Agriculture
Un réseau d’éco-villages peut-il sauver la biodiversité préhistorique de Madagascar ?

10 mars 2025
Les éco-villages de Madagascar offrent une approche innovante pour concilier conservation de la biodiversité et développement durable. En transférant aux communautés locales la gestion des ressources naturelles, ils freinent la déforestation et renforcent la résilience face au changement climatique. Avec 115 éco-villages prévus d’ici 2032, Madagascar pourrait devenir un exemple mondial de gestion durable.
Honorine Rasoamampionona s’occupe d’une pépinière d’arbres à Sakaivo Nord, un village des Hautes Terres centrales de Madagascar. Chaque jour, elle soigne de jeunes plants, les recouvrant de terre, d’engrais et les arrosant jusqu’à ce qu’ils soient assez grands pour être transplantés dans des zones ravagées par la déforestation. Ces plantations permettent de recréer des habitats pour la faune unique de Madagascar.
Rasoamampionona vit dans ce qu’on appelle un éco-village, un espace où les communautés gèrent elles-mêmes leurs ressources naturelles pour freiner la déforestation et protéger des espèces uniques. « Ce travail contribue à la régénération de notre environnement », appuie t-elle. Autrefois limités à quelques sites privés, les éco-villages sont devenus un modèle communautaire de gestion durable de l’environnement, soutenu par le ministère malgache de l’Environnement et du Développement durable.
Ralison Paul Olivier, coordinateur national du projet, annonce que Madagascar vise la création de 115 éco-villages d’ici 2032. Dix-huit d’entre eux, cofinancés par le Fonds pour l’Environnement Mondial et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), doivent être achevés d’ici janvier 2028. Des structures de gouvernance locale ont été mises en place pour garantir leur autonomie une fois le projet terminé. Le programme formera près de 5 000 foyers à des activités génératrices de revenus comme l’apiculture, l’élevage de volaille et de bétail, la production d’huiles essentielles et le recyclage des déchets.
Madagascar, quatrième plus grande île du monde, abrite 5 % de la biodiversité planétaire avec une faune et une flore endémiques exceptionnelles. Cependant, la destruction des habitats, la surexploitation des ressources, les espèces invasives et le changement climatique menacent cette richesse naturelle. Les sécheresses répétées, intensifiées par le changement climatique, perturbent l’agriculture, principale source de revenus pour de nombreux Malgaches, et entraînent insécurité alimentaire et malnutrition. Madagascar est le quatrième pays le plus vulnérable au changement climatique, exposé à des cyclones de plus en plus violents comme le cyclone Freddy en 2023, qui a dévasté cultures et habitats naturels.
Un modèle de conservation participatif
La déforestation et l’exploitation illégale du bois aggravent la situation. Beaucoup de fermiers malgaches pratiquent l’agriculture sur brûlis, détruisant des forêts primaires. « Ces activités de subsistance exercent une pression sur les ressources naturelles et compromettent la durabilité environnementale », explique Olivier. Les approches traditionnelles de conservation, basées sur l’interdiction stricte de couper ou de brûler, se sont avérées inefficaces. Les éco-villages, en revanche, transfèrent aux communautés locales le droit de gérer leurs ressources, avec des accords renouvelables tous les cinq ans. Chaque village décide de ses actions lors d’assemblées générales, où femmes et jeunes ont voix au chapitre.
Les habitants y apprennent la sylviculture, l’agriculture durable et le compostage, ce qui renforce leurs revenus. Certains villages adoptent la comptabilisation du capital naturel, une méthode qui évalue la valeur économique des forêts, de l’eau et des terres, aidant ainsi les habitants à prendre conscience de l’importance de leurs ressources naturelles. Ce modèle d’éco-villages s’inscrit dans le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, un engagement international visant à enrayer la perte de biodiversité d’ici 2030. Parmi ses objectifs figurent la gestion durable des écosystèmes et la restauration d’au moins 30 % des zones dégradées.
« Trouver un équilibre entre conservation et besoins des communautés reste un défi », affirme Johan Robinson, responsable de l’Unité biodiversité et dégradation des terres au PNUE. Pour y répondre, le PNUE travaille avec les populations locales afin d’harmoniser conservation et développement durable. Le gouvernement malgache a déclaré le corridor forestier de Fandriana Vondrozo Midongy, couvrant 450 000 hectares, comme zone protégée et y a établi des éco-villages. L’un d’eux, Sakaivo Nord, accueille le peuple Zafimaniry, reconnu pour son artisanat du bois inscrit au patrimoine culturel de l’UNESCO.
Noely Bary Zafimahatanony, maire de Kianjandrakefona, un autre éco-village, souligne que « l’unité et la solidarité des membres de la communauté sont remarquables dans leur combat contre les feux de brousse, leur plantation d’arbres et leur agriculture durable qui améliore les rendements et assure la sécurité alimentaire ». En plaçant les populations locales au cœur des solutions, les éco-villages de Madagascar pourraient bien être une réponse efficace à la crise environnementale tout en améliorant les conditions de vie des habitants.
Article original publié en anglais par le Programme des Nations unies pour l’environnement
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