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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Biologie

Pourquoi les espèces endémiques sont-elles si importantes ?

31 juillet 2024

Par : La rédaction

L’endémisme est l’un des piliers de la biodiversité. Mais pourquoi certaines espèces ont-elles développé des caractéristiques ne leur permettant de vivre que dans des environnements restreints ? Quel rôle jouent-elles au sein de ces écosystèmes ? Décryptage.

Elles sont environ 12 000 dans le sud-ouest de l’océan Indien, valant à la région la reconnaissance de point chaud de la biodiversité. Mais pourquoi les espèces endémiques sont-elles si chères à la diversité biologique ? En écologie, le terme « endémisme » désigne toute espèce ou sous-espèce, animale, végétale ou champignon, adaptée à un habitat unique et géographiquement restreint. En d’autres termes, les espèces endémiques ne vivent qu’à un seul endroit du globe, qu’il s’agisse d’une région, d’un pays, voire même d’une forêt, d’un parc ou d’une montagne. Si l’endémisme concerne bien plus d’espèces terrestres que marines, il demeure particulièrement marqué dans les territoires insulaires. En effet, les environnements isolés sont plus propices à leur épanouissement.

Les caractéristiques morphologiques des pinsons de Darwin ont évolué en fonction de leur environnement respectif pour mieux assurer leur survie.

Pour mieux comprendre l’endémisme, il faut revenir à ses origines. Le phénomène découle directement de l’évolution par sélection naturelle, un mécanisme évolutif par lequel les individus porteurs de traits héréditaires avantageux dans un environnement donné ont une probabilité accrue de survie et de reproduction par rapport aux individus moins bien adaptés1. Au fil des générations, ces traits avantageux augmentent au sein d’une même population, permettant à ses représentants de s’adapter de plus en plus à leur milieu et d’assurer la survie d’une espèce.

Pour théoriser ce mécanisme, le naturaliste britannique Charles Darwin s’est appuyé sur l’étude de plusieurs espèces d’oiseaux de l’archipel des Galápagos – des pinsons éponymes, également connus sous le nom de pinsons de Darwin. L’identification de la dizaine d’animaux prélevés par le scientifique a permis de révéler qu’ils partageaient des ancêtres communs malgré des caractéristiques morphologiques très différentes, dûes à des régimes alimentaires variés, étroitement liés à leur environnement respectif. Autrement dit, Darwin a mis en lumière le mécanisme de l’évolution en étudiant des espèces endémiques, qui plus est insulaires.

Des indicateurs de la biodiversité

Du fait de l’endémisme, 70 % des espèces découvertes à ce jour sont réparties dans seulement 17 pays dits mégadivers, dont Madagascar. Ces êtres vivants à l’habitat restreint sont des indicateurs clés de la biodiversité, dont ils sont les garants. Parfaitement adaptées aux conditions écologiques de leur environnement, les espèces endémiques jouent un rôle central au sein de leur écosystème, dont elles assurent le bon fonctionnement : pollinisation des plantes, dispersion des graines, régulation d’autres espèces… La survie des espèces qu’elles côtoient peut donc être très étroitement liée aux caractéristiques uniques qu’ont développé les espèces endémiques pour assurer leur propre subsistance2.

Mais précisément parce qu’elles se sont adaptées à des conditions environnementales très spécifiques, les espèces endémiques sont particulièrement sensibles au changement climatique et à la dégradation de leur habitat naturel – expansion de l’agriculture, urbanisme, déforestation, exploitation des ressources naturelles… Elles sont, par exemple, moins résistantes face aux invasions d’espèces exotiques envahissantes ou à l’apparition de nouvelles maladies. Malheureusement, lorsque leur écosystème change, les espèces endémiques encourent un risque sévère d’extinction, puisqu’elles ne peuvent pas migrer vers un autre environnement, puisqu’inadapté à leurs conditions de vie. Or, leur disparition peut engendrer de graves conséquences pour les plantes et animaux qui leur survivraient, notamment en impactant l’ensemble de la chaîne alimentaire. A tel point que l’extinction d’une espèce, d’autant plus lorsque celle-ci est endémique, peut entraîner d’autres extinctions en cascade. Au sein d’un même écosystème, les espèces – hors exotiques – sont généralement interdépendantes. La conservation des espèces endémiques apparaît donc comme une priorité pour la protection de la biodiversité. Elle peut se traduire par la création d’aires protégées, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes et la sensibilisation du public.

Madagascar, un exemple unique d’endémisme

Dans le sud-ouest de l’océan Indien, Madagascar compte 90 % d’espèces – mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, invertébrés et plantes à fleurs – qui ne vivent nulle part ailleurs dans le monde3. Ce chiffre atteint même 97 % pour les mollusques continentaux. La Grande Île est aussi particulièrement connue pour son micro-endémisme. Par exemple, la majorité de la centaine d’espèces et sous-espèces de lémuriens qui y vivent ont une aire de répartition particulièrement restreinte et ne se trouvent pas sur tout le territoire malgache. Parmi eux, le microcèbe gris-roux (Microcebus griseorufus) ne se trouve que dans la réserve de Beza Mahafaly, une étendue de 600 hectares à l’ouest du pays.

L'isolement de Madagascar a permis à la majorité des espèces endémiques qui y vivent de développer des caractéristiques très spécifiques.
L’isolement de Madagascar a permis à la majorité des espèces qui y vivent de développer des caractéristiques très spécifiques.

Cette biodiversité singulière s’explique par l’histoire et la formation géologique de l’île. Il y a environ 135 millions d’année, le bloc terrestre formé par Madagascar, l’Antarctique et l’Inde s’est détaché de celui alors dessiné par l’Afrique et l’Amérique du Sud. Puis, 47 millions d’années plus tard, Madagascar s’est à son tour séparé de l’Inde, offrant aux plantes et animaux présents sur son sol d’évoluer dans un environnement totalement isolé. De nos jours, le pays insulaire affiche un taux de découvertes naturalistes trois fois supérieur à celui enregistré au niveau mondial. En 2021, le plus petit reptile jamais découvert y a même été décrit, à 1 300 mètres d’altitude.

 


1On the Origin of SpeciesDarwin, C. (1859)

2Saving lonely species is important for environment, University of Tennessee. ScienceDaily (2014)

3World Regional Geography, J. Hobbs, 6th Edition (2008)

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