Boutique

Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Faune sous-marine

Une vingtaine de dauphins échoués à Madagascar

27 juillet 2025

Par : Solène Peillard

Plusieurs cétacés ont été découverts morts il y a quelques semaines. Entre cause humaine ou environnementale, les autorités n’écartent à ce stade aucune piste.

Ils jonchent un sol boueux, entrêmelés dans des racines de palétuviers. Le 15 juillet, un pêcheur a découvert 22 cadavres de dauhpins à long bec ou dauphins longirostre (Stenella longirostris) échoués dans la baie de Besikidy, sur l’île de Nosy Hara. À la pointe nord est de la Grande île, la localité se situe dans une zone protégée.

Immédiatement dépêchées sur place, les autorités régionales de l’environnement n’excluent à ce stade aucune hypothèse pour tenter d’expliquer la mort des cétacés. Des chercheurs du Centre national de recherches océanographiques (CNRO) et de l’Université de Antsiranana sont également mobilisés et procèdent actuellement à l’analyse des tissus prélevés sur les cadavres et dans l’environnement direct du lieu de la découverte, incluant par exemple la qualité de l’eau.

Sur les 22 dauphins retrouvés morts, 20 étaient des adultes (9 mâles et 11 femelles) et deux étaient des juvéniles. Aucune blessure externe n’a été observée, excluant l’hypothèse d’une attaque par prédateurs. Les courants de marée, associés à une grande marée, auraient entrainé les cadavres depuis la dune initiale jusqu’à la mangrove. La zone d’échouage est caractérisée par un récif corallien frangeant, une passe, un chenal profond (jusqu’à 50 mètres), et une barrière récifale structurale. Ces éléments topographiques rendent techniquement possible le passage des dauphins jusqu’à la baie, mais aussi leur désorientation ou leur piégeage en cas de conditions inhabituelles.
Les racines de palétuviers recouvertes d’huitres peuvent être à l’origine des lésions internes observées. © CNRO Madagascar

Une cause humaine… ou pas ?

Plusieurs semaines après la découverte, les autorités n’ont signalé aucun nouvel incident suspect à proximtié de la zone. Pour autant, elles appellent la population locale à la vigilance : pour éviter tout risque sanitaire, il est formellement interdit de consommer ou de toucher les animaux, l’hypothèse d’une maladie ou d’une contamination n’étant à ce jour pas écartée. Aussi, il est demandé aux riverains de signaler toute observation inhabituelle. Le CNRO rappelle par ailleurs l’importance de sensibiliser les communautés locales à signaler rapidement ce type d’évènement, afin de préserver les preuves et d’améliorer la réponse scientifique.

Madagascar National Parks, en charge de la gestion des parcs nationaux du pays, a dévoilé dans la presse locale plusieurs pistes possibles. Ainsi, il se pourrait que le « pod », ou groupe, de dauphins, ait été désorienté par des signaux accoustiques puissants émis par les sonars de navires. Le centre de fusion des informations maritimes (CFIM) a été saisi pour identifier le passage de potentiels appareils dotés d’équipements à ultrasons.

Autre hypothèse envisagée : la présence de baleines qui auraient pu provoquer un comportement de fuite chez les dauphins. Face à de potentiels prédateurs, leur instinct de survie aurait pu les pousser jusqu’à la mangrove, isolée et protectrice, mais sans échappatoire à marée basse.

Un air de déjà vu

Ce malheureux évènement n’est pas le premier du genre à Madagascar. En 2008, une centaine de dauphins d’Electre (Peponocephala electra), dont une majorité d’individus morts, s’est échouée dans la lagune de Loza, au nord-ouest de la Grande île. Quelques années plus tard, un comité scientifique indépendant dévoilait un rapport sans appel : les cétacés ont « principalement » été désorientés par un sonar de cartographie utilisé par un prestataire du géant pétrolier américain ExxonMobil.

« C’est le premier échouage massif de mammifères marins qui puisse être étroitement associé à des relevés cartographiques avec des sonars à haute fréquence », peut-on lire dans le rapport publié par la Commission baleinière internationale. ExxonMobil avait alors estimé que certaines incertitudes et un manque de données clés limitaient « la capacité de faire une analyse complète des causes de l’échouage ».

Sans nier la responsabilité de la compagnie pétrolière, la Wildlife Conservation Society avait à l’époque rappelé que « Les implications dépassent de loin l’industrie des hydrocarbures, car ces sonars sont fréquemment utilisés à bord des navires militaires et des navires de recherche pour produire une bathymétrie (cartographie sous-marine) plus précise », soulignant la nécessité de « minimiser les risques et mieux protéger les espèces marines, notamment les mammifères, qui sont particulièrement sensibles aux perturbations croissantes générées par les activités humaines ».

 

Le trafic maritime menace gravement les requins-baleines

Voir plus sur la thématique : Faune sous-marine