Faune sous-marine
Mayotte : plusieurs tortues vertes braconnées sur la même plage en trois jours

05 juillet 2025
Après la récente découverte de plusieurs cadavres, le Collectif citoyen anti-braconnage de Mayotte appelle les services de l’État et les élus locaux à intensifier la lutte contre le massacre des tortues vertes sur l’île. Chaque année, plusieurs centaines d’entre elles sont tuées pour leur chair, dont la consommation est interdite mais demeure largement répandue.
Le braconnage des tortues marines s’intensifie à Mayotte. Courant juin, six carcasses fraîches de tortues vertes (Chelonia mydas) ont été découvertes, découpées à vif, en seulement trois jours sur la plage de Papani, parmi les sites de ponte les plus actifs de l’île. « Pas égorgées, pas abattues : mutilées vivantes », déplore dans un communiqué le Collectif citoyen anti-braconnage de Mayotte. Fondée il y a deux ans, l’association s’est donné pour mission de documenter, dénoncer et combattre le braconnage des tortues dans le 101e département français. Les deux espèces qui fréquentent régulièrement les plages de l’île – tortue verte et tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) – sont toutes deux protégées et respectivement considérées « En danger » et « En danger critique » d’extinction sur la Liste rouge de l’UICN.
« Les images que nous avons recueillies sont insoutenables. Cela fait des années que ce crime est connu. Et pourtant, l’hécatombe continue, commente encore le Collectif anti-braconnage. Les faits, eux, sont indiscutables : sur les plages isolées comme Papani, les braconniers opèrent en toute liberté. Le silence, l’obscurité, l’absence de contrôle… Tout joue en leur faveur. Nous ne pouvons pas laisser des espèces menacées disparaître sous nos yeux, dans une indifférence quasi générale. »
Un braconnier condamné… et après ?

Le Collectif regrette que la protection des tortues marines à Mayotte dépende essentiellement de la bonne volonté d’une poignée d’associations et d’initiatives citoyennes. Il appelle ainsi le Conseil départemental, la préfecture et les forces de l’ordre à proposer « une réponse coordonnée, immédiate et visible. La surveillance doit se concentrer là où les braconniers frappent : les sites reculés, peu fréquentés, mais systématiquement visés », comme le site de Papani ou les plages de Saziley, au sud de Grande Terre, où les actes de braconnage sont également nombreux. « Nous continuerons à porter les voix de celles qui n’en ont pas », conclut l’ONG.
Quelques mois plus tôt, un braconnier multi-récidiviste était condamné à une peine de prison exemplaire, saluée par les défenseurs locaux de l’environnement. Bien qu’interdite à la consommation et potentiellement dangereuse pour la santé, la viande de tortue constitue un marché juteux à Mayotte où elle se vend clandestinement à plusieurs dizaines d’euros le kilo. Chaque année, au moins 10 % des tortues vertes venues pondre y sont braconnées, estime le Parc naturel marin, représentant près de 300 individus. « Si les tortues vertes disparaissent de Mayotte, c’est toute la population de tortues vertes de la région qui sera affectée », s’inquiète l’Office français de la biodiversité. L’OFB rappelle par ailleurs que la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), aussi appelée Convention de Washington, protège à l’échelle mondiale toutes les espèces de tortues en interdisant leur commercialisation.
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