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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Primatologie

Madagascar : certains lémuriens sont capables d’inverser le vieillissement cellulaire

31 mars 2025

Par : La rédaction

Un petit lémurien endémique pourrait bien détenir une clé du vieillissement cellulaire. Des chercheurs ont récemment observé une régénération inédite chez l’espèce Cheirogaleus medius, parmi les rares primates à hiberner.

Et si le secret de la longévité se cachait dans les forêts sèches de Madagascar ? Une équipe de chercheurs vient de mettre en lumière un phénomène biologique étonnant chez le lémurien nain à queue grasse, également appelé Chirogale moyen (Cheirogaleus medius), une espèce endémique de l’île. Pendant son hibernation, ce petit primate semble temporairement inverser le vieillissement cellulaire.

Publiée dans la revue Biology Letters, l’étude a porté sur 15 individus élevés au Duke Lemur Center aux États-Unis. Ce centre de recherche est spécialisé dans la conservation et l’étude des lémuriens, un groupe de primates menacé mais fascinant. Le Cheirogaleus medius est l’un des rares primates au monde à hiberner, parfois jusqu’à sept mois par an. Durant cette période, sa température corporelle chute, son rythme cardiaque ralentit drastiquement — parfois à moins de huit battements par minute — et sa respiration devient quasi imperceptible.

Mais ce qui a particulièrement intéressé les scientifiques, ce sont les télomères, ces petites structures qui protègent les extrémités des chromosomes, un peu comme des embouts de lacets. Chez la plupart des organismes, les télomères raccourcissent avec le temps, et leur érosion est considérée comme un marqueur du vieillissement cellulaire. Or, chez les lémuriens en hibernation, ces télomères s’allongent. Autrement dit, au lieu de vieillir, leurs cellules semblent littéralement régénérer leur horloge biologique pendant leur long sommeil.

Des pistes de recherche pour la médecine

Ce phénomène n’est pas permanent : deux semaines après la fin de l’hibernation, les télomères retrouvent leur longueur initiale. Mais cette fenêtre de régénération intrigue les chercheurs. Cela pourrait expliquer pourquoi ces lémuriens vivent aussi longtemps — jusqu’à 30 ans — alors qu’ils ne pèsent que quelques centaines de grammes. Leur capacité à ralentir leur métabolisme et à préserver leur matériel génétique sur de longues périodes pourrait leur conférer un véritable avantage biologique.

Les implications pour la médecine sont encore lointaines, mais prometteuses. Si l’on parvenait à comprendre les mécanismes qui permettent aux cellules de ces primates de restaurer leurs télomères, il serait peut-être envisageable de les adapter, un jour, à des applications humaines : thérapies contre les maladies dégénératives, ralentissement du vieillissement, voire suspension métabolique temporaire pour la chirurgie ou les vols spatiaux de longue durée.

Au-delà de la prouesse scientifique, cette découverte illustre une fois de plus la valeur irremplaçable du patrimoine naturel malgache. Dans un contexte de crise environnementale et d’érosion rapide de la biodiversité, elle rappelle que la préservation des espèces endémiques est aussi une forme d’investissement dans le savoir et l’innovation de demain.

Photo en Une : © David Haring (Duke Lemur Center)

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