Boutique

Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Conservation

Coup d’oeil sur les forêts tropicales du sud-ouest de l’océan Indien

Upapa marginata, dans les forêts de Madagascar

27 mars 2026

Par : La rédaction

Issues de millions d’années d’isolement évolutif, les forêts tropicales du sud-ouest de l’océan Indien abritent une biodiversité et un taux d’endémisme exceptionnels. Cependant, la conservation des ces écosystèmes uniques est un enjeu complexe, où les réponses scientifiques se heurtent aux réalités sociales et politiques des territoires.

Protéger les forêts tropicales et les communautés qui en dépendent apparaît comme un enjeu complexe, car il s’agit de proposer des actions de terrain et politiques face aux pressions croissantes liées aux activités humaines. La mauvaise gestion des sols est aujourd’hui la cause principale de la déforestation. La fragmentation expose ces forêts à des menaces croissantes et multiples : invasions biologiques, braconnage, sécheresse et feux, érosion des sols, etc. À Madagascar par exemple, les grands massifs forestiers ont été progressivement morcelés par l’expansion des pratiques agricoles, l’exploitation de bois précieux pour l’exportation, l’exploitation minière et les routes. À Maurice, cette dégradation atteint un niveau extrême : les forêts indigènes à canopée ne couvrent plus que quelques centaines hectares parmi les dix mille hectares boisés et dominés par quelques espèces très envahissantes comme la goyave de Chine.

Isolées les unes des autres, les parcelles forestières deviennent plus vulnérables à l’érosion, aux sécheresses, aux incendies et aux espèces exotiques envahissantes. Autour de ces noyaux persistent souvent des forêts dites secondaires, issues de coupes anciennes ou de régénérations partielles. À La Réunion, par exemple, ces forêts secondaires maintiennent un couvert végétal parfois continu, mais leur structure et leur fonctionnement sont profondément modifiés : les grands arbres indigènes sont absents de la canopée et le sous-bois très appauvri en arbustes ou herbacées indigènes est dominé par des espèces très invasives (goyavier, choka, tabac boeuf, troenes, fushias, …). À ces transformations visibles s’ajoutent des processus plus discrets, mais tout aussi préoccupants.

Menaces principales sur les forêts tropicales

La mauvaise gestion des sols, souvent issue de choix politiques répondant à des besoins immédiats, fragilise les forêts, réduit les ressources disponibles et accentue les vulnérabilités écologiques et sociales, comme la pauvreté rurale et la disponibilité en eau.

Madagascar
≈ 32 millions d’habitants / 58 habitants par kilomètre carré

Bien qu’elle ne représente qu’une infime partie de la surface de la planète, Madagascar abrite entre 11 000 et 14 000 espèces de plantes et plus d’un millier de vertébrés, dont respectivement 82 % et 90 % sont endémiques. Elle comptabilise aussi 20% de la population mondiale de primates, avec 112 espèces de lémuriens.

Maurice
≈ 1,27 million d’habitants / 625 habitants par kilomètre carré

La disparition avancée des forêts indigènes a fortement affecté la biodiversité endémique. Bien que des programmes de conservation ciblés aient permis de stabiliser certaines populations d’espèces menacées, la restauration des habitats naturels demeure l’approche la plus durable et la plus efficace à long terme.

La Réunion
≈ 882 000 habitants / 353 habitants par kilomètre carré

Sur cette île volcanique jeune, la forêt de Mare Longue, dernier vestige de forêt tropicale humide de très basse altitude des Mascareignes, s’est développée sur des coulées de lave qu’on estime avoir 500 ans, dont la régénération est cependant altérée par la disparition des principaux animaux disséminateurs endémiques il y a deux siècles.

Pas de forêts sans disséminateurs
La disparition progressive des grands animaux indigènes, comme les lémuriens, les oiseaux frugivores, les roussettes ou les reptiles herbivores, perturbe des fonctions écologiques essentielles, notamment la dissémination des graines. L’extinction ou le déclin de nombreux oiseaux forestiers
à Maurice, comme le founingo hollandais (Alectroenas nitidissimus), a modifié en profondeur la régénération des arbres indigènes. À La Réunion, certaines espèces endémiques et emblématiques ont déjà disparu depuis longtemps, à l’instar des tortues géantes (Cylindraspis indica), tandis que d’autres, à l’image du Bulbul endémique (Hypsipetes borbonicus) voient leurs effectifs diminuer drastiquement depuis plusieurs décennies. La raréfaction de ces disséminateurs altère directement mais lentement les mécanismes de régénération de nombreuses espèces végétales structurantes des forêts indigènes.

Ces effets différés expliquent pourquoi la perte de biodiversité dans les forêts tropicales est souvent sous-estimée. Les images satellites globalisent les superficies de forêts secondaires et de forêts indigènes primaires peu perturbées produisant des tendances globales vers un couvert forestier stable. De tels outils numériques ne peuvent que difficilement mesurer la perte de fonctions écologiques. Dans le sud-ouest de l’océan Indien, où l’endémisme est parmi les plus élevés au monde, ces pertes de diversité (des fonctions et des espèces) prennent une dimension critique car elles sont souvent irréversibles dans des territoires insulaires et exigus.

Mayotte
≈ 337 000 habitants / 899 habitants par kilomètre carré

À Mayotte, les forêts jouent un rôle clé pour la ressource en eau et agissent comme barrière naturelle contre l’érosion des sols volcaniques, protégeant directement le lagon, l’un des plus grands et des plus riches de l’océan Indien.

Les Comores
≈ 883 000 habitants / 474 habitants par kilomètre carré

Les forêts montagnardes des Comores captent l’humidité des nuages, contribuant fortement à la recharge des nappes phréatiques et à l’approvisionnement en eau douce des îles. Cependant, une grande majorité des rivières se sont taries à cause de la déforestation, notamment à Anjouan.

Les Seychelles
≈ 133 000 habitants / 291 habitants par kilomètre carré

Certaines forêts seychelloises reposent sur des roches granitiques parmi les plus anciennes au monde, vestiges du supercontinent Gondwana, et abritent des lignées végétales uniques.

Forêts modifiées par l’activité humaine, dites « secondaires » : quel espoir ? 
À l’échelle locale, une approche pragmatique vise à reconnaître les forêts secondaires comme un état de fait, mais aussi comme des espaces potentiellement fonctionnels et restaurables.
Cette approche s’appuie aussi sur les vestiges de forêts tropicales plus anciennes ou primaires, aujourd’hui fortement fragmentées mais constituant encore des réservoirs essentiels de biodiversité. Autour de ces noyaux forestiers, il est possible de réduire l’impact des perturbations humaines et de reconnecter les massifs entre eux par la restauration écologique active, comme à Ambohitantely à Madagascar, afin de les rendre plus résistants aux feux et aux sécheresses, et moins vulnérables aux activités d’extraction de ressources. Le soutien de ces actions de terrain à long terme et leur suivi scientifique nous dirons comment une partie du vivant a pu reconquérir de vastes espaces et reconstruire des milieux naturels fonctionnels.

Les grands types de forêts tropicales
du sud-ouest de l’océan Indien

Les forêts humides 

Grands arbres toujours verts à croissance rapide, avec feuillage dense, souvent accompagnés de lianes et d’épiphytes, des organismes qui poussent en se servant d’autres plantes comme support.

Les forêts sèches

Elles sont formées d’arbres caducifoliés, c’est-à-dire qui perdent leurs feuilles de manière périodique. Ces arbres sont résistants à la sécheresse, souvent de taille moyenne, avec feuilles épaisses ou petites.

Les forêts montagnardes

Elles concentrent des arbres de petite à moyenne taille, à croissance lente, au tronc souvent noueux, recouvert d’épiphytes, aux branches drappées de mousses ou de lichens.

 

Les forêts nuageuses

Dans la brume, on retrouve des arbres couverts de mousses, lichens et fougères épiphytes, aux feuilles larges capables de capter l’humidité du brouillard.

Les mangroves et les forêts littorales

Elles concentrent des arbres de petite à moyenne taille, à croissance lente, au tronc souvent noueux, recouvert d’épiphytes, aux branches drappées de mousses ou de lichens.

Les forêts marécageuses et ripicoles

Elles sont caractérisées par des arbres tolérants aux inondations prolongées, avec racines adaptées aux sols pauvres en oxygène.

 

 

 

Voir plus sur la thématique : Conservation