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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Vie sous-marine

Saya de Malha : à la découverte de l’île invisible

Entre Maurice et les Seychelles, Saya de Malha, plus grand banc immergé du monde, affiche une biodiversité exceptionnelle.

15 juin 2023

Par : David Josserond

Plus grand banc immergé du monde, Saya de Malha dévoile, au rythme des explorations, une biodiversité encore insoupçonnée.

Entre l’île Maurice et les Seychelles, Saya de Malha regorge d’écosystèmes encore méconnus. Ce plateau de 40 000 kilomètres carrés ne possède aucun relief émergé. Bien qu’elle se trouve à 300 kilomètres de la première terre dépassant le niveau de la mer, cette île invisible témoigne déjà d’une forte pression exercée par la pêche.

Fort de ce constat, les Explorations de Monaco ont coordonné, à la fin 2022, une mission scientifique inédite de recherches et d’opérations de terrain dans l’ensemble du sud-ouest de l’océan Indien. Menée à bord du navire océanographique et de ravitaillement sud-africain, le S.A. Agulhas II, elle devait permettre d’en connaître davantage sur la biodiversité de l’immense banc de Saya de Malha, considéré comme l’un plus grands herbiers sous-marins du monde.

Un possible imbroglio juridique

Deux mois de navigation et pas moins de 15 jours d’investigations auront ainsi été consacrés à l’étude de l’île immergée. Au programme : la réalisation d’inventaires floristique et faunistique et d’études sur les habitats notamment. « L’objectif de cette mission a été de réunir un maximum d’éléments pour déterminer si cette zone nécessite une protection particulière et dans l’affirmative, identifier les mesures de gestion à envisager dans l’avenir », détaille Gilles Bessero, directeur des Explorations de Monaco.

Des mesures de gestion, de protection et de conservation de cette biodiversité… qui pourraient relever dans le futur de l’imbroglio juridique et diplomatique. Le banc Saya de Malha, situé en dehors des zones économiques exclusives (ZEE), jouit aujourd’hui d’un statut de gouvernance conjointe entre l’île Maurice et les Seychelles pour le fond. Mais toute la colonne d’eau et ses ressources sont quant à elles pour le moment soumises au régime de la haute mer…

Les espèces benthiques vivent au fond de la mer, en étroite relation avec le substrat. © Grégoire Moutardier / Explorations de Monaco

Près de 1 100 espèces examinées

Sur le plan strictement scientifique, Francis Marsac, océanographe et représentant de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) aux Seychelles, dresse déjà un premier bilan positif des opérations effectuées sur le terrain : « Des giga-octets de données physico-chimiques et biologiques mesurées par la bathysonde dans la colonne d’eau ont pu être engrangées ». Des collectes de spécimens des communautés benthiques ont, en parallèle pu être réalisées par les équipes scientifiques.

« Entre 300 à 400 espèces de mollusques, environ 300 espèces de crustacés et une centaine d’espèces d’algues ont ainsi été ramenées à bord, triées et examinées à la loupe binoculaire par les experts du Muséum national d’histoire naturelle. D’ores et déjà, trois spécimens de gastéropodes et un de crustacé sont considérés comme des espèces nouvelles, c’est-à-dire, non encore décrites par les taxonomistes », se félicite l’halieute. Cette mission a permis en outre de redécouvrir deux espèces emblématiques sur Saya de Malha, un gastéropode (Conus primus) et un bénitier (Tridacna rosewaterii) ont en outre été redécouvertes.

Photo en Une : Le S.A. Agulhas II au large de l’île d’Aldabra (image d’illustration) @ Filip Kulisev – Explorations de Monaco

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