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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Faune sous-marine

Le trafic maritime menace gravement les requins-baleines

22 juillet 2024

Par : La rédaction

L’activité humaine n’épargne pas les plus gros animaux marins. Une nouvelle étude vient de révéler l’impact des navires marchands sur les populations de requins-baleines. Pour les chercheurs, il est encore possible d’agir, à condition de le faire rapidement.

Ils sont les plus grands poissons du monde. Pourtant, les requins-baleines ne sont pas à l’abri du danger. Une récente étude menée par plus de 70 scientifiques et publiée dans Science of The Total Environment révèle que le trafic maritime constitue une grave menace pour ces animaux qui peuplent les océans Indien, Pacifique et Atlantique. En effet, les requins-baleines passent près de la moitié de leur vie en surface, où ils se nourrissent de plancton. Or, ce sont les zones au sein desquelles ils sont les plus vulnérables aux collisions avec les navires, dont certaines peuvent êtres létales.

Malheureusement, le nombre de requins-baleines ainsi tués est impossible à quantifier. Lorsqu’ils meurent, leurs corps coulent au fond de l’eau, invisibilisant toute preuve. Alors, comment les scientifiques ont-ils réussi à quantifier l’ampleur du phénomène ? D’abord, ils ont cartographié les régions d’habitat et d’agrégation des requins-baleines, notamment leurs aires de nourrissage. Ils les ont ensuite superposé aux voies de navigation les plus fréquentées. Des localités à risque ont été identifiées dans 26 pays au total, en incluant plus de la moitié des observations de requins-baleines recensées dans le monde.

En se basant sur le trafic des grands navires – les plus susceptibles d’entrainer des blessures mortelles -, l’équipe de chercheurs a dressé la liste des pays les plus dangereux. Parmi eux : l’Equateur, le Mexique, la Malaisie, les Philippines, Taïwan ou encore les Seychelles. Sur 39 sites en particulier, les pics de l’activité maritime coïncident avec les pics saisonniers des requins-baleines. « Beaucoup de ces sites avaient plus d’un navire par kilomètre carré dans les habitats centraux, note Christoph Rohner, l’un des co-auteurs de l’étude. Par exemple, la constellation d’Isla Mujeres au Mexique compte en moyenne 56 navires qui traversent l’habitat central chaque mois. Ces sites nécessitent une action urgente pour réduire les menaces posées par le transport maritime. »

Le danger pourrait s’aggraver d’ici 30 ans

Le constat est d’autant plus alarmant que le nombre de navires transportant des marchandises pourrait augmenter jusqu’à 1 200 % d’ici 2050, alors que la flotte marchande mondiale a doublé en seulement 16 ans. Elle représente ainsi déjà l’une des principales causes de décès des grands animaux marins. 75 espèces – baleines, dauphins, marsouins, dugongs, lamantins, requins, phoques, tortues, etc. – sont déjà directement menacées par le risque de collisions avec des bateaux, sans compter le bruit anthropique, la pollution et le transport d’espèces exotiques envahissantes que le trafic maritime génère.

D’après les chercheurs, le risque de collision pourrait être considérablement diminué en réduisant de 75 % la vitesse des navires dans les zones fréquentées par les requins-baleines. Ce chiffre semble important, mais représente une augmentation moyenne de seulement 5 % du temps total de transit. « L’un des avantages des réductions de vitesse est qu’elles peuvent être introduites temporairement pendant les hautes saisons des requins-baleines. Ces limites de vitesse peuvent également être appliquées aux petits navires qui sont moins mortels mais qui peuvent tout de même blesser les requins », estime Freya Womersley, principale autrice de l’étude.

Depuis 2016, le requin-baleine est considéré « En voie de disparition » sur la Liste rouge de l’UICN, du fait de la diminution du nombre d’individus au niveau mondial. Bien qu’il ne connaisse presque aucun prédateur, le poisson d’environ 10 mètres de long reste très exposé à la pollution et à la surpêche. Chaque année, près de 500 individus se rassemblent au large de Nosy Be à Madagascar, qui constitue un véritable point chaud pour l’espèce. Récemment, un individu de six mètres de long a été observé en baie de Saint-Paul, à La Réunion.

 

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