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Primatologie

Madagascar : Un lémurien menacé sur écoute

24 août 2026

Par : La rédaction // Illustration : © Madelein Wolf

Et si leurs cris permettaient de compter les lémuriens ? Des scientifiques ont utilisé l’acoustique passive pour détecter et estimer la densité du lémurien sportif de Nosy Be. Une approche prometteuse, à condition de savoir interpréter ces signaux sonores…

Sur l’île de Nosy Be, au nord-ouest de Madagascar, une équipe de chercheurs dirigée par Luke D. Martin a testé une idée simple en apparence : compter un primate nocturne rare, le lémurien sportif de Nosy Be (Lepilemur tymerlachsoni), non pas en le voyant, mais en l’écoutant. Le pari est important, car cette espèce, endémique de l’île, est classé en danger critique d’extinction en raison de la perte d’habitat, de la dégradation des forêts et de la chasse.

Une enquête sonore

Plutôt que de multiplier les observations directes, l’équipe a utilisé des enregistreurs autonomes capables de capter les sons en continu, de manière non invasive et à moindre coût. Cette approche, appelée suivi acoustique passif, reste encore peu utilisée chez les primates, alors même que certains lémuriens sportifs sont réputés très vocaux. Elle est néanmoins bien plus démocratisée pour le suivi des cétacés, par exemple.

Le lémurien sportif de Nosy Be, parfois appelé lémurien sportif de Hawks, vit dans une mosaïque de forêts primaires, secondaires, dégradées et de plantations autour de Lokobe, un parc national situé sur la pointe sud de Nosy Be. Son mode de vie nocturne et arboricole en fait un bon candidat pour ce type de suivi, justement parce qu’il est plus facile à entendre qu’à voir.

Ce que les micros ont révélé

En 250 heures d’enregistrement, les chercheurs ont détecté 9 560 cris. Ils ont également montré que le niveau sonore des appels pouvait servir d’indice pour estimer la distance entre l’animal et le microphone. Le point fort de la méthode est donc la détection des vocalisations.

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La difficulté apparaît cependant lorsqu’il faut transformer ces détections en estimation de densité. Avec les cris isolés comme unité de comptage, les résultats étaient jugés trop élevés et peu précis. En revanche, les estimations s’amélioraient lorsque les chercheurs comptaient des séquences de cris plutôt que chaque appel séparément.

Une méthode à parfaire

Pour vérifier leurs résultats, les chercheurs ont mené en parallèle des transects linéaires, qui ont fourni une estimation de densité plus crédible que celle obtenue à partir des seuls cris individuels. Leur principal constat est que la difficulté ne vient pas tant des microphones que du calcul du taux de cris, indispensable pour transformer les sons enregistrés en une estimation du nombre d’animaux.

Les auteurs restent prudents quant à l’exactitude absolue des chiffres, car ils ne disposaient pas d’une population de référence dont la densité était connue pour valider directement la méthode. Mais l’étude montre déjà deux choses essentielles : le suivi acoustique passif a un réel potentiel pour surveiller un primate extrêmement menacé, et son amélioration pourrait devenir un outil précieux pour la conservation du lémurien sportif de Nosy Be. Si l’écoute fonctionne bel et bien, le comptage précis reste donc le véritable défi.

 

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