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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Portrait

Shaama Sandooyea, scientifique et activiste pour le climat

25 septembre 2023

Par : David Josserond

Militante pour l’environnement, Shaama Sandooyea a participé à la première manifestation sous-marine de la grève mondiale pour le climat aux côtés de Greenpeace. Pour la jeune femme, les politiques publiques restent trop souvent déconnectées du travail de terrain, dont la recherche scientifique.

En 2019, encore étudiante en biologie marine à l’Université de Maurice, Shaama Sandooyea est l’une des initiatrices du mouvement Fridays for Future à l’île Maurice. « Je n’étais pas la seule à l’époque, tempère rapidement la jeune militante. J’ai simplement envoyé des messages à un maximum de personnes pour tenter de les mobiliser. » Une catastrophe écologique moins d’un an plus tard en 2020 viendra définitivement sceller son engagement en faveur de la protection de la biodiversité.

La marée noire sans précédent traversée par l'île Maurice en 2020
Plus de 1 000 tonnes de carburant se sont déversées dans les eaux mauriciennes lors du naufrage du Wakachio. © ohrim

A la suite de l’échouement du navire MV Wakashio, le 6 août 2020 sur la barrière de corail à la Pointe d’Esny, une marée noire affecte en effet les côtes du sud-est de l’île Maurice. Un évènement sans précédent. « On était fou de rage, se souvient Shaama. On était des centaines à être conscients de l’urgence à pomper le pétrole qui allait endommager irrémédiablement les récifs mauriciens si rien n’était fait rapidement. »

D’après la militante, sur place, les avis des pêcheurs, des clubs de plongée, des associations environnementales ne sont pas pris en compte. Il faudra attendre plusieurs jours pour que les premières opérations de sauvetage ne débutent réellement. « Un délai bien trop long », estime a posteriori Shaama Sandooyea. En plus de participer activement aux opérations pour contenir les effets de cette marée noire, la militante organisera en parallèle plusieurs manifestations, notamment pour alerter l’opinion internationale.

Témoin du recul de la biodiversité

Dotée du background scientifique nécessaire et de la fibre militante chère à Greenpeace, l’ONG internationale lui proposera par la suite d’embarquer à bord de l’Arctic Sunrise pour une mission scientifique au large de Saya de Malha, plus grand banc de sable immergé du monde situé entre les Seychelles et l’île Maurice. Objectif : collecter un maximum de données sur ce hotspot de biodiversité marine en vue de sa protection future. La jeune militante est alors mobilisée pour des enquêtes d’observation, des enregistrements acoustiques par le biais d’hydrophones pour identifier des populations de cachalots, des collecte d’échantillons pour l’analyse de l’ADN environnemental…

Shaama Sandooyea aura la chance, en peu plus d’un mois d’expédition, d’observer plusieurs espèces de cétacés, des Dauphins à long bec (Stenella longirostris), des cachalots, des Rorquals de Bryde (Balaenoptera edeni), des Baleines à bec de Blainville (Mesoplodon densirostris), des globicéphales, des Orques pygmées (Feresa attenuata)… Cette expérience lui permettra également d’admirer des récifs coralliens et des herbiers marins moins bien préservés qu’elle aurait pu l’espérer. « Même sur Saya de Malha, une zone pourtant a priori encore épargnée des pressions anthropiques, j’ai pu constater de mes yeux le blanchissement des coraux à certains endroits. » Au cours de cette mission, elle en profite également pour participer à la première grève mondiale sous-marine pour le climat. La jeune mauricienne plonge alors avec d’autres militants de Fridays for Future, au large de Saya de Malha.

« L’activisme n’est pas une profession »

Si elle a provisoirement quitté l’océan Indien, notamment pour assurer des missions en tant que chargée de projets dans les domaines du changement climatique et de la préservation de la biodiversité, Shaama Sandooyea n’en reste pas moins une militante active. « Je reste fondamentalement à l’écoute des décisions prises et des projets menés dans la zone sud-ouest de l’océan Indien, assure-t-elle. L’océan indien est notre maison ! ». Rien de plus logique pour Shaama Sandooyea qui, à travers son activisme, estime d’abord exercer son devoir citoyen, mais aussi aiguiser toujours plus son sens des responsabilités.

« L’activisme n’est pas une profession, s’amuse-t-elle. J’ai simplement eu le privilège d’aller à l’université et d’étudier les sciences marines. Cela m’a permis de mieux comprendre et appréhender le contexte écologique dramatique dans lequel chacun d’entre nous va être amené à évoluer. A l’île Maurice, le dérèglement climatique affecte déjà les populations les plus marginalisées, au travers de problèmes d’accès à l’eau, d’inondations, de glissements de terrain… ».

Shaama Sandooyea lors de la première manifestation sous-marine du monde.
Avec Shaama Sandooyea, « la jeunesse se bat pour le climat ». © Tommy Trenchard – Greenpeace

La science comme outil de sensibilisation

L’occasion pour Shaama Sandooyea de rappeler que tous les militants et lanceurs d’alerte ne sont pas forcément des personnes formées dans les domaines qui les préoccupent. « Les activistes sont des gens dédiés à une cause, animés par la même colère de voir l’hypocrisie de certains décideurs ou entreprises face aux catastrophes écologiques, et désireux de dénoncer la véracité de certains faits et de ne plus accepter de normaliser les drames environnementaux que la planète subit actuellement. » Ne serait-ce pas pour autant du rôle du scientifique d’alerter et de conseiller les autorités compétentes face à cette urgence ? « Dans l’idéal, on ne devrait effectivement pouvoir dissocier le scientifique de l’activiste, répond Shaama Sandooyea. Ils devraient être comme les deux doigts de la main. »

La jeune activiste voit d’abord la science comme un outil pour tenter de sensibiliser toujours plus l’opinion publique et infléchir certaines décisions politiques qu’elle trouve souvent « déconnectées de la réalité du terrain ». Mais l’activisme se résumerait-il ainsi à être l’ennemi du politique ? « Pas du tout, bien au contraire ! explique Shaama Sandooyea. Pour moi, la politique sous-tend l’idée de transition. Il est primordial que la jeunesse s’ y intéresse et s’y investisse. Sinon, nous risquons de voir perdurer dans le futur des politiques destructrices. Ce n’est qu’à ce prix que l’on réussira à rapprocher le politique de la société civile et des scientifiques. Nous devons imaginer ensemble la vision 2050 de la zone océan Indien. Pour le moment, le secteur privé, les gouvernements et les bailleurs de fonds se l’accaparent encore, au détriment de la société civile qui s’en trouve complètement exclue. »

Shaama Sandooyea reste résolument optimiste. Elle est néanmoins consciente des problèmes liés aux différentes gouvernances, aux priorités et préoccupations divergentes. Alors, elle souhaiterait voir émerger dans l’avenir une coopération régionale forte entre les îles de l’océan Indien. De quoi mettre en place des politiques durables de préservation de la biodiversité et de lutte contre le changement climatique. « Nous partageons tous le même océan, dont on tire les mêmes ressources et services écosystémiques. Faisons de l’océan Indien un socle commun, un common ground, pour une meilleure coopération ! »

 



BIO-EXPRESS :

  • 1997 : Naît à l’île Maurice
  • 2014 : Remporte la médaille de bronze en badminton (simple) aux Jeux africains de la jeunesse à Gaborone (Botswana)
  • 2019 : Obtient son Bachelor en sciences marines à l’Université de Maurice
  • 2019 : Participe à la naissance du mouvement Fridays for Future à l’île Maurice
  • 2021 : Embarque à bord de l’Arctic Sunrise pour une mission scientifique au large de Saya de Malha avec Greenpeace
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