Conservation
Protéger 1 % de la planète éviterait une nouvelle grande extinction

01 juillet 2024
Une récente publication scientifique invite à revoir complètement les stratégies de conservation à l’échelle mondiale. Alors qu’une centaine d’Etats se sont engagés à protéger 30 % de la planète d’ici 2030, l’étude prône un ciblage plus restreint sous cinq ans pour enrayer un plus grand nombre d’extinctions à court terme.
164 millions d’hectares suffiraient à protéger 4 700 espèces menacées. Une étude internationale publiée dans la revue Frontiers vient de dresser une liste de zones considérées comme des « impératifs de conservation ». Ces 16 825 sites exclusivement terrestres abritent des espèces animales et végétales rares et menacées mais ne sont pour autant pas protégés à l’heure actuelle. Avec 998 localités concernées – essentiellement des forêts sèches et humides -, Madagascar est le quatrième pays comptant le plus d’impératifs de conservation au monde.
Ces zones ne couvrent que 1,22 % de la surface terrestre. Pourtant, leur protection permettrait de réduire considérablement le risque d’extinction des espèces ciblées « en tenant compte des conditions futures probables dans chaque région ». De quoi possiblement enrayer la sixième extinction de masse, qui, selon certains scientifiques, aurait déjà commencé. A la différence des cinq épisodes précédents, celui-ci est le premier à avoir été provoqué exclusivement par les activités humaines. La déforestation, l’urbanisation et l’agriculture déraisonnée ont en effet profondément modifié, voire détruit les habitats naturels, sans compter la pollution, la surexploitation des ressources et l’introduction d’espèces exotiques envahissantes.
Ce recul de la biodiversité est désormais observable en tout point du monde. Pour limiter l’effondrement des écosystèmes, 190 Etats ont adopté, à l’issue de la 15ème Conférence des Nations Unies sur la diversité biologique – ou COP15 biodiversité -, l’objectif dit « 30 x 30 ». Il vise à convertir 30 % de la planète en zones protégées d’ici 2030. « Cette stratégie encouragera la protection de vastes zones pour atteindre les cibles, mais elle peut facilement entraîner une sous-représentation de la biodiversité, signale l’étude. Les objectifs de protection des terres doivent tenir compte de l’urgence de prévenir les extinctions de nombreuses espèces et les disparitions de petites populations rares et à aire de répartition restreinte. »
« Prévenir l’extinction est abordable et faisable »
L’étude signée par une vingtaines de co-auteurs s’est également penchée sur l’aspect financier d’une telle stratégie. D’abord, les impératifs de conservation sont « hautement concentrés » de manière à optimiser les coûts liés à la transformation de ces zones en aires protégées. Ensuite, plus d’un tiers des sites recensés – principalement des forêts humides tropicales et subtropicales – sont adjacents ou situés à moins de 2,5 kilomètres de zones protégées déjà existantes, ce qui est susceptible de réduire considérablement les coûts d’acquisition et de gestion des terres. Plusieurs approches seront nécessaires pour atteindre les objectifs de protection à long terme. Parmi elles, l’octroi des droits et des titres aux communautés locales pour conserver les terres traditionnelles, la désignation de nouvelles aires protégées sur les terres dont les Etats sont propriétaires ou encore l’achat ou la location à long terme de terrains privés. Quoi qu’il en soit, les chercheurs le certifient :« Prévenir l’extinction est abordable et faisable ».
D’après les estimations des chercheurs, la protection des terres tropicales, où les risques d’extinctions sont les plus nombreux, coûterait environ 169 milliards de dollars américains, soit moins de 33 milliards par an sur cinq ans. Mais en se concentrant plus étroitement sur les dix écorégions néotropicales contenant le plus grand nombre d’impératifs de conservation, 23 % de tous les sites identifiés seraient protégés pour un coût d’acquisition de terres estimé à 1,4 milliard de dollars par an pendant cinq ans. Plusieurs études ont suggéré que jusqu’à 224 milliards de dollars par an pendant dix ans seraient nécessaires pour protéger la nature à l’échelle mondiale. Or, « les impératifs de conservation pourraient aider à cibler ces investissements au cours des cinq prochaines années pour protéger les sites où la biodiversité irremplaçable est concentrée, tout en permettant aux États-nations de formuler des stratégies à plus long terme pour traiter un nombre réduit de taxons, d’habitats et de processus écologiques menacés ».
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