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Conservation

Maurice : les biotechnologies au secours d’une espèce endémique disparue

16 août 2024

Par : La rédaction

Disparue à l’état naturel, la Cylindrocline a pu récemment être réintroduite grâce à des graines prélevées 50 ans plus tôt. Une première mondiale rendue possible grâce à l’association de plusieurs techniques de culture in vitro.

Son dernier représentant en pleine nature a été observé en 1973. Moins de 20 ans plus tard, la Cylindrocline (Cylindrocline lorencei) était même considérée comme éteinte à l’état sauvage. En effet, la végétation primaire de l’île Maurice, dont elle est endémique, a perdu 97 % de sa surface depuis sa découverte par des navigateurs portugais, il y a quatre siècles. Après la déforestation, les espèces locales subissent aujourd’hui de la plein fouet la colonisation des espèces exotiques envahissantes. Ces menaces auraient pu venir à bout de la Cylindrocline, si le fondateur du Conservatoire botanique national (CNB) de Brest, Jean-Yves Lesouëf, n’avait pas prélevé quelques graines et boutures de l’arbuste dans les années 70.

Malheureusement, les végétaux prélevés et placés dans une banque de graines n’ont pas réussi à germer naturellement, mais contenaient bel et bien des cellules vivantes. Alors, l’équipe du CNB de Brest a choisi de recourir aux biotechnologies végétales. Un pari gagnant puisque, début juillet, plusieurs plants de Cylindrocline ont été réintroduits avec succès dans son milieu naturel, faisant de l’île Maurice le témoin privilégié d’une première mondiale.

Des techniques complémentaires

Pour réussir cette prouesse scientifiques, les chercheurs ont semé les cellules encore vivantes de Cylindrocline dans un milieu nutritif. Cette culture in vitro a permis de produire des plantules, des embryons végétaux obtenus avant la germination de la graine. Une fois développés en nombre suffisant, les plants ont ensuite été cultivés en terre ex situ… sans que les tentatives de bouturage n’aboutissent.

Alors, les chercheurs du Conservatoire national botanique se sont associés à Végénov, un organisme français spécialisé dans les biotechnologies végétales, pour développer un protocole dit de micro-propagation. Cette technique permet de multiplier les individus d’une même espèce à partir d’un seul fragment végétal cultivé, là encore, in vitro. Les bourgeons auxiliaires nés de la première tentative ont été ainsi multipliés jusqu’à obtenir des centaines de plants de Cylindrocline.

Un suivi sur le long terme

Une cinquantaine de ces miraculés a été réintroduit sur le site de Pétrin, dans le parc naturel des gorges de la Rivière noire, plus grande réserve naturelle de l’île Maurice. Pour s’assurer de leur survie, la délicate mission de leur surveillance a été confiée au National Parks and Conservation Service, dont les efforts montrent aujourd’hui avoir porté leur fruit. En effet, chaque individu réintroduit est désormais identifié, mesuré régulièrement pour s’assurer de son bon développement et inspecté chaque mois pour détecter de potentielles agressions d’espèces exotiques envahissantes, parmi lesquelles singes, porcs ou escargots.

L’état de dégradation de la faune mauricienne, couplé à l’insularité du territoire font de cet environnement un écosystème particulièrement fragile. En atteste le travail, toujours en cours, du CBN de Brest sur un autre arbre endémique de l’île Maurice, le palmier solitaire Hyophorbe amaricaulis, qui ne compte plus qu’un seul individu. Mais le cas de la Cylindrocline a assurément démontré la pertinence des biotechnologies dans la réintroduction d’espèces éteintes, un grand pas pour la biodiversité.

 

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