Protection
Maurice : La rentabilité financière trop souvent privilégiée face à la préservation des écosystèmes

03 septembre 2024
Le changement d’utilisation des terres est le moteur direct le plus impactant pour les écosystèmes terrestres. Mais en la matière, la gouvernance mauricienne tend encore à privilégier l’aspect financier à l’aspect environnemental, faute de cadre réglementaire solide.
L’île Maurice est menacée par la dégradation environnementale engendrée par les activités humaines. C’est la conclusion principale d’une récente étude scientifique menée par Xavier G.H. Koenig et Prakash N.K. Deenapanray, publiée dans le journal Land Use Policy. Leur recherche s’est concentrée sur l’impact des changements d’utilisation des terres sur les écosystèmes terrestres.
Les chercheurs ont tenté d’identifier les conceptions du problème qui orientent la gouvernance de l’utilisation des terres et de l’environnement à Maurice, pays où la dégradation des écosystèmes persiste malgré une sécurité foncière. Pour ce faire, ils ont mené une série d’entretiens avec 20 informateurs clés des secteurs privé, public, associatif et scientifique et analysé la documentation disponible afin de comprendre les systèmes de gouvernance actuels au niveau législatif, politique et institutionnel. À Maurice, les droits fonciers et les titres sont bien établis et sécurisés, estime l’étude, car le pays dispose d’un système sophistiqué de tenue foncière qui a évolué depuis l’époque coloniale. Aujourd’hui, plus de 80 % des terres mauriciennes sont des propriétés privée, les 20 % restants étant détenus par l’Etat.
L’étude a révélé des problèmes majeurs de gouvernance, qui favorisent souvent les changements d’utilisation des terres pour des motifs financiers, au détriment des écosystèmes naturels. Malgré la reconnaissance du rôle de la nature dans le bien-être des citoyens, les chercheurs n’ont pas observé d’approches visant à optimiser à la fois l’économie et l’écosystème. En effet, l’appareil de gouvernance semble faciliter systématiquement la suppression des garanties environnementales en faveur des utilisations foncières génératrices de revenus. Ces résultats exposent les lacunes de divers acteurs, publics et privés, dans la préservation et la restauration des écosystèmes conformément au 15ème objectif de développement durable des Nations Unies, à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique et à la Convention des Nations Unies pour lutter contre la désertification.
L’intégration du capital naturel
« Un cadre juridique et réglementaire solide est un instrument politique nécessaire pour réglementer les changements d’utilisation des terres qui sont un moteur dominant de la perte de la nature, résume les chercheurs. Nécessairement, l’application de la législation est essentielle, ce qui, à son tour, exige que les chiens de garde non étatiques aient accès au système juridique pour protéger la nature. C’est essentiel car la Constitution de la République de Maurice ne confère aucun droit à l’environnement. En outre, le gouvernement devrait institutionnaliser des cibles conformes aux Conventions des Nations Unies susmentionnées afin de promouvoir les utilisations positives des terres pour la nature, et d’intégrer et de mobiliser des ressources adéquates pour la mise en œuvre et l’application. La participation des citoyens devrait être encouragée à plusieurs étapes du processus de planification politique intégrée, qui s’est avéré faible à Maurice. »
Face à cette situation, jugée probablement similaire dans de nombreux pays en développement, Koenig et Deenapanray recommandent l’introduction de la comptabilité en capital naturel, à la fois biophysique et monétaire, qui représente une avancée significative dans la gestion durable des ressources. Elle permet de quantifier les actifs naturels non seulement en termes physiques, mais aussi en termes financiers, offrant ainsi une vision plus complète de leur valeur.
Cette approche favorise une meilleure prise de décision en intégrant des considérations environnementales dans les stratégies économiques. En outre, elle sensibilise les décideurs politiques et économiques à l’importance de préserver et d’investir dans le capital naturel pour assurer un développement durable à long terme. Cela permettrait de fournir des données comparables sur les bénéfices tirés des écosystèmes et ceux issus des activités économiques, afin de mieux informer les compromis et les priorités.
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