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Faune sous-marine

Protection des cétacés : une nouvelle règlementation à La Réunion

26 juillet 2025

Par : La rédaction

Horaires d’approche, nombre d’usagers, vitesse maximale… Un nouvel arrêté préfectoral vise à limiter les abus autour de l’observation des cétacés sur l’île de La Réunion. Le texte a d’abord été élaboré en concertation avec plusieurs instances institutionnelles, associatives et scientifiques avant d’être soumis à la consultation du grand public.

La saison recommence, mais les règles changent. Chaque année, entre juin et octobre, les eaux réunionnaises sont fréquentées par les baleines à bosses et les dauphins. L’observation de ces animaux dans leur milieu naturel est une activité particulièrement prisée à La Réunion. La perturbation intentionnelle de ces espèces protégées est strictement interdite.

Pour préserver cette richesse exceptionnelle, une charte d’approche et un arrêté préfectoral signé en 2020 ont permis de fixer les règles de mise à proximité de ces animaux sauvages. Le retour d’expérience réalisé lors des dernières saisons d’observation a mis en exergue un certain nombre de difficultés et de dérives (surfréquentation, non-respect des distances, etc.). Pour y répondre, une large concertation a été menée en 2024 avec les professionnels de la mer, les scientifiques, les associations et les institutions concernées, donnant lieu à un projet de réglementation rénovée qui a été soumis à une consultation du public du 6 au 27 mai 2025. À l’issue de ce processus, la préfecture de La Réunion a pris un nouvel arrêté il y a quelques semaines.

En pratique

L’analyse de l’ensemble des avis aboutit à de nouvelles dispositions applicables :

  • 3 : le nombre de navires et d’embarcations (engins de plage) autour des cétacés ;
  • 7 : le nombre de personnes maximum (encadrement compris) pouvant se mettre à l’eau ;
  • 10 nœuds : la vitesse maximale dans un secteur compris entre la baie de Saint-Paul et le Grand Cap, entre le 1er juillet et le 30 septembre.

Des horaires d’approche, d’observation et de mise à l’eau resserrées afin de garantir une période suffisante de quiétude :

  • Entre 9h et 16h pour l’approche et l’observation depuis un navire ou une embarcation ;
  • Entre 16h et 18h pour l’approche et l’observation avec un navire utilisant une propulsion décarbonée et/ou un engin de plage ;
  • Entre 9h et13h pour la mise à l’eau.

De nouvelles normes techniques s’imposent également pour les navires pratiquant une activité de mise à l’eau, afin de renforcer la sécurité des usagers. Les schémas ci-dessous synthétisent les principales dispositions de cet arrêté et doivent être apposés dans l’ensemble des navires évoluant sur le bassin :

Le préfet de La Réunion en appelle à la responsabilité de l’ensemble des usagers de la mer pour que l’équilibre recherché par la signature de ce nouvel arrêté préfectoral soit respecté par tous. Les services de contrôle seront pleinement mobilisés, en mer comme à terre, pour assurer le respect de ces nouvelles dispositions. Les contrevenants s’exposent à des sanctions administratives et pénales précisées dans l’arrêté préfectoral.

L’association Globice réagit

En tant qu’association agréée de protection de l’environnement dédiée à l’étude et à la protection des cétacés, Globice a pu exprimer à plusieurs reprises son avis scientifique dans le cadre de ce processus de concertation. La mise à disposition des données scientifiques collectées à La Réunion et les résultats des dernières études disponibles sur la question de l’impact du whale-watching (ou « observation des baleines ») ont ainsi pu être versées au débat.

L’engagement constant de Globice sur ce sujet depuis 25 ans est de permettre l’exercice d’une activité d’observation véritablement responsable et respectueuse des cétacés, qui tienne compte des besoins physiologiques vitaux de ces espèces protégées et singulièrement de celles les plus vulnérables au whale-watching : baleine à bosse (Megaptera novaeangliae), grand-dauphin de l’Indo-pacifique (Tursiops aduncus) et dauphin long-bec (Stenella longirostris).

Dans cette perspective, Globice salue certaines des dispositions du nouvel arrêté qui présentent de réelles avancées :

  • l’instauration d’une saison officielle pour éviter la sur-pression sur les baleines à bosse en plus faible nombre en début et en fin de saison ;
  • le maintien d’une période de quiétude pour toutes les espèces qui contribuera à sanctuariser certaines phases de repos indispensables ;
  • l’autorisation limitée des mises à l’eau contribuant à mieux prendre en compte les besoins naturels des cétacés ;
  • la limitation des navires autour des cétacés et l’instauration d’une vitesse maximale de dix nœuds pour réduire la pression, le bruit sous-marin et les risques de collision dans les zones sensibles.

Globice regrette toutefois qu’au vu du développement très important de l’activité de whale-watching à La Réunion et de la situation problématique constatée sur le plan d’eau les années précédentes, n’aient pas été mieux considérées les nécessités :

  • de limiter substantiellement le nombre de navires sur le plan d’eau, reconnaissant que la capacité de charge est dépassée au regard de l’habitat disponible et des effectifs restreints des populations ciblées par cette activité ;
  • d’augmenter le niveau de protection des populations les plus vulnérables : baleines à bosses allaitantes et leur baleineau, grand-dauphins de l’Indo-Pacifique sur-sollicités en baie de Saint-Paul, et dauphins long-bec en phase de repos vitale le matin devant Saint-Gilles ;
  • de conditionner l’activité d’observation à des exigences fortes en termes de formation des acteurs et de sensibilisation du public à l’écologie et à la biologie des cétacés.

Globice continuera à porter ces exigences de conservation auprès des autorités publiques et de l’écosystème d’acteurs locaux concernés, afin de permettre le développement d’une activité d’observation responsable et respectueuse. Plusieurs programmes scientifiques sont d’ailleurs en cours ou en préparation localement pour mieux caractériser l’impact des activités maritimes sur les cétacés.

Globice poursuivra par ailleurs ses efforts pour encourager d’autres formes d’observation des cétacés et notamment celle qui s’effectue depuis le littoral, garantie sans aucun impact sur les animaux. Une dernière version de son application smartphone Balèn terla, dédiée à l’observation depuis la côte, est disponible gratuitement depuis peu sur les stores Apple et Android. Elle inclut cette année une nouvelle fonctionnalité de géolocalisation qui en empêche l’usage depuis une embarcation en mer.

Saison 2025 : un « retard à l’allumage »

« Depuis les premières observations précoces fin avril, les signalements se succèdent régulièrement comme l’atteste notre application Balèn terla. Pour autant, si le flux semble réel la présence d’individus en nombre reste limitée. Ailleurs dans l’océan Indien, nos partenaires scientifiques sont confrontés à une situation similaire, comme un « retard à l’allumage », y compris sur les sites de reproduction habituellement les plus fréquentés.« Nous ne sommes que mi-juillet et les prochains jours nous déjugeront peut-être », espère l’association Globice.

À Mayotte cette fois, la saison des baleines vient d’être lancée. L’association scientifique Ceta’Maore a enregistré la première observation de baleine à bosse de l’année à la fin juillet. Dans le 101e département français, elles sont généralement visibles jusque’en novembre, avec un pic d’activité entre août et septembre.

 

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