Conservation
Projet RaCE : les premiers essais contre les espèces invasives s’achèvent à Aldabra

03 février 2026
Par : La rédaction
La Seychelles Islands Foundation conclut une étape clé du programme RaCE sur l’atoll d’Aldabra. Objectif : déterminer si l’éradication de prédateurs introduits est techniquement et écologiquement réalisable dans l’un des écosystèmes insulaires les plus préservés au monde.
Le début de l’année marque une étape majeure pour la Seychelles Islands Foundation, (SIF). Après deux années d’essais de terrain ambitieux et novateurs, le dispositif d’évaluation de faisabilité du programme d’éradication des rats et des chats (RaCE) sur l’atoll d’Aldabra touche à sa fin. Ce projet, particulièrement complexe et intensif, a permis de poser les bases scientifiques et opérationnelles nécessaires à la planification de l’éradication d’espèces exotiques envahissantes, comme le rat noir (Rattus rattus) et les chats errants, ou harets — soit des chats domestiques retournés à l’état sauvage.
Parmi les réalisations les plus marquantes figure la conduite de deux séries complètes d’essais de disponibilité des appâts, menées sur cinq sites et dans quatre types d’habitats. Ces essais constituent un élément clé pour une future éradication à Aldabra, puisqu’ils visaient à déterminer la quantité d’appât nécessaire pour que chaque rat puisse ingérer une dose létale. Lors des deux séries, une consommation de 100 % des appâts par les rats a été enregistrée sur les grilles de piégeage, un résultat remarquable. Les essais ont également montré que les zones de fourrés mixtes et de Pemphis acidula nécessitent des taux d’application plus élevés afin de compenser la consommation d’appâts par des espèces non ciblées. Ces résultats représentent une avancée majeure dans la conception d’une stratégie d’éradication sûre, efficace et économiquement viable.

Des résultats prometteurs
Les appâts de type « bolas », déployés dans la canopée, sont restés disponibles bien au-delà de quatre nuits (seuil minimal généralement retenu) et ont atteint un taux de consommation de 100 % par les rats, y compris à des doses réduites. Ces résultats apportent des preuves solides de la faisabilité et de l’efficacité d’un appâtage aérien en mangrove à l’aide de bolas. Par ailleurs, un suivi approfondi des espèces non ciblées a été mené afin d’étudier les interactions des espèces indigènes d’Aldabra avec les appâts (non toxiques dans le cadre de ces essais). Les déplacements des rats ont été suivis, leurs cycles de reproduction étudiés, et les risques potentiels d’empoisonnement secondaire explorés à travers l’analyse de la consommation de carcasses. Le piégeage et le suivi GPS des chats ont également permis de mieux comprendre leurs comportements territoriaux et leurs préférences d’habitat, des données essentielles pour la planification des opérations.
Au-delà du travail de terrain, le projet a permis de faire progresser le développement des technologies d’appâtage en mangrove, de nouer des partenariats essentiels en recherche et développement, de renforcer les programmes de suivi écologique, et de produire un ensemble conséquent de publications scientifiques, de présentations en conférence et d’actions de sensibilisation à l’échelle nationale. Un rapport complet sur la faisabilité du programme RaCE à Aldabra est actuellement en préparation. Parallèlement, la phase 2 des essais de faisabilité est en cours de planification : elle visera à tester des méthodes d’éradication innovantes sur plusieurs « mini-Aldabra » situés sur les îlots du lagon, ainsi que sur Polymnie, la plus petite île du récif périphérique d’Aldabra.