Herpétologie
Un fossile de tortue géante découvert au sud de La Réunion

19 juillet 2026
Les ossements découverts permettent d’en apprendre davantage sur la répartition des tortues géantes de La Réunion, aujourd’hui éteintes. Ils révèlent également le rôle crucial que l’espèce aurait pu jouer dans le renouvellement de la flore locale.
Ils reposaient dans une grotte depuis plus de 600 ans. À 726 mètres d’altitude, dans un tunnel de lave situé dans la Plaine des Grègues, à Saint-Joseph, des chercheurs ont découvert les ossements d’une jeune tortue géante de La Réunion (Cylindraspis indica). C’est la première fois qu’un fossile de l’espèce est retrouvé à un aussi haut point de l’île. Datés entre 1296 et 1399, soit environ trois siècles avant le début du peuplement permanent de La Réunion, ces restes apportent la première preuve paléontologique de la présence de ces tortues dans les hauts de l’île, comme le rapportaient plusieurs récits historiques remontant au 17 et au 18e siècle. Une étude récemment publiée dans la revue Herpetology Notes, co-signée par 11 auteurs issus de plusieurs disciplines, revient sur les contours de cette découverte. En l’absence de toute trace d’activité humaine, les chercheurs estiment que la tortue est entrée d’elle-même dans le tunnel de lave ou qu’elle y est tombée accidentellement.
Les tortues géantes des Mascareignes, regroupées dans le genre Cylindraspis, appartiennent à une lignée très ancienne. Leur divergence avec les autres tortues géantes de l’océan Indien remonte à la fin de l’Éocène, une époque géologique qui s’étend approximativement de 56 à 33,9 millions d’années avant aujourd’hui. Cinq espèces de Cylindraspis ont vécu à Maurice et à La Réunion. Leur biologie et leur écologie restent encore mal connues, mais les découvertes paléontologiques permettent peu à peu de mieux comprendre leur répartition et leur mode de vie. Sur l’Île intense, les dernières populations auraient disparu au 19ᵉ siècle, les derniers individus ayant probablement survécu dans un refuge montagneux à Cilaos jusque dans les années 1840.
Restaurer des interactions perdues ?
La découverte de ces ossements apporte aussi un nouvel éclairage sur le mode de vie de la tortue géante de La Réunion. Le tunnel se situe en effet sous une forêt indigène de moyenne altitude, où la majorité des espèces d’arbres produisent des fruits charnus, souvent de grande taille. Les auteurs de l’étude considèrent ainsi que ces tortues participaient probablement à la dispersion des graines. Aujourd’hui, cette fonction écologique n’est plus assurée, ce qui pourrait compromettre le renouvellement de certaines espèces végétales.
Ces résultats renforcent l’intérêt des expérimentations visant à utiliser des tortues encore en vie comme substituts fonctionnels des espèces disparues. Une partie de la Plaine des Grègues pourrait ainsi servir de site pilote pour évaluer leur capacité à restaurer certaines interactions écologiques perdues. Au-delà de ce fossile, les chercheurs soulignent que cette découverte montre le potentiel des tunnels de lave de moyenne et de haute altitude comme archives paléontologiques. D’autres vestiges pourraient encore y être conservés et permettre de mieux comprendre la répartition et le mode de vie des tortues géantes qui peuplaient autrefois La Réunion.
Voir plus sur la thématique : HerpétologieSeychelles : la plus vieille tortue terrestre vivante a 193 ans