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Restauration

Madagascar : le reboisement, rempart contre le manque d’eau

25 novembre 2024

Par : Solène Peillard

Dans les tuyaux, la ressource manque. Depuis plusieurs mois, l’une des principales centrales hydroélectriques du pays tourne en sous-régime, du fait d’une pluviométrie trop faible. Alors, les autorités malgaches misent sur le reboisement pour renouveler naturellement les stocks d’eau.

Son lancement est imminent. Le 16 décembre prochain, une vaste campagne de reboisement débutera à Andekaleka, à l’est de Madagascar, dans l’ancienne province de Tamatave. Le lieu n’est pas choisi au hasard, puisqu’il abrite la centrale hydroélectrique éponyme. Unique centrale publique de pays, l’installation produit 50 % de l’électricité profitant au Réseau Interconnecté d’Antananarivo (RIA), mais aussi à Antsirabe et Moramanga. Or depuis quelques mois, le niveau de son barrage estt au plus bas dû à un important déficit pluviométrique.

Face à l’ampleur de cette crise, JIRAMA, la société nationale d’électricité et d’eau, envisageait même de provoquer des pluies artificielles visant à faire remonter le niveau du barrage de la centrale d’Andekaleka. Une décision actée, selon le quotidien national Midi Madagasikara, mais finalement avortée à cause de mauvaises conditions météorologiques. Enfin, début novembre, le reboisement d’une superficie de 50 hectares autour d’Andekaleka était annoncé à l’issue d’un conseil des ministres.

Une solution sous conditions

Le reboisement constitue en effet l’une des réponses les plus efficaces à la raréfaction de la ressource en eau. D’abord, le réseau racinaire des forêts permette de mieux retenir l’eau dans les sols. En favorisent ainsi le renouvellement des nappes phréatiques, les arbres permettent de limiter efficacement les risques d’inondations, de dessèchement extrême et même d’érosion des sols. Ce qui permet, par effet domino, de préserver les bassins versants qui jouent un rôle capital dans la filtration de l’eau douce et sa disponibilité. Mieux, les bénéficient du reboisement ne s’arrêtent pas là. A travers l’évapotranspiration des végétaux, les forêts participent à la hausse du niveau d’humidité et favorisent les précipitations pluviométriques. En clair : reboiser permet à la fois de produire plus d’eau, et de mieux la stocker, tout en préservant, au passage, population humaine et biodiversité.

Le reboisement constitue t-il pour autant une solution idéale ? Pas tout à fait, selon une étude parue dans la revue Nature Communications en début d’année. D’après l’équipe de chercheurs dirigée par , la restauration de la couverture forestière peut, dans certains conditions, s’avérer contre-productive. Le fait de remplacer des terrains nus, donc potentiellement clairs, par un couvert végétal dense et plus sombre, empêche la réflexion de la lumière du soleil, offerte jusqu’alors par les terrains déboisés. Cette faculté réfléchissante, appelée albédo, est directement impliquée dans le réchauffement climatique – bien qu’elle n’en soit pas l’unique facteur.

Des choix stratégiques

Or, si les forêts offrent d’énormes capacités de stockage du carbone, systématiquement prises en compte dans les études évaluant les bénéfices de la reforestation, l’albédo, lui, en est systématiquement exclu. Or, selon Natalia Hasler et son équipe, les projets de reforestation qui ne tiendraient pas compte de la réflexion du soleil, donc de son implication dans l’effet de serre, surestimeraient 20 à 80 % les bienfaits du reboisement. Rien que ça…

« Il y a des endroits où le fait de remettre des arbres conduit à des résultats négatifs nets pour le climat », a même déclaré Susan Cook-Patton, coautrice de l’étude scientifique. En tête de liste, le reboisement des prairies et savanes tempérées figurent parmi les écosystèmes où le reboisement impact l’albédo de façon significativement négative. A contrario, la reforestation des milieux humides et tropicaux assure un important stockage du carbone avec une faible modification de l’albédo. L’étude, donc, sans nier les avantages indiscutables du reboisement, invite à accorder une importance toute particulière aux zones ciblées. D’autant que la situation des écosystèmes concernés est également déterminante pour la meilleure approche à adopter.

Le reboisement serait 10 fois plus efficace contre le réchauffement climatique qu’estimé auparavant

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