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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Changement climatique

Le réchauffement climatique pourrait s’accélérer sur tous les fronts

20 janvier 2026

Par : La rédaction

Plusieurs dizaines de chercheurs internationaux ont compilé les principaux enseignements scientifiques des deux dernières années. Leur objectif : en faciliter l’intégration dans les processus décisionnels, notamment en matière de réchauffement climatique. Tour d’horizon.

Les indicateurs climatiques mondiaux continuent d’envoyer des signaux d’alerte croissants. Début 2025, la World Meteorological Organization (WMO) a confirmé que 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne atteignant 1,55°C au-dessus des niveaux préindustriels. Il ne s’agit pas encore d’un dépassement de l’objectif de l’Accord de Paris sur le climat, visant à maintenir le réchauffement à long terme en dessous de 1,5°C, mais cela montre à quel point le monde s’en approche. Ce réchauffement exceptionnel s’est accompagné notamment de records de température des océans, de l’élévation du niveau de la mer et d’une perte spectaculaire de masse des glaciers.

La hausse continue des températures mondiales alimente des phénomènes extrêmes plus fréquents et plus intenses — vagues de chaleur, sécheresses, incendies, tempêtes et inondations — entraînant d’importantes pertes humaines et économiques. Malgré ces risques croissants, les émissions anthropiques de gaz à effet de serre ont continué d’augmenter en 2023 et 2024, accentuant la progression des concentrations atmosphériques. Or, les efforts actuels d’atténuation demeurent insuffisants. Même pleinement mises en œuvre, les contributions déterminées au niveau national (NDC) ne réduiraient les émissions mondiales que de 5,9 % d’ici 2030 par rapport à 2019 — bien loin des 42 % requis pour rester sous la barre de 1,5 °C d’ici la fin du siècle.

Dans ce contexte, la science joue un rôle essentiel pour éclairer la mise en œuvre des engagements climatiques aux niveaux international, national et local. Ainsi, l’initiative « 10 New Insights in Climate Science » propose une synthèse annuelle des avancées issues de la littérature scientifique récente. Fraîchement publiée, l’édition 2025-2026 repose sur le travail de plus de 70 chercheurs et les contributions de plus de 150 experts. Son objectif est de faciliter l’intégration rapide des nouvelles connaissances scientifiques dans les processus décisionnels, en se basant sur 10 grands enseignements tirés des deux dernières années.

Les crises s’amplifient mutuellement

Si le passage du phénomène El Niño a amplifié les records récents de températures, ces variations ne suffisent pas, à elles seules, à expliquer les anomalies climatiques observées. La forte augmentation du déséquilibre de la Terre sur les dernières années suggère ainsi que le réchauffement climatique pourrait s’accélérer. « Cela renforce l’urgence de réduire les écarts croissants, tant en matière de diminution des émissions que d’investissements dans l’adaptation », pointent du doigt les auteurs du rapport.

Par ailleurs, le rythme sans précédent du réchauffement des eaux de surface et l’intensification des vagues de chaleur marines entraînent de lourdes pertes écologiques, fragilisent les moyens de subsistance côtiers et aggravent les risques liés aux événements météorologiques extrêmes, tout en affaiblissant le rôle de l’océan en tant que puits de carbone. Parmi les plus affectés : l’océan Atlantique, l’océan Indien et le Pacifique Ouest, où certaines espèces et pêcheries sont déjà affectées.

Perte supplémentaire de diversité végétale et perte de carbone associée, en cas de très fortes émissions (adapté de Weiskopf et al., 2024).

À l’échelle mondiale, une baisse « significative » de l’absorption du carbone par les terres émergées a été enregistré en 2023. Les écosystèmes de l’hémisphère Nord, autrefois considérés comme plus stables, sont de plus en plus affectés par les incendies de forêt et le dégel du pergélisol. La possibilité d’un affaiblissement des puits naturels de carbone aggravé par le réchauffement actuel souligne l’urgence d’accélérer à la fois la réduction des émissions et le retrait du dioxyde de carbone de l’atmosphère.

Un nombre croissant de données montre que le changement climatique et la perte de biodiversité se renforcent, créant un cercle vicieux qui menace à la fois le stockage du carbone et la résilience des écosystèmes. Une action coordonnée offre une voie pour maximiser les co-bénéfices et éviter la fragmentation des politiques, en donnant la priorité à la protection et à la restauration des écosystèmes riches en biodiversité ainsi qu’à la préservation des puits de carbone naturels.

Des risques sanitaires et économiques

Le changement climatique accélère l’épuisement des eaux souterraines comparativement aux décennies passées. L’augmentation des températures peut accroître l’évaporation, empêchant les stocks de se remplir lors de la saison chaude, et ce même en cas de fortes pluies. Dans le même temps, les besoins socio-économiques croissants font peser des pressions de plus en plus lourdes sur la ressource. Les risques qui peuvent en découler incluent notamment des menaces pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, ainsi que l’affaissement des sols et l’infiltration d’eau de mer dans les nappes phréatiques.

Parallèlement, la dengue connaît la plus vaste flambée mondiale jamais enregistrée. Les modifications des températures dues au changement climatique ont élargi les habitats des moustiques, vecteurs de la maladie, et prolongé les périodes de transmission, aggravant les effets de l’urbanisation, de l’interconnexion mondiale et d’une gestion insuffisante des déchets. Les systèmes de santé sont déjà sous tension face aux flambées actuelles, et les projections annoncent une hausse plus marquée encore au cours de ce siècle.

Le stress thermique induit par le changement climatique menace même la productivité mondiale au travail et, par ricocher, les revenus qu’elle génère. Si les pertes directes sont les plus importantes dans les pays en développement, les impacts économiques se feront sentir à l’échelle mondiale, amplifiés par les chaînes d’approvisionnement et le commerce international. Les pertes annuelles projetées sur le produit intérieur brut (PIB) sont nettement plus faibles dans les scénarios à faibles émissions, ce qui souligne l’urgence d’une action d’atténuation plus ambitieuse.

Un déploiement sûr et à grande échelle du retrait du dioxyde de carbone est nécessaire pour traiter les émissions difficiles à réduire et les risques climatiques. L’augmentation maîtrisée des capacités de retrait du dioxyde de carbone (CDR) est indispensable pour compléter — et non remplacer — des réductions rapides des émissions. L’élaboration de lignes directrices internationales solides et le soutien à la recherche et à l’innovation sont essentiels pour combler le « fossé du CDR » et atteindre à la fois les objectifs à court terme et la stabilité climatique à long terme, tout en garantissant des garde-fous environnementaux et sociaux.

L’expansion rapide des marchés de crédits carbone s’est accompagnée de sérieux problèmes d’intégrité liés à des défauts systémiques. En effet, de nombreux projets surestiment la séquestration de carbone et ne démontrent pas leur caractère additionnel. Une dépendance excessive à des crédits de faible qualité risque de retarder la décarbonation directe. Les progrès récents en matière de critères renforcés, de transparence et de normes de marché, ainsi qu’une évolution vers la reconnaissance des crédits comme des contributions plutôt que comme des substituts aux réductions directes d’émissions, laissent toutefois entrevoir la voie vers des marchés plus crédibles et constructifs.

Enfin, les combinaisons de politiques surpassent les mesures isolées pour réduire les émissions. Des ensembles de politiques soigneusement conçus, notamment ceux intégrant une tarification du carbone, tendent à produire des réductions d’émissions plus importantes que des mesures prises isolément. Les dispositifs incluant une tarification du carbone ou une diminution des subventions aux combustibles fossiles se révèlent particulièrement efficaces ; toutefois, leur conception doit être adaptée au contexte national. Des approches coordonnées entre secteurs et une harmonisation des mécanismes de reporting peuvent maximiser l’apprentissage et l’impact.

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