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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

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Le secret suspendu du coco de mer

07 avril 2025

Par : La rédaction

Aux Seychelles, le coco de mer retient ses feuilles mortes pendant des années, suspendues à son tronc. Ce phénomène, appelé marcescence, façonne la dynamique des forêts et soulève de nouveaux enjeux pour leur conservation.

Une récente étude scientifique parue dans la revue Oecologia dévoile un pan méconnu mais essentiel de l’écologie forestière des Seychelles : le comportement des feuilles mortes du coco de mer (Lodoicea maldivica), une espèce emblématique endémique de l’archipel. Contrairement à la majorité des arbres tropicaux, ce palmier géant ne se défait pas rapidement de son feuillage desséché. Il le conserve, accroché à son tronc, parfois jusqu’à trois ans. Ce phénomène, appelé marcescence, n’est pas qu’une simple curiosité botanique : il a des répercussions écologiques profondes, que cette recherche vient documenter pour la première fois de manière systématique.

Les scientifiques ont mesuré la quantité de litière produite et accumulée dans les forêts dominées par Lodoicea, en distinguant les feuilles encore suspendues dans la canopée (dites feuilles marcescentes) de celles tombées au sol. Pour mieux cerner les spécificités de cette espèce, ils ont comparé ces données à celles recueillies dans des peuplements voisins composés de palmiers non marcescents comme Martellidendron hornei ou Deckenia nobilis. Ce travail de terrain a été complété par une expérience de décomposition de feuilles mortes, enfermées dans des sacs et laissées à différents endroits de la forêt afin d’observer à quel rythme elles se dégradent.

Le verdict est sans appel : la décomposition est lente, très lente, quelle que soit l’espèce. Mais les feuilles mortes de cocos de mer affichent des propriétés particulièrement tenaces, même lorsqu’elles viennent tout juste de se détacher. L’étude révèle également une disparité selon la position des sacs ainsi formés dans la forêt, ce que les chercheurs attribuent probablement aux variations locales d’humidité dues à l’architecture des palmes, capables de canaliser l’eau de pluie de manière très ciblée.

Autre fait marquant : les forêts de coco de mer produisent une masse de litière foliaire exceptionnelle. Dans les parcelles étudiées, jusqu’à 24 tonnes de matière sèche ont été enregistrées par hectare — dont près de la moitié encore perchée dans les arbres. Or, cette accumulation de matière organique, couplée à des concentrations extrêmement faibles en azote et en phosphore, suggère que les nutriments circulent lentement dans ces écosystèmes. Cette inertie pourrait avoir des conséquences importantes sur la dynamique forestière, notamment en matière de régénération végétale.

Mais c’est sans doute du point de vue de la conservation que ces résultats résonnent le plus fort. Le maintien prolongé de feuilles mortes, combiné à leur lente décomposition au sol, constitue un tapis inflammable persistant. Dans un contexte de changement climatique, où les épisodes de sécheresse sont appelés à se multiplier, les forêts de cocos de mer pourraient se révéler particulièrement vulnérables aux incendies. De quoi repenser certaines pratiques de gestion, voire ajuster les stratégies de protection autour de cette espèce iconique qui, à elle seule, incarne toute la singularité des forêts seychelloises.

Photo à la Une : © Martin van Rooyen – Seychelles Island Foundation

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