Boutique

Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Faune terrestre

Une nouvelle espèce de gecko grimpant découverte à Madagascar

16 novembre 2023

Par : La rédaction

Une équipe de chercheurs vient d’identifier la 25ème espèce du groupe P. bastardi. Un gecko fortement menacé, du fait d’un habitat très restreint.

Si deux millions d’espèces vivantes ont à ce jour été décrites par la communauté scientifique, au moins huit autres millions nous seraient encore inconnus. En la matière, Madagascar offre régulièrement de nouvelles découvertes taxonomiques, notamment du fait de son endémisme très élevé. Ainsi, une équipe de chercheurs du Centre de recherche sur la biodiversité et les ressources génétiques (CIBIO) au Portugal a récemment identifié une nouvelle espèce de gecko, révèle une étude publiée dans la revue ZooKeys1Paroedura manongavato tire son nom des mots malgaches « manonga » (escalader) et « vato » (roche). Et pour cause : une partie de son domaine vital connu est une zone appréciée des grimpeurs pour ses massifs dômes granitiques.

25ème espèce du groupe P. bastardi – qui n’est présent qu’aux Comores et à Madagascar -, ce gecko grimpant de 68 millimètres n’a été observé qu’à deux endroits : la réserve d’Anja et Tsaranoro, deux parcelles forestières isolées dans le plateau aride du centre-sud de Madagascar. Séparés d’environ 25 kilomètres de distance, ces sites affichent une configuration très spécifique, faite d’importants rochers granitiques et de falaises rocheuses entourés de végétation.

Une espèce déjà en danger

Des conditions particulières qui valent à ce gecko le statut de microendémique, selon l’équipe de chercheurs à l’origine de la découverte, dirigée par Constanza Piccoli. En d’autres termes, son aire de répartition très étroite dépend directement de la conservation de ces petites partielles forestières. Suite à la découverte du gecko grimpant, l’équipe de scientifiques a donc soumis une évaluation de l’état de conservation de l’espèce, la considérant comme « en danger critique d’extinction », selon les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Selon Constanza Piccoli, « La description de cette espèce montre l’importance des efforts de collaboration pour documenter la biodiversité, en particulier pour les espèces à aire de répartition restreinte et isolées qui risquent le plus de disparaître ». Or, les deux zones d’habitat connues de l’espèce subissent déjà une forte pression, du fait d’une déforestation sévère, dopée par la culture sur brulis et de la modification anthropique des habitats naturels environnants. Ces atteintes accélèrent l’érosion et affectent la rétention d’eau dans les sols, fragilisant l’aire de répartition déjà maigre du reptile.

La réserve communautaire d’Anja constitue l’un des deux habitats connus de cette nouvelle espèce de gecko. © Krishna Naudin

Si le gecko ne bénéficie pas, pour l’heure, de mesures spécifiques de protection, la réserve communautaire d’Anja, où il vit, constitue une aire protégée intégralement gérée par les habitants du village depuis plus de 20 ans. La totalité des recettes générées par l’écotourisme dans la zone profite directement aux populations locales, via notamment le financement d’un programme de soutien à l’agriculture. L’initiative, souvent montrée en exemple à Madagascar, a permis la distribution d’intrants et de semence aux producteurs locaux pour enrayer les pratiques nocives pour l’environnement. Reste à voir si cette nouvelle découverte permettra d’intensifier les efforts déjà entrepris par la communauté.

 

Photo à la Une : © Javier Lobón-Rovira


1. Piccoli C, Belluardo F, Lobón-Rovira J, Oliveira Alves I, Rasoazanany M, Andreone F, Rosa GM, Crottini A (2023) Another step through the crux: a new microendemic rock-dwelling Paroedura (Squamata, Gekkonidae) from south-central Madagascar. ZooKeys 1181: 125-154.

 

 

Voir plus sur la thématique : Faune terrestre