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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Flore terrestre

Une réintroduction encourageante pour une orchidée en danger critique à La Réunion

L'Oeceoclades versicolor est une orchidée endémique très rare.

23 novembre 2023

Par : La rédaction

Parmi les fleurs les plus rares de l’île, dont elle est endémique, l’Oecéoclade versicolore est de plus en plus menacée. Mais les premières étapes de la réintroduction de l’orchidée sur le site de la Roche Ecrite montrent déjà des signes encourageants.

Son histoire n’est pas sans rappeler celle du bois de senteur blanc… A La Réunion, une orchidée endémique menacée de disparition vient de fleurir pour la première fois depuis sa réintroduction. A l’instar de neuf autres espèces, l’Oecéoclade versicolore (Oeceoclades versicolor) fait l’objet d’un plan d’action national en faveur des espèces végétales au bord de l’extinction sur l’île intense. Au lancement du dispositif, en 2021, cette fleur, parmi les plus rares de l’île, était considérée fortement menacée, du fait d’une aire de répartition très restreinte  -seulement deux stations connues – et d’un faible effectif régional, estimé à 50 individus actuellement. Entre prélèvements, défrichements, espèces exotiques envahissantes, sa population a tellement décliné que le statut de l’orchidée est passé de « En danger » à « En danger critique » sur la liste rouge des espèces menacées en France en seulement 13 ans.

Alors, le Conservatoire botanique national de Mascarin (CBNM) s’est associé à l’Office national des forêts, l’Université de La Réunion, le parc national et l’association Sur les traces de Thérésien Cadet [un célèbre botaniste réunionnais, NDLR] pour lancer une opération de sauvetage d’ampleur… et de longue haleine. D’abord, des graines ont été récupérées puis faites germer in vitro avant leur réintroduction dans le milieu naturel. A l’inverse du clonage, ce procédé permet de laisser intact le patrimoine génétique de l’orchidée. Or, la reproduction de cette espèce nécessite du temps, parfois jusqu’à un an pour voir germer les graines. Or, celles de l’Oecéoclade versicolore n’en ont nécessité que deux à trois, dans des conditions bien particulières. A chaque étape de la croissance de la plante, les laborantins ont du adapter le milieu gélosé dans lequel elles se développaient en surveillant rigoureusement un certain nombre de paramètres : eau, agents gélifiants, minéraux…

Du laboratoire jusqu’au massif de la Roche Ecrite

Puis, survient l’étape la plus sensible : la réintroduction dans le milieu naturel, où l’orchidée élevée en laboratoire devra réguler par elle-même son niveau d’humidité. Sur les milliers de plans développés in vitro par le Conservatoire, une cinquantaine ont été temporairement plantées au Jardin botanique, où a eu lieu la première floraison. Mais reste alors à trouver le site définitif. Le massif de la Roche Ecrite est alors retenu pour avoir abrité, dans les années 2000, une station aujourd’hui disparue d’Oecéoclade versicolore. C’est dans une forêt semi-sèche que 300 plants de l’orchidée ont officiellement été réintroduits à la mi-février 2023. Depuis, les agents de l’ONF veuillent au grain contre les espèces exotiques envahissantes, nombreuses sur le site. Parmi elles, le faux poivrier blanc (Rhus longipe), la liane papillon (Hiptage benghalensis) ou le choka, susceptibles d’empêcher le développement de la fleur.

Afin de mieux protéger les jeunes orchidées, des souches mycorhiziennes, supposément déjà présentes dans l’environnement de la Roche Ecrite, ont été inoculées à la moitié d’entre elles. Si les plants concernés se développent de la même manière que ceux dépourvus de ces souches, cela signifiera que le milieu de réintroduction n’est pas le plus adapté aux fleurs. Si le suivi de la station d’orchidée est déjà prévu pour une durée de 20 ans, cinq seront au moins nécessaire pour attester du succès de l’opération, dont la floraison est assurément une étape encourageante.

Photo en Une : © F. Vandeschricke

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