Faune sous-marine
Trafic maritime à La Réunion : une menace croissante pour les cétacés

27 mars 2025
Alors que le trafic maritime autour de La Réunion ne cesse d’augmenter, une étude récente alerte sur les risques croissants pour les cétacés fréquentant les eaux de l’île. Collisions, bruit sous-marin, perturbation des comportements… Les chercheurs appellent à une meilleure gestion des routes maritimes pour préserver ces espèces sensibles.
Le sud-ouest de l’océan Indien abrite une biodiversité marine exceptionnelle, dont plusieurs espèces de cétacés résidentes ou migratrices. Mais cette richesse naturelle est aujourd’hui confrontée à une pression croissante : l’intensification du trafic maritime. Une étude récemment publiée dans la revue Marine Policy par une équipe internationale menée par l’association Globice , en collaboration avec la Marine Mammal Protected Areas Task Force de l’UICN, s’est penchée sur cette problématique en analysant les risques liés aux routes maritimes autour de La Réunion pour les populations de cétacés.
Les chercheurs ont croisé deux types de données : d’un côté, des informations issues du Système d’identification automatique (AIS) des navires, qui permettent de cartographier précisément les mouvements des bateaux dans la zone ; de l’autre, des observations scientifiques concernant la distribution de cinq espèces de cétacés fréquemment observées à La Réunion : le dauphin à long bec (Stenella longirostris) ; le grand dauphin de l’Indo-Pacifique (Tursiops aduncus) ; le grand dauphin commun (Tursiops truncatus) ; le dauphin tacheté pantropical (Stenella attenuata) et la baleine à bosse (Megaptera novaeangliae). Cette approche a permis d’identifier des zones de co-occurrence particulièrement préoccupantes entre les corridors maritimes et les habitats préférentiels de ces espèces.
L’étude révèle notamment que deux grands couloirs de navigation, situés au nord-ouest et au sud-est de l’île, concentrent une large partie du trafic. Ces couloirs coïncident avec les zones d’activité de plusieurs cétacés, dont les grands dauphins (communs et de l’Indo-Pacifique), les dauphins à long bec, les dauphins tachetés pantropicaux et les baleines à bosse. La présence régulière de ces espèces dans des zones fortement fréquentées par les navires augmente le risque de collisions directes, mais aussi de perturbations acoustiques dues au bruit sous-marin, susceptible d’affecter leurs comportements de communication, d’alimentation ou de reproduction.
Un appel à l’action
Face à ce constat, les auteurs de l’étude recommandent la mise en œuvre de mesures concrètes pour limiter les impacts. Parmi les pistes envisagées figure la création d’une zone à éviter dans les eaux réunionnaises, qui permettrait de dévier une partie du trafic maritime loin des zones les plus sensibles pour les cétacés. Une telle mesure, inspirée d’expériences menées dans d’autres régions du monde, aurait le double avantage de renforcer la sécurité maritime tout en participant à la conservation de ces espèces emblématiques.
Cette publication s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance des eaux réunionnaises comme zone importante pour les mammifères marins, ou Important Marine Mammal Area (IMMA) à l’échelle régionale et internationale. Elle rappelle aussi que la protection de la biodiversité marine ne peut se penser sans une régulation des activités humaines en mer. À l’heure où les échanges maritimes continuent de croître, l’enjeu est de taille pour préserver l’équilibre fragile de ces écosystèmes côtiers et océaniques.