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Faune sous-marine

Mayotte : Près de 200 tortues retrouvées mortes ou en détresse en 2025

20 septembre 2026

Par : La rédaction // Illustratio : © Solène Peillard

Le REMMAT vient de dévoiler le bilan annuel des événements signalés à Mayotte. Concernant les tortues, le braconnage reste la cause principale de mortalité. Le réseau fait également état d’échouages de plusieurs mammifères marins.

Des chiffres alarmants. Le bilan du Réseau Échouage Mahorais de MAmmifères marins et de Tortues marines (REMMAT) pour l’année 2025 fait état de 173 cas de tortues marines mortes ou en détresse, auxquels s’ajoutent 43 cas de mortalité présentant un risque de doublon. Le réseau rappelle que ses données dépendent notamment de l’effort de prospection et des signalements qui lui sont transmis : « Il est fort probable que le nombre de cas de tortues en détresse ou mortes présenté dans ce document soit sous-évalué par rapport au nombre de cas réels se produisant sur le territoire mahorais. »

Dans le détail, 131 tortues ont été retrouvées déjà mortes. Espèce la plus commune à Mayotte, la tortue verte (Chelonia mydas) représente 91 % des cas, contre 4 % pour la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata). Dans 5 % des événements signalés, l’espèce n’a pas pu être identifiée. Au total, six catégories de causes de mortalité sont identifiées : la pêche accidentelle, les collisions impliquant des navires, les chiens errants, les causes naturelles, le braconnage et les causes indéterminées.

Plusieurs modes opératoires

Le braconnage représente à lui seul 90 % des cas de mortalité, soit 118 cas, contre 129 l’année précédente. Plusieurs scénarios sont décrits : le mode opératoire dit « classique » consiste à dépecer la tortue sur la plage, prélever la viande et abandonner le cadavre sur place, dossière comprise. Il représente 48 % des faits recensés en 2025. Dans 37 % des actes de braconnage, tout ou partie du cadavre était dissimulé dans la végétation et enterré dans 4 % des cas. Le « retour sur le dos » (lorsque l’animal est tiré sur le dos, suggérant un dépeçage sur un autre site ou à bord d’une embarcation) représente un cas unique, tandis qu’un signalement présente des indices pouvant correspondre à un abandon du cadavre en mer. Le réseau précise que ces chiffres « ne sont pas représentatifs de l’évolution des divers modes opératoires des braconniers » et que les braconniers peuvent utiliser une combinaison de plusieurs méthodes pour un même acte.

Les autres causes de mortalité recensées sont beaucoup moins nombreuses. Pour cinq tortues, soit 4 % des animaux retrouvés morts, l’origine du décès n’a pas pu être établie. Trois tortues vertes sont mortes de causes naturelles et deux autres potentiellement à cause d’attaques de chiens errants. Deux tortues vertes juvéniles présentaient par ailleurs des signes compatibles avec une mort par collision. Enfin, une tortue verte juvénile a été retrouvée morte avec un fil de pêche sortant du cloaque, ce qui a conduit à retenir la pêche accidentelle.

Des dizaines de tortues secourues

En 2025, sur les 40 tortues marines retrouvées en détresse, mais encore en vie, 36 ont pu être renflouées. Les interventions ont notamment consisté à dégager des animaux coincés dans des racines ou dans le sable, à les hydrater ou encore à retirer des lignes de pêche. Les quatre autres tortues sont mortes des suites de leurs blessures : deux cas d’attaque de chiens, un cas de braconnage et un cas de pêche accidentelle. Le réseau relève notamment cinq tortues retrouvées vivantes à la suite d’une tentative de braconnage, soit 13 % des tortues en détresse. La pêche accidentelle concerne quant à elle huit tortues marines, dont trois tortues vertes et cinq imbriquées. Le bilan mentionne également trois tortues ayant bénéficié de soins vétérinaires, sur les 40 cas de détresse signalés.

Plusieurs situations recensées en 2025 à Mayotte sont liées à des engins ou à du matériel de pêche. Le REMMAT rapporte notamment le cas d’une tortue verte juvénile observée en Petite-Terre, près de la pointe de l’aéroport, en pleine eau. L’animal semblait entravé par des cordages. Une fois ramené sur la plage, il a été constaté qu’il était enchevêtré dans plusieurs cordages et entravé par des hameçons. Il a été désincarcéré puis remis à l’eau. Deux autres tortues vertes juvéniles capturées accidentellement dans le lagon et enchevêtrées dans une ligne de pêche ont également été libérées puis remises à l’eau.

Plusieurs signalements concernant des mammifères marins

Pour les mammifères marins, le REMMAT indique avoir reçu quatre signalements en 2025. Parmi eux figure l’échouage, le 16 décembre, d’un jeune dauphin de Fraser (Lagenodelphis hosei) sur la plage de Longoni, au nord de Mayotte. L’animal a été identifié à partir des photographies transmises au réseau. Un examen externe a été réalisé et la carcasse a été stockée à -20 °C dans l’attente d’un examen interne prévu ultérieurement.

Le REMMAT a également été alerté au sujet d’un dauphin à bosse (Sousa plumbea) présentant une lésion sur le pédoncule caudal, ainsi que d’un dauphin tacheté pantropical (Stenella attenuata) avec une blessure profonde derrière la nageoire dorsale. Dans ce dernier cas, l’hypothèse d’un impact d’hélice était considérée comme la plus probable, sans être complètement avérée.

Enfin, le 17 avril, le REMMAT a reçu le signalement d’une carcasse de mammifère marin échouée sur la plage de Bandamadji-Ladomba, au sud de Ngazidja, aux Comores. L’animal a été identifié comme un cachalot pygmée (Kogia breviceps), mais son corps était déjà dans un état de décomposition trop avancé pour permettre des relevés.

Des données liées à l’effort de prospection

Le REMMAT rappelle que son recensement repose à la fois sur les observations de ses membres et sur les signalements du grand public. En 2025, 16 % des alertes remontées au réseau provenaient du grand public, soit 32 alertes. La répartition des observations dépend également des suivis réalisés sur le terrain. Le bilan souligne ainsi que les données présentées ne permettent pas de mesurer directement le nombre réel d’animaux morts ou en détresse à Mayotte.

Malgré cette limite, le réseau poursuit sa mission de suivi des échouages, de prise en charge des animaux en détresse et de collecte d’informations sur les causes de mortalité. En 2025, six formations REMMAT 1 ont notamment permis à 84 nouveaux membres de rejoindre le réseau mahorais.

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