Boutique

Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Faune sous-marine

Un accord sur une « pêche durable » des thons adopté dans l’océan Indien

24 mai 2024

Par : Solene Peillard

Alors que les stocks de thons de l’océan Indien subissent une forte pression, plusieurs dizaines d’Etat ont adopté un arsenal de mesures visant notamment à faciliter la régénération de la ressource tout en faisant évoluer les méthodes de capture. Dans la région, cela s’accompagne aussi d’une lutte plus efficace contre la pêche illégale.

Entre le 13 et le 17 mai, la 38ème Commission des thons de l’océan Indien (CTOI) s’est réunie à Bangkok, en Thaïlande. Autour de la table, les représentants de 27 pays qui exploitent ces poissons dans la région. A l’issue de cette réunion annuelle, 11 nouvelles mesures de conservation et de gestion ont été adoptées. Des « décisions importantes » saluées notamment par l’Union européenne.

Les dispositifs de concentration de poissons dans le viseur

La première résolution, née de trois années de négociations jugées « complexes », concerne la gestion des dispositifs de concentration de poissons (DCP) dérivants. Les DCP sont des dispositifs flottants utilisés pour attirer les thons et/ou d’autres poissons en vue de faciliter leur capture. Ils peuvent être soit dérivants et suivis au moyen de bouées satellites, soit ancrés sur le fond marin.

« Cette technique a malheureusement été reprise et « améliorée » par les industriels de la pêche, notamment de la pêche au thon. Les DCP sont maintenant accompagnés de balises GPS et de balises satellites permettant de suivre en temps réel la position de chaque DCP, mais de sondeurs grâce auxquels les pêcheurs peuvent connaître le volume de poissons autour du dispositif, détaille l’ONG internationale Greenpeace. Surtout, c’est la multiplication du nombre de DCP déployés par le navires qui rend la situation hors de contrôle ! »

Alors, à partir d’une proposition de l’UE, la CTOI a adopté le cadre de gestion « le pus ambitieux et le plus strict jamais établi pour les DCP dérivants dans n’importe quel océan ». Il prévoit, entre autres :

  • l’interdiction immédiate de l’utilisation de DCP dérivants entièrement composés de matériaux non biodégradables ;
  • l’élimination progressive des composants non biodégradables dans les DCP dérivants, en vue de parvenir à des DCP entièrement biodégradables en 2030 ;
  • la réduction du nombre de DCP dérivants par navire [de 300 aujourd’hui à 250 en 2026 puis 225 DCP en 2028, ce qui représente le plafond le plus bas jamais fixé par une organisation régionale de gestion des pêches (ORGP)] ;
  • l’introduction du tout premier registre des DCP pour garantir un meilleur contrôle de cette pratique de pêche.

Vers une meilleure gestion du listao et de l’espadon

Grand poisson pélagique au même titre que le thon, l’espadon est lui aussi ciblé par les flottilles industrielles. © bekirevren

Autrefois considérés comme « Quasi menacés » dans l’océan Indien par l’Union internationale pour la conservation de la nature, le thon blanc (Thunnus alalunga) et le thon albacore (Thunnusalbacares) appartiennent, depuis trois ans, à la catégorie « Préoccupation mineure ». « Malgré une amélioration globale à l’échelle des espèces, de nombreux stocks régionaux de thon restent gravement appauvris », signale toutefois l’UICN. Aussi, d’autres espèces demeurent abondamment pêchées par les thoniers senneurs, comme le listao ou l’espadon, tous deux considérés comme « Quasi menacés ».

Alors, les Etats membres de la Commission de thons de l’océan Indien a convenu de procédures de gestion des deux espèces « qui permettront que le processus décisionnel au sein de la CTOI soit beaucoup plus informé, automatique et fondé sur des données scientifiques ». Selon l’Union européenne, l’adoption de ces mesures est « à l’avant-garde de la gestion moderne de la pêche », la CTOI étant la première organisation régionale de gestion de la pêche thonière (ORGP) à mettre en place des procédures de gestion pour l’espadon, espèce non thonière, et à disposer de telles procédures pour deux des trois stocks de thon tropical : le listao et le thon obèse.

Pas de fermeture temporaire de la pêche

En 2023, la France et l’Union européenne ont été poursuivies pour s’être opposées à l’interdiction d’utiliser des DCP pendant 72 jours par an par les thoniers senneurs. © Petruk Viktor

Malgré des progrès jugés satisfaisants par la CTOI et l’UE, cette dernière déplore que sa proposition d’introduire une fermeture de la pêche d’un mois dans l’océan Indien n’ait pas été retenue. Une telle mesure aurait contribué à la reconstitution des stocks d’albacore et de thon obèse, actuellement surexploités. Plusieurs observateurs plaident même pour un arrêt total de l’exploitation des ressources de la mer et des océans afin de permettre aux stocks de poissons de se reconstituer de manière durable.

« Par l’exploitation, nous avons rendu les écosystèmes immatures. C’est quelque chose de très important parce qu’un écosystème est solide lorsque les populations qui le composent comptent l’ensemble de leurs classes d’âge, défend l’océanographe François Sarano dans le dernier numéro de Gecko. On ne laisse plus les animaux grandir et vieillir. Et c’est valable pour quasiment l’ensemble des grands animaux qui ont une longue durée de vie. On a des populations qui ne sont faites que de jeunes, de jeunes adultes au mieux… »

Un accord préalable entre l’Union des Comores et les Seychelles

En préparation de la commission annuelle, l’Union des Comores et les Seychelles ont signé un accord pour faciliter leur relation en matière de pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN). En la matière, le ministre seychellois de la pêche et de l’économie bleue, Jean-François Ferrari, a indiqué vouloir travailler avec tous les pays de la région. Ce souhait survient après plusieurs cas de pêche illégale impliquant des bateaux comoriens dans la lagune d’Aldabra, au nord-ouest de l’archipel des Seychelles. « Il est nécessaire de mettre en place un cadre pour traiter ce problème afin que nous puissions empêcher que de telles situations ne se reproduisent », avait-il indiqué après que le navire incriminé ait pu regagner les Comores, faute de capture à bord.

Ce dispositif s’inscrit dans le prolongement d’un précédent accord passé entre les Seychelles et Madagascar. « Le dernier incident de pêcheurs malgaches capturés en train de pêcher des concombres de mer à Providence, une fois capturés et envoyés à Madagascar, ils ont été mis en prison en raison de la relation que nous entretenons désormais avec Madagascar », s’était alors réjoui Jean-François Ferrari. Plus récemment, deux navires de pêche illégale ont été interceptés dans les eaux malgaches. L’ensemble de leur équipage a été condamné à une lourde amende et plusieurs mois de prison ferme.

Voir plus sur la thématique : Faune sous-marine