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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Evènement

Biodiversité aux Comores : quelles actions, quels récits, quel avenir ?

08 mai 2025

Par : La rédaction

Une table ronde sur la biodiversité aux Comores s’est tenue fin avril à l’Alliance Française de Moroni, réunissant des acteurs scientifiques et associatifs de la conservation.

L’équipe de Gecko s’est rendue à Moroni (Ngazidja) afin d’organiser une table-ronde autour des actions de protection menées dans l’ensemble du pays. Cet événement a également permis de dégager les enjeux liés à la sensibilisation du public et à l’engagement des institutions. Parmi les intervenants figuraient Rainati Ahamada, chargée de projet au Parc national de Mohéli, Said Ahmada, coordinateur national pour la protection des côtes et des océans à l’UICN, et Joshua Rambahiniarison, chercheur en biologie marine au sein de l’association CORDIO East Africa.

Les échanges ont mis en lumière la fragilité croissante des écosystèmes forestiers, côtiers et marins des trois îles comoriennes. « Une déforestation massive se manifeste plutôt à Anjouan, mais les menaces sont maintenant de plus en plus importantes à Mohéli et à la Grande-Comore. Quand on coupe le bois, ce n’est pas simplement l’arbre qui est menacé, c’est aussi l’habitat et toutes les espèces qui y vivent », a alerté Said Ahmada.

Les conséquences pour la biodiversité sont multiples : érosion des sols, coulées de boue, inondations, sédimentation des rivières et des lagons… Joshua Rambahiniarison a, quant à lui, insisté sur la situation critique des récifs coralliens. « Les écosystèmes coralliens font partie des écosystèmes les plus menacés aux Comores. […] En 2024, un quatrième épisode mondial de blanchissement des coraux a été déclaré. On estime que 80 % des récifs coralliens ont été touchés à l’échelle mondiale. » Le scientifique a également rappelé l’importance d’intégrer la logique du continuum terre-mer dans les stratégies de conservation. 

Des problématiques persistantes

Face aux acteurs et actrices présents, le public les freins et les avancées en matière de protection de la biodiversité aux Comores. © Jeanne Henry

Le public, particulièrement mobilisé, a souligné l’ampleur du problème des déchets, en particulier plastiques et huiles usagées déversés dans les cours d’eau et l’océan. Ces polluants, toxiques pour la faune marine comme pour les populations humaines, reflètent les failles d’un système de gestion quasi inexistant à l’échelle nationale. Actuellement, ce sont surtout les associations locales qui prennent en charge le traitement des déchets. Une avancée a toutefois été saluée par Said Ahmada : l’adoption, le 24 avril dernier, de la première Stratégie nationale de gestion durable des déchets, soutenue par le PNUD-Comores et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM).

Malgré l’existence de cadres juridiques tels que la Convention sur la diversité biologique, ratifiée par les Comores en 1994 et dans laquelle s’inscrit le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal (COP15 Biodiversité) adopté en 2022, plusieurs questions subsistent : les mesures sont-elles réellement appliquées ? Sont-elles suivies et évaluées ? En effet, aujourd’hui, moins de 1 % des eaux comoriennes sont placées en aires protégées, souligne Joshua Rambahiniarison. Un chiffre qui interroge, à l’heure où l’objectif mondial est d’atteindre 30 % de protection des terres et des mers d’ici  2030. Selon le chercheur en biologie marine, la mise en place d’un cadre juridique pour les aires marines gérées localement (LMMA) et l’accélération de la stratégie d’expansion des aires marines protégées (AMP) pourraient concourir à cet objectif.   

Un réseau d’acteurs mobilisés

Joshua Rambahiniarison, chercheur en biologie marine auprès de Cordio East Africa, est revenu sur la première évaluation nationale des récifs coralliens. @ Jeanne Henry

Parallèlement, la première évaluation nationale des récifs coralliens est en cours. Un atelier organisé par CORDIO East Africa à Moroni fin avril a réuni une vingtaine d’acteurs locaux d’organisations clés de la conservation marine, tels que les Parcs nationaux, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, la pêche et l’environnement (INRAPE), ou encore les associations Dahari et l’AIDE. Il a été question de valider collaborativement les résultats issus de la Liste rouge des écosystèmes. Cet outil standardisé de l’UICN a permis de dresser l’état de vulnérabilité des récifs coralliens des Comores et les pressions majeures exercées. Les résultats serviront à cibler les actions de conservation prioritaires à mettre en place ou à renforcer avec les différentes instances nationales et les parties prenantes des trois îles.

Lors de cet atelier et de la table ronde consacrée à la biodiversité, l’exploitation non durable des ressources marines et le braconnage ont été largement discutés. Face aux fortes dégradations qu’ils ont engendrées ces dernières décennies, des réflexions de la tribune et du public ont mis en perspective des actions concrètes aux Comores, telles que la mise en place des parcs nationaux. Parmi eux, le Parc de Mohéli, créé en 2001, et plus récemment, en 2022, les parcs de Shisiwani, de Mitsamiouli-Ndrude, du Karthala et du Mont Ntringui. « Derrière chaque parc national, il y a un mouvement associatif qui a été très actif, qui a fait le plaidoyer, donne pour exemple Said Ahmada. Pour le parc du Coelacanthe en particulier, il y a eu une association de protection du Coelacanthe (Latimeria chalumnae), qui a été créée avant le parc. Cette association a regroupé 12 villages du sud. Les pêcheurs se sont fédérés, ils ont commencé à faire de la sensibilisation, des activités génératrices de revenus, des formations, de la surveillance. »

Si des actions existent bel et bien sur le territoire, un manque de communication affecte leur cohésion à l’échelle du réseau d’acteurs ainsi que leur visibilité auprès du grand public. Des actions fortes de médiation, d’information et de sensibilisation pourraient donc être financées et menées afin de structurer l’effort collaboratif. « Si nous voulons protéger la biodiversité, nous devons impliquer davantage les jeunes et les femmes », a conclu Rainati Ahmada. 

 

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