Ornithologie
La Réunion : près de 1 200 pétrels sauvés grâce aux Nuits sans lumière

23 mai 2024
La période d’envol des jeunes pétrels vient de se terminer à La Réunion. Pour la société d’études ornithologiques de La Réunion, à l’initiative, chaque année, des Nuits sans lumière, l’heure est venue de dresser le bilan. En 2024, les oiseaux échoués ont été plus bien plus nombreux que l’année dernière.
Clap de fin pour la campagne 2024 des Nuits sans lumière à La Réunion. Depuis le 15 mai, le centre de soins de la société d’études ornithologiques de La Réunion (Seor) ne reçoit plus de signalements d’échouage de jeunes pétrels de Barau, ce qui marque officiellement la fin de la saison. Cette année, 1 351 pétrels ont été pris en charge par le réseau de sauvetage de la Seor entre le 2 avril et le 15 mai 2024, soit sur 44 jours. 1 195 d’entre eux ont pu être sauvés et relâchés. En ne prenant en compte que les oiseaux pris en charge vivants, le taux de réussite des sauvetages est de 92 %. Au total, 98 % des oiseaux signalés tout au long de la saison ont été récupérés.
« Comme les années précédentes, et certainement grâce à la communication mise en œuvre, il est constaté une implication significative de la population pour nous signaler également des oiseaux morts. En 2024, 4 % des signalements concernent des oiseaux découverts morts (49 individus sur les 1 351) », souligne la Seor dans son bilan de la campagne de sauvetage de la saison 2024.
Les 156 oiseaux qui n’ont malheureusement pas survécu se décomposent comme suit :
- 49 oiseaux ont été signalés morts ;
- 77 sont morts avant leur arrivée au centre de soins au cours de leur rapatriement ;
- 30 oiseaux sont morts malgré les soins et traitements prodigués dont trois individus qui ont du être directement euthanasiés en raison des blessures sévères ne laissant pas d’espoir de survie dans la nature.
Plus d’échouages de pétrels qu’attendus
La synthèse des données cumulées lors d’années similaires en termes de temporalité des phases lunaires (2016 et 2021) avait permis d’établir des estimations et donc un prévisionnel des échouages, qui pour 2024 s’annonçait entre 580 et 830 pétrels du 1er avril au 12 mai. « Dans les faits, en 2024, si la période d’intensité maximale des échouages a bien correspondu aux prévisions (13-20 avril), le nombre total d’oiseaux échoués a été considérablement supérieur au pire des scénarios envisagés », déplore la société d’études ornithologiques de La Réunion.
Cet excédent d’échouages peut s’expliquer, entre autres, par deux phénomènes qui se sont combinés :
- La météo défavorable : une couche nuageuse a fréquemment masqué la lueur naturelle de la lune et des étoiles qui est utilisée par les jeunes pétrels pour se guider vers l’océan. Dans les zones éclairées, cette couche nuageuse a de plus pour effet de générer un halo lumineux accentuant la désorientation des pétrels ;
- A Cilaos, commune la plus proche des colonies de pétrels et où les éclairages sont donc les plus impactants pour les jeunes oiseaux, les dispositifs d’éclairage publics et privés sont restés allumés contribuant ainsi à l’échouage de la majorité des oiseaux pris en charge cette année (58 %).
Un pic d’échouage de jeunes oiseaux a eu lieu durant quatre nuits consécutives du mois d’avril, avec 856 oiseaux pris en charge du 14 au 17 dont 74 % sur la commune de Cilaos « et cela malgré nos multiples alertes exprimées avant et tout au long de la saison notamment lors du pic d’échouages », détaille encore le bilan. Sur le secteur Est, la commune qui regroupe le plus de signalements est la commune de Salazie avec 102 oiseaux ; au Nord, il s’agit de Saint-Denis avec 46 pétrels de Barau ; à l’Ouest, les communes où le plus de signalements ont été recensés sont Saint-Paul et Le Port avec respectivement 70 (dont 23% sur le secteur de Mafate) et 65 pétrels recueillis.
« Les données de 2024 démontrent une nouvelle la nécessité de limiter le plus possible les éclairages artificiels durant l’ensemble de la période d’envol des jeunes pétrels, notamment sur les zones les plus sensibles où les effets de la pollution lumineuse peuvent être dévastateurs comme dans le cirque de Cilaos, conclut la Seor. Cette opération de sauvetage est essentielle pour la conservation du Pétrel de Barau et doit être reconduite chaque année. En parallèle, il est essentiel de poursuivre le travail de rénovation et d’adaptation des éclairages publics et privés afin de réduire la pollution lumineuse. Enfin, il est primordial d’adapter nos pratiques notamment sportives durant cette période afin de limiter l’impact des éclairages associés sur la biodiversité. »
En 2023, 1.035 jeunes pétrels de Barau ont été pris en charge pour 891 oiseaux sauvés, soit 304 oiseaux de moins que cette année. L’analyse des plus de 45 000 échouages passés couplés à l’évolution de la pollution lumineuse laisse craindre que plus de 80 000 échouages de pétrels et puffins supplémentaires sont attendus d’ici 2050 si rien n’est fait pour réduire la pollution lumineuse à La Réunion, selon la Seor.
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