Pollution
Vendée Globe : un voilier étudie l’ampleur de la pollution plastique dans l’océan Indien

07 décembre 2024
Pour la seconde fois consécutive, le français Fabrice Amedeo entend profiter de sa participation au Vendée Globe pour étudier la pollution plastique à l’échelle de trois océans différents. Certaines données recueillies en Atlantique quatre ans plus tôt viennent déjà de livrer leurs premières découvertes…
Une aventure personnelle, sportive… et scientifique. Tous les quatre ans, 34 bateaux – bien qu’ils soient, pour la première fois, 40 cette année – s’affrontent dans la plus importante course autour du monde, en solitaire, sans escale, ni assistance ; le Vendée Globe. Top départ d’un périple d’environ 45 000 kilomètres, les concurrents de cette 10ème édition ont pris la mer ce 10 novembre pour plusieurs mois de navigation. Parmi eux, Fabrice Amedeo a équipé son voilier d’un instrument peu commun : un capteur de microplastique. En 2020, déjà, ce journaliste français, passionné par la navigation et les océans avait souhaité donner à son tour du monde en voile une dimension environnementale.
Plus précisément, le skipper a profité de son voyage à travers trois des cinq océans de la planète, pour y étudier l’ampleur de la pollution plastique. Des outils dédiés ont été installés sur son IMOCA, un voilier monocoque de 60 pieds, par l’Ifremer, les chercheurs de l’université de Bordeaux et l’IRD. Le capteur de microplastique pompe et filtre l’eau de mer en continu sous la quille du bateau, entre un et deux mètres de profondeur. Les données collectées et transmises continuellement permettent de rechercher les microbilles et les fibres de cellulose qui sont rejetées dans les fleuves et finissent dans toutes les mers et océans de la planète.
Lors du Vendée Globe 2020, qui s’est soldé par un abandon du skipper français en Afrique du Sud suite à une panne informatique, une cinquantaine de filtres ont été recueillis durant l’aller et le retour vers la France et ont permis de faire un maillage de l’océan Atlantique. Avant son second départ pour le Vendée Globe, Fabrice Amedeo a pris évidemment soin d’en restituer les premières analyses. D’abord, le navigateur note « une omniprésence de microplastiques primaires ou secondaires ». Ces petites billes issues de la dégradation des bouteilles en plastique, en incluant produits cosmétiques ou gels douche par exemple, pénètrent par les eaux usées, fleuves et océans où elles sont aujourd’hui omniprésentes.
Autre découverte, plus surprenante cette fois : l’importance des fibres de cellulose. « On ne s’attendait pas en à voir autant au milieu de l’océan », s’étonne Jérôme Cachot, chercheur au sein de l’UMR Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux (EPOC) de l’Université de Bordeaux. Ces fibres, quand elles proviennent de textile, dont le coton, rejoignent l’océan par l’évacuation des eaux de lessive. D’autres sources de cellulose sont néanmoins pointées du doigt : les usines de pâte à papier et les filtres de cigarettes, « qui sont malheureusement encore jetés un peu partout dans l’environnement et qui se retrouvent à un moment dans l’océan », rappelle le professeur en écotoxicologie.
Jusqu’à 70 fois plus de microplastiques
Les premiers résultats délivrent d’autres données capitales. Plus l’analyse des échantillons s’affine, plus elles révèlent une pollution importante. « Concrètement, si on prend un niveau d’analyse de 300 microns, c’est-à-dire des choses à peine visibles à l’œil nu, et qu’on descend à 30 microns (invisibles à l’œil nu), il y a 70 fois plus de microplastiques dans l’océan et 25 fois plus de fibres de cellulose qu’au niveau supérieur, commente Fabrice Amedeo, interrogé par Ouest-France. On peut considérer que la pollution est considérable sous forme de très fines particules. »
L’ensemble des échantillons prélevés en 2020 contiennent tous, sans exception, des microplastiques. Initialement, l’équipe scientifique pensait que ces plastiques se concentraient essentiellement au niveau des gyres océaniques, des tourbillons formés par différents courants marins. Cinq de ces phénomènes existent à travers le globe : deux dans chacun des océans Atlantique et Pacifique, et un dans l’océan Indien. Or, seul l’océan Atlantique, dans sa région sud, a été échantillonné par Fabrice Amedeo quatre ans plus tôt. L’enjeu, cette année, est donc d’élargir le périmètre tracé lors de la première collecte de données, et de comparer les éventuelles différences ou similitudes d’un océan à l’autre, à l’échelle planétaire.

A l’échelle du globe, justement, l’océan agit comme un poumon, rappelle Fabrice Amedeo. « On parle souvent du poumon vert de l’Amazonie avec ses forêts qui produisent de l’oxygène, mais il faut savoir que l’océan est le poumon bleu de notre planète puisqu’il absorbe un tiers du CO2 présent dans l’atmosphère. Son rôle est déterminant dans l’équilibre de la vie. Ensuite, la pollution touche directement les écosystèmes, c’est-à-dire la vie sous marine, les poissons que nous pouvons éventuellement consommer. » Les nouvelles données, que le marin collectera tout au long de son tour du monde, permettront-elles de mieux orienter la lutte contre la pollution plastique ?
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