Herpétologie
Un harnais sur mesure pour étudier le plus grand caméléon du monde

14 juin 2026
Cette technologie surprenante pourrait jouer un rôle crucial dans la conservation de ce caméléon endémique de Madagascar.
Un défi technologique

Suivre un caméléon n’est pas chose facile. Sa morphologie particulière (corps aplati sur les côtés, mouvements précis, vie en milieu arboricole) rend la conception d’un dispositif de suivi non invasif particulièrement délicate. Pour relever ce défi, plusieurs modèles de harnais ont été testés sur sept individus du Chester Zoo, au Royaume-Uni. Chaque animal était équipé d’un faux émetteur afin d’évaluer sa tolérance au matériel, sa stabilité et son éventuel impact sur le comportement des reptiles.
D’après les observations des chercheurs et des soigneurs du zoo, aucun dispositif n’a provoqué de stress prolongé ni de modification notable du comportement, y compris pendant les périodes de reproduction. Quelques cas de détachement ou de déplacement des harnais ont toutefois été constatés, conduisant à des ajustements progressifs. À terme, le harnais en polyuréthane, un polymère, conçu sur mesure, s’est révélé le plus adapté, notamment grâce à sa facilité d’ajustement et à son intégration efficace des capteurs.
Les premiers résultats sur le terrain
Après cette phase d’essai concluante en captivité, les harnais ont été déployés dans la réserve de Vohimana, à l’est de Madagascar. Cette zone présente un paysage contrasté, mêlant forêts primaires, milieux plus dégradés, entre plantations, arbres fruitiers et eucalyptus. Huit caméléons (cinq mâles et trois femelles) ont été équipés d’émetteurs puis suivis quotidiennement grâce à la radiotélémétrie. Les chercheurs ont ainsi pu enregistrer leurs déplacements, leur position dans la canopée et le type d’arbres privilégiés.
Les premières observations révèlent plusieurs tendances significatives. Elles suggèrent notamment que le caméléon de Parson sélectionne ses habitats de manière plus fine qu’on ne le pensait, en privilégiant certaines structures végétales complexes :
- une forte préférence pour les arbres fruitiers (avocatier, manguier, jacquier…), offrant une végétation dense et de nombreuses branches horizontales ;
- une utilisation très limitée des eucalyptus, peu adaptés aux besoins de l’espèce ;
- une activité globalement réduite durant la période d’étude, probablement liée à la saison plus fraîche ;
- une tendance marquée à rester plusieurs jours dans le même arbre.
Une nouvelle ère pour la conservation des caméléons ?
Au-delà de la validation technique du système de harnais, cette étude offre un nouvel éclairage sur la vie discrète du caméléon de Parson. Elle révèle des préférences d’habitat inattendues, y compris dans des zones dégradées souvent sous-estimées dans les stratégies de conservation. Les chercheurs soulignent toutefois la nécessité de poursuivre ces travaux sur un panel plus large d’individus et sur différentes périodes de l’année afin de mieux comprendre les variations saisonnières de l’espèce. À l’avenir, l’arrivée de technologies encore plus miniaturisées, comme les nano-GPS, pourrait permettre d’affiner davantage les futures observations.
En combinant des phases de test réalisées en zoo et des observations en milieu naturel, ce projet illustre l’intérêt d’une approche « ex situ – in situ » en herpétologie moderne. Il met également en lumière le rôle croissant des parcs zoologiques dans la recherche appliquée et les programmes de conservation sur le terrain, comme le souligne le Caméléon Center Conservation : « les parcs zoologiques modernes peuvent apporter une contribution essentielle en mettant leur expertise au service d’actions concrètes de recherche et de conservation dans les milieux naturels ».
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