Ornithologie
Pétrels de Barau : quel bilan pour les Nuits sans lumière à La Réunion ?

26 juin 2025
Comme chaque année, l’opération Nuits sans lumière a été déployée entre avril et mai sur l’île de La Réunion pour offrir les meilleurs conditions d’envol possibles aux jeunes pétrels de Barau. Le dispositif désormais levé, la SEOR fait le point sur les chiffres de la saison.
Cette année, 628 jeunes pétrels de Barau (Pterodroma baraui) ont été récupérés et pris en charge dans le cadre de l’opération Nuits sans lumière à La Réunion. Le dispositif courait du 2 avril au 15 mai, soit sur 44 jours. Désormais, l’heure est au bilan pour son instigatrice, la Société d’études ornithologiques de La Réunion (SEOR). Sur l’ensemble des oiseaux signalés, 514 ont pu être sauvés et relâchés, soit un taux de 82 %. En ne prenant en compte que les oiseaux pris en charge vivants, le taux de réussite de sauvetage est de 86 %.
Les 114 oiseaux qui n’ont malheureusement pas survécu se décomposent comme suit :
- 32 oiseaux ont été signalés morts ;
- 5 oiseaux ont été euthanasiés des suites de leurs blessures graves ;
- 39 sont morts avant leur arrivée au centre de soins au cours de leur rapatriement ;
- 38 oiseaux sont morts malgré les soins et traitements prodigués.
La synthèse des données cumulées lors d’années similaires en termes de temporalité des phases lunaires (2014 et 2017) avait permis d’établir des estimations et donc un prévisionnel des échouages, qui, pour 2025 s’annonçait entre 950 et 1 300 pétrels de Barau pris en charge du 1er avril au 20 mai. Dans les faits, en 2025, si la période d’intensité maximale des échouages a bien correspondu aux prévisions (19 avril au 2 mai), le nombre total d’oiseaux échoués a été considérablement inférieur aux deux scénarios envisagés.
Une année favorable ?
Plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour expliquer le nombre d’échouages sensiblement inférieur aux prévisions cette année. Tout d’abord, les conditions météorologiques particulièrement favorables durant la période critique d’envol (notamment entre 18h et 22h) ont facilité l’envol des juvéniles et limiter leur désorientation par les éclairages artificiels. Ensuite, il est possible que le succès reproducteur sur les colonies ait été plus faible qu’attendu, en lien avec des événements naturels tels que le cyclone Garance, qui a pu perturber la saison, ou encore la pression des prédateurs introduits, notamment les chats harets, toujours présents sur les sites de nidification. Enfin, l’impact positif de l’opération Nuits sans lumière est à souligner. En 2025, de nombreuses communes se sont pleinement mobilisées, avec une réelle implication dans la réduction de la pollution lumineuse. Plusieurs acteurs privés ont également contribué à cet effort collectif, bien que des points noirs subsistent, témoignant de la nécessité de poursuivre la sensibilisation et les actions ciblées.
La répartition géographique des échouages de jeunes pétrels de Barau en 2025 montre une concentration marquée dans les communes côtières du nord-ouest et du sud de l’île, notamment Saint-Pierre (122), Saint-Paul (108), Le Port (91), Saint-Denis (65) et Saint-Louis (59). Ces cinq communes totalisent à elles seules plus de 70 % des oiseaux pris en charge. À l’inverse, plusieurs communes, comme Sainte-Rose, Bras-Panon, l’Entre-Deux ou la Plaine des Palmistes, n’ont enregistré aucun échouage signalé. Enfin, quelques communes, dont Étang-Salé, Cilaos, Sainte-Marie et Saint-Joseph présentent des niveaux d’échouage modérés.
Pour la saison d’envol 2025, la SEOR a d’ores et déjà géoréférencé 451 lieux d’échouage, représentant 72 % des signalements recensés à ce jour. Ce travail, toujours en cours, permettra d’identifier les zones qui ont été problématiques au sein des communes, en vue de cibler les actions à mener pour la prochaine saison d’envol.
Des efforts à pérenniser
L’opération de sauvetage Nuits sans lumière est essentielle pour la conservation du pétrel de Barau et doit être reconduite chaque année. Elle doit s’accompagner d’une intensification des efforts en matière de rénovation et d’adaptation des éclairages publics et privés, dans une démarche concertée et durable de réduction de la pollution lumineuse. Enfin, il est primordial d’adapter les pratiques notamment sportives durant cette période afin de limiter l’impact des éclairages associés sur la biodiversité. La SEOR reste pleinement mobilisée et disponible pour accompagner les communes, les institutions et les partenaires privés, que ce soit à travers la diffusion des bilans, des recommandations concrètes ou la mise en œuvre d’actions ciblées. La collaboration territoriale et l’engagement collectif seront les clés du succès pour les prochaines saisons d’envol des pétrels de Barau.
Le pétrel de Barau est une espèce d’oiseau marin endémique de La Réunion, classée « en danger d’extinction » par l’UICN depuis 2000. En avril, lors de leur premier envol, les jeunes pétrels peuvent être désorientés par les lumières artificielles qu’ils confondent avec le reflet des astres. Ils s’échouent alors au sol et sont incapables de reprendre seuls leur envol. Livrés à eux-mêmes, ils sont voués à une mort certaine. Pour limiter la pollution lumineuse et ses impacts sur la biodiversité, les éclairages extérieurs sont strictement réglementés de manière générale et en tout temps par l’arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses. Les éclairages blancs(> 3000 Kelvin), non orientés face au sol ou encore éclairant la plage sont par exemple strictement interdits. Le non-respect de cet arrêté peut désormais être sanctionné par une contravention et faire l’objet d’une mise en demeure et d’une astreinte journalière de la part de l’autorité administrative compétente.
© Société d’études ornithologiques de La Réunion (SEOR)
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