Des forêts sèches vulnérables

Si les microcèbes brillent par leur adaptabilité, les forêts sèches malgaches, elles, comptent parmi les écosystèmes les plus menacés de l’île. Naturellement fragiles, elles ont une croissance très lente, adaptée à la rareté de l’eau et aux conditions climatiques extrêmes. Elles poussent difficilement et subissent donc de plein fouet les effets des activités humaines et du dérèglement climatique, pouvant mettre des décennies, voire des siècles, à se régénérer. « La restauration des forêts sèches est un enjeu majeur à Madagascar. Mais par souci d’efficacité, les solutions mises en place privilégient plus la quantité d’arbres plantés, que la variété des espèces plantées au regard de la biodiversité préexistante », explique Stéphanie Carrière, ethno-écologue IRD au sein de l’UMR SENS.
En effet, les approches classiques reposent pour beaucoup sur la plantation d’arbres, dont les espèces, dites « pionnières », sont choisies pour la rapidité de leur croissance et leur tolérance aux conditions difficiles. Mais avec cette stratégie, de nombreux arbres et arbustes endémiques plus fragiles tendent à disparaître du paysage malgache, car il serait trop coûteux et complexe de les faire pousser en pépinière. « Or, quand certaines espèces clés disparaissent, c’est tout l’équilibre écologique qui vacille, compromettant la capacité de la forêt à se régénérer correctement », ajoute Stéphanie Carrière. D’où l’importance d’étudier d’autres stratégies de restauration, telle que la création de corridors écologiques à l’échelle du paysage.
Privilégier la restauration facilitée
Les corridors écologiques sont des zones végétalisées reliant des fragments de forêts. Ils permettent aux animaux et aux plantes de se déplacer, favorisant ainsi la régénération spontanée de la biodiversité. Leur création participe à ce que l’on appelle « la restauration facilitée », qui consiste à créer ou améliorer les conditions pour que la nature se régénère d’elle-même, sans interventions lourdes comme la plantation systématique. Favoriser la recolonisation par les microcèbes dans la mise en place de telles stratégies pourrait donc s’avérer particulièrement porteur, notamment dans les stades de restauration précoces des forêts.
