Pollution
Plastic Odyssey aux Comores : dernière escale d’Expédition Plastique océan Indien (ExPLOI)

24 juin 2025
Le navire de Plastic Odyssey fait escale aux Comores du 23 juin au 11 juillet 2025, pour la dernière étape de son expédition dédiée à la lutte contre la pollution plastique dans l’océan Indien. En collaboration avec la COI, cette mission océanographique et citoyenne s’inscrit dans une démarche de sensibilisation et de recherche scientifique à l’échelle régionale.
Dans le monde, chaque minute, 19 tonnes de déchets plastiques sont déversées dans l’océan. Déterminée à agir concrètement contre ce désastre environnemental, l’équipe de Plastic Odyssey concentre cette fois ses efforts dans le sud-ouest de l’océan Indien, en partenariat avec la Commission de l’océan Indien (COI) dans le cadre du projet ExPLOI. L’équipage s’est enrichi de scientifiques de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et d’autres institutions des pays membres de la COI. Leur mission : collecter des données pour mieux comprendre les impacts de la pollution plastique dans la région.
Après La Réunion, Maurice, Madagascar et les Seychelles, c’est au tour des Comores d’accueillir le navire ambassadeur de Plastic Odyssey. À Mohéli, des recherches sont menées dans les lagons et au large de l’île, à travers des prélèvements d’eau pour l’analyse de microplastiques. Ces travaux sont complétés par des études en microbiologie sur la plastisphère — ces écosystèmes liés aux déchets plastiques — et aux risques sanitaires associés. La collecte de macroplastiques permet également d’étudier leur origine et les trajectoires de leur dérive.
©Marine Reveilhac
La mission ne se limite pas au versant scientifique. Deux grandes conférences nationales contre la pollution plastique sont prévues le 2 juillet au Palais du peuple de Moroni (Grande Comore) et le 8 juillet au Gouvernorat de Dar Najat à Anjouan. Parallèlement, de nombreuses actions de sensibilisation sont attendues : nettoyages de plages, visites scolaires à bord du navire, expositions itinérantes et projections de documentaires. Un carnaval organisé à Mohéli a rassemblé artistes et associations locales dans une ambiance festive. Côté recherche, l’Université de Moroni accueillera le 30 juin la Session Sciences, l’occasion de valoriser les travaux du programme ExPLOI et de susciter l’engagement des étudiants comoriens.
La situation critique des Comores
Aux Comores, la pollution plastique est un fléau grandissant. L’accroissement rapide de la population, couplé à une urbanisation rapide, a entraîné une hausse significative de l’importation de produits emballés. Faute d’infrastructures dédiées au traitement des déchets, le pays fait actuellement face à une crise sanitaire et environnementale. Les décharges sauvages, où des déchets de toutes sortes y sont déposés et brûlés, représentent un risque majeur de pollution des sols, des rivières, ainsi que des écosystèmes forestiers, littoraux et marins. Les populations locales sont exposées aux micro-plastiques dans leur alimentation et aux gaz toxiques libérés par la combustion de déchets qui envahissent régulièrement les quartiers.
L’un des principaux obstacles pour la mise en place d’une filière durable, réside dans le fait que la gestion des déchets via la collecte, le tri, le traitement, le recyclage ou l’élimination, s’avère souvent non rentable. Cela s’explique soit par la faible quantité produite, soit par une qualité insuffisante pour permettre leur exportation, réutilisation ou recyclage. Par ailleurs, l’exportation de ces déchets est à la fois complexe et coûteuse. Cette réalité souligne l’urgence d’instaurer des mécanismes financiers pérennes pour soutenir les initiatives locales.
Pourtant, malgré les difficultés, des acteurs locaux se mobilisent. Créée en 2020, l’Agence nationale des déchets des Comores (ANGD) encadre désormais la promotion des activités liées à la filière. De nombreuses associations et entreprises se sont également engagées dans une lutte contre la pollution plastique. La société Recyvie en est un exemple concret. Son objectif est de collecter les déchets en local, de les trier puis de transformer les plastiques usagés en objets utiles, tels que du mobilier, qui sera ensuite mis en vente. Dans le cadre de la venue de Plastic Odyssey, Recyvie organise le mardi 1er juillet, à Mitsamiouli (Ngazidja), des actions de nettoyage des plages ainsi que la visite de leur site de recyclage.
Une plateforme pour les entrepreneurs du recyclage
Du 7 au 9 juillet à Anjouan, l’équipage de Plastic Odyssey propose le OnBoard Laboratory, une formation pratique et collaborative dédiée aux entrepreneurs du recyclage. En testant à bord des machines de transformation des déchets plastiques, les participants découvrent des solutions concrètes et adaptables localement. Broyeur, extrudeuse, compacteur etc. : le navire est une vraie usine flottante. Ali Nassim, fondateur de Recyvie, en fera l’expérience immersive aux côtés d’une dizaine d’entrepreneurs comoriens.
Par cette escale, Plastic Odyssey poursuit son engagement dans la création d’un réseau régional et mondial d’acteurs du recyclage, capables de lutter contre la pollution plastique à sa source, tout en stimulant l’innovation locale. La biodiversité des Comores, ainsi que la biodiversité mondiale, ne pourra prospérer sans actions robustes et adaptées pour une gestion durable des déchets.
Biodiversité aux Comores : quelles actions, quels récits, quel avenir ?
Voir plus sur la thématique : Pollution



