pour mobiliser l’argent pour rendre cette protection effective. Les financements stagnent après un manque assourdissant de promesses crédibles de la part des gouvernements riches et un lobbying commercial sans précédent », regrette à son tour Celia Ojeda, responsable de la biodiversité de Greenpeace.

Des avancées demeurent

Si la COP16 biodiversité n’a pas permis de trancher tous les sujets, elle a néanmoins permis quelques succès salués par la communauté internationale. Parmi eux, le partage des bénéfices provenant des données génétiques de la nature. Le Fonds Cali nouvellement créé devra ainsi être alimenté par les sociétés pharmaceutiques, alimentaires, cosmétiques ou autres qui génèrent des bénéfices grâce aux données numérisées issues de plantes ou d’animaux de pays en développement. Par exemple, un industriel alimentaire qui utilise un arôme synthétique de vanille devra contribuer au Fonds Cali, cette plante n’étant autrefois connue que d’une tribu indigène mexicaine. Une façon d’éviter, ou en tous cas de limiter, le « pillage des richesses des pays en développement » par les entreprises de pays plus riches, défendait le représentant brésilien en séance plénière lors de la COP16. L’accord adopté précise que les entreprises qui utilisent de telles ressources devront reverser 0,1 % de leur revenus, ou 1 % de leurs bénéfices dérivés de ces données génétiques. De quoi potentiellement récolter plusieurs milliards de dollars…

La prise en compte des communautés locales et peuples autochtones ainsi que la reconnaissance de leur culture savoir-faire ancestraux sont directement liés à la réussite des projets de conservation.
La prise en compte des communautés locales et peuples autochtones ainsi que la reconnaissance de leur culture et savoir-faire ancestraux sont directement liés à la réussite des projets de conservation.

Autre avancée majeure très largement saluée : la meilleure prise en compte des peuples autochtones et communautés locales. Si elles ne représentent que 6 % de la population mondiale, elles occupent à elles seules des terres abritant 80 % de la biodiversité restant sur la planète. Pour mieux les intégrer aux négocations, la COP16 a abouti sur la création d’un organe permanent de la Convention sur la diversité biologique (CDB) représentant les peuples et communautés locales, première revendication des principaux intéressés. Cette mesure s’accompagne de la reconnaissance plus spécifique des communautés d’ascendance africaine. Un heureux clin d’oeil au thème de cette 16ème Convention : Paix avec la nature. « C’est un moment sans précédent dans l’histoire des accords multilatéraux sur l’environnement », a applaudi l’une des représentante des peuples Quechuas, Camila Romero. Le texte reconnaît également les communautés d’ascendance africaine. Cette avancée en faveur des peuples autochtones est jugée insuffisante par certains : « Leur culture qui considère la nature comme un bien commun n’a pas été adoptée par les négociateurs d’une manière générale. On est dans un antagonisme qui est purement budgétaire entre des pays qui ne se rendent pas compte qu’ils jouent perdants-perdants alors qu’ils pourraient essayer de jouer gagnants-gagnants », juge Philippe Grandcolas, directeur scientifique de l’Institut Ecologie et Environnement au CNRS.

Des réactions locales

Max Fontaine, ministre de l’Environnement et du Développement durable, présidait la délégation malgache composée d’une cinquantaine de membres.

A l’échelle de la région, Madagascar s’est particulièrement fait remarquer lors de la COP16. Pour preuve, la ministre colombienne a désigné la Grande Ile pour incarner l’épineuse question de la mobilisation des ressources naturelles. La délégation malgache en Colombie comptait 52 personnes issues du gouvernement, du milieu scientifique, du secteur privé et de la société civile. A leur tête, le ministre de l’Environnement et du Développement durable, Max Fontaine, a tenu à souligner le « respect croissant par notre pays dans la diplomatie verte ».  Son homologue seycheillois, Flavien Joubert, a quant à lui préféré appeler à la prudence concernant les questions de financement, espérant que ceux-ci répondent véritablement aux objectifs de conservation du pays sans compromettre ses valeurs. Le ministre a par ailleurs fait preuve de réticence face à la proposition de la mise en place de « crédits pour la biodiversité » afin de permettre aux entreprises de soutenir les efforts de conservation du vivant, craignant qu’ils ne soient perçus par les investisseurs que comme de simples opportunités financières.

A Mayotte aussi, les réactions ne se sont pas faites attendre. La COP16 à peine clôturée, les Naturalistes a tenu à rappeler le « maigre » bilan des deux années écoulées depuis la précédente Convention des parties sur la biodiversité : « La pression sur les espaces naturels est très forte, même les espaces en protection forte ne sont pas à l’abri de la déforestation. La situation est bien pire dans des espaces peu ou pas protégés, y compris dans des portions de territoire classées en tête des zones à mettre en protection forte d’après le Plan d’action territorial. Mais aucune décision n’a encore été prise, tout comme dans le lagon où des récifs, des herbiers marins, des zones de reproduction mériteraient une protection renforcée », déplore l’association qui rappelle que l’Insee prévoit un doublement de la population insulaire d’ici 2050, ce qui accélérerait les pressions sur les zones. naturelles. Une autre échéance significative après celle de 2030.

Photo en Une : Lors de la COP16, António Guterres, secrétaire général des Nations Unies, a lancé un appel à reconnaître les connaissances, innovations et pratiques vitales des peuples autochtones et d’ascendance africaine, des agriculteurs et des communautés locales. © ONU

 

Protéger 1 % de la planète éviterait une nouvelle grande extinction

Voir plus sur la thématique : Evènement