Protection
Protéger 30 % de la planète d’ici 2030 : une urgence mondiale

06 janvier 2025
Les 196 pays signataires du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal n’ont plus que cinq ans pour parvenir à l’objectif phare de protéger 30 % de la planète. Selon un récent rapport de l’UICN, le chemin à parcourir en ce sens reste colossal. Mais pas encore impossible.
La communauté internationale a accompli quelques progrès dans ses engagements visant à protéger 30 % de la Terre d’ici 2030, conformément aux accords conclus lors de la 15ème Conférence des parties sur la diversité biologique. Mais ces avancées doivent s’accélérer, selon le rapport officiel du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE-WCMC) et de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), publié à la fin 2024.
Le Protected Planet Report 2024 révèle que 17,6 % des terres et eaux intérieures, ainsi que 8,4 % des zones océaniques et côtières à l’échelle mondiale, sont documentées comme protégées ou conservées. Si l’augmentation de la couverture depuis 2020 – équivalente à plus de deux fois la taille de la Colombie – est encourageante, elle représente moins de 0,5 point de pourcentage dans les deux domaines. Il reste encore une superficie terrestre équivalente à celle du Brésil et de l’Australie combinés, ainsi qu’une surface marine plus grande que l’océan Indien, à désigner d’ici 2030 pour atteindre cet objectif global. D’ici les six prochaines années, le réseau mondial devra être élargi de manière urgente de 12,4 % sur terre et de 21,6 % en mer.
Les gouvernements se sont engagés à garantir que ces zones soient bien situées, connectées, gérées équitablement et respectueuses des droits humains. Bien que des progrès aient été réalisés sur plusieurs aspects, les nouvelles données suggèrent un retard mondial sur la qualité et la couverture des zones protégées et conservées. Ces zones jouent un rôle essentiel pour la nature et les populations. Elles contribuent à stopper et inverser la perte de biodiversité, tout en fournissant des services écosystémiques vitaux pour l’humanité.
En décembre 2022, les parties à la Convention sur la diversité biologique ont convenu de conserver 30 % des terres et des mers de la planète d’ici 2030, dans le cadre de l’objectif 3 du Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal. Cet engagement inclut également la reconnaissance des territoires autochtones et traditionnels. Le Protected Planet Report 2024 est la première évaluation officielle des progrès globaux sur cet objectif depuis l’adoption du cadre en 2022.
Plusieurs constats
- Les zones protégées et conservées doivent presque doubler sur terre et tripler en mer pour atteindre l’objectif de 30 % d’ici 2030 ;
- Depuis 2020, les progrès les plus marqués concernent les océans, mais principalement dans les eaux nationales. En haute mer, où la couverture reste très faible (moins de 11 %), les efforts sont encore insuffisants malgré leur importance (61 % de la surface océanique totale) ;
- Les données restent limitées pour évaluer l’efficacité des zones protégées. Moins de 5 % des terres et 1,3 % des espaces marins sont couverts par des évaluations d’efficacité de gestion ;
- Les zones protégées ne couvrent pas toujours les espaces nécessitant le plus de conservation. Un cinquième seulement des zones clés pour la biodiversité est entièrement protégé ;
- La connectivité entre les zones protégées est insuffisante : seulement 8,5 % des terres mondiales sont bien connectées et protégées ;
- La gouvernance équitable est rarement mesurée : moins de 0,2 % des terres et 0,01 % des mers bénéficient d’une évaluation de gouvernance équitable.
Un défi de taille, mais des raisons d’espérer
« Il est crucial d’atteindre l’objectif de 30 % d’ici 2030, mais tout aussi important que ces zones soient efficaces et respectueuses des populations locales, souvent leurs meilleurs gardiens, défend Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. Des progrès ont été réalisés, mais nous devons aller beaucoup plus vite et plus loin. » De son côté, Grethel Aguilar, directrice générale de l’UICN, souligne : « Avec seulement six ans devant nous, le temps presse pour une conservation équitable et significative. Les territoires autochtones doivent être soutenus, et leurs connaissances, valorisées. »
Le rapport appelle également à intensifier les financements internationaux en faveur des pays en développement, avec un objectif global de 200 milliards de dollars par an pour la biodiversité d’ici 2030. Bien que l’objectif 3 représente un défi ambitieux, il demeure réalisable grâce à une coopération internationale renforcée et des mesures immédiates pour allier conservation, droits humains et bénéfices pour la nature.
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