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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Pollution

Libérer les océans du plastique : ExPLOI et Plastic Odyssey

29 mai 2026

Par : Jeanne Henry, avec Thierry Bouvier, Sushma Mattan Moorgawa et Thibault Roudier

Photos : Marine Ravillac

En 2025, deux missions majeures ont marqué l’effort régional contre la pollution plastique marine. De la recherche scientifique au développement d’une économie plus vertueuse, Expédition plastique océan Indien (ExPLOI) et Plastic Odyssey concourent à repenser nos modes de production et de consommation.

D’avril à juillet 2025, une vingtaine de scientifiques ont embarqué à bord du navire Plastic Odyssey. Ils y ont étudié la pollution plastique marine dans le cadre du projet ExPLOI.  « Nous quantifions les déchets plastiques sur les plages, dans les lagons et parfois à l’embouchure des rivières. Les mangroves, par exemple, sont de véritables hotspots de pollution. Leurs racines retiennent les déchets », explique Sushma Mattan Moorgawa, responsable des observatoires de la pollution plastique de Maurice, de Madagascar, des Seychelles et des Comores.

Le plastique peut flotter des centaines d’années dans l’océan.  Jusqu’à 10 000 morceaux par kilomètre carré ont été comptabilisés dans les eaux côtières de La Réunion, selon une série d’études réalisée par la COI et l’IRD en 2024. Ces plastiques, loin de disparaître, deviennent des supports pour les bactéries. Les recherches menées consistent ainsi à évaluer le risque de maladies, de l’animal qui ingère le plastique flottant et les bactéries pathogènes fixées dessus, à l’humain en bout de chaîne alimentaire.

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L’une des études les plus récentes à Madagascar a par ailleurs montré qu’un gramme de plastique peut contenir jusqu’à 200 000 bactéries pathogènes pour l’humain. Les analyses ont révélé des souches bactériennes capables de résister à la majorité des médicaments cliniques, avec des taux de multirésistance atteignant 80 %. Un danger sanitaire subtil, qui inscrit la nécessité d’étudier la manière dont les populations perçoivent la pollution plastique. « Voir des enfants jouer au milieu des déchets, parfois sous le regard indifférent des adultes, interroge profondément sur notre rapport au risque », confie Thierry Bouvier, chercheur à l’IRD.

Les résultats des études menées lors de cette mission océanographique seront publiés au cours des trois prochaines années. Ils serviront non seulement à mieux orienter les politiques de sensibilisation et d’éducation, mais aussi à renforcer les capacités locales et régionales en termes de gestion des déchets.

Plastic Odyssey, booster de projets

Au-delà du laboratoire scientifique conçu à bord spécialement pour les équipes d’ExPLOI, le navire Plastic Odyssey, lui, navigue depuis trois ans avec une véritable usine de recyclage dans ses compartiments. Broyeur, centrifugeuse, presse hydraulique, four à plaques, compacteur, etc. Autant de machines qui permettent de transformer les déchets plastiques en objets utiles, et dont les plans sont en accès libre sur internet.

C’est d’ailleurs sur ce principe qu’est né le projet : partager les savoirs du recyclage et stimuler les échanges entre les différents acteurs du milieu. Ainsi, une communauté internationale s’était déjà formée sur WhatsApp avant même que le bateau ne lève l’ancre pour son tour du monde. « Le navire est venu comme un catalyseur. Quand nous arrivons dans un pays, nous retrouvons des porteurs de projets actifs. Cela renforce l’impact de nos actions. », résume Thibault Roudier, ingénieur et responsable du programme Onboard Laboratory.

Allier les forces

Dans le sud-ouest de l’océan Indien, plusieurs initiatives incarnent cet esprit d’innovation. À Maurice, l’équipe a rencontré DKD, une entreprise qui fabrique des tuyaux en matériaux recyclés. Elle revalorise plus de 1 200 tonnes de plastique par an pour les infrastructures locales. « C’est un modèle économique solide, ancré dans le territoire depuis une vingtaine d’années, et un exemple de recyclage qui fait vraiment sens », salue Thibault Roudier.

Aux Comores, l’engagement des jeunes a particulièrement suscité l’admiration des membres de Plastic Odyssey. Dans un contexte dépourvu d’infrastructures publiques, des associations nettoient les quartiers bénévolement. Sans moyens, ils utilisent parfois le camion d’un artisan local, dont ils payent l’essence en récoltant une taxe auprès des habitants.

Nassim Ali, le fondateur de l’entreprise Recyvie, est allé plus loin dans le processus : « Cela fait presque six ans que je fais partie du réseau francophone de Plastic Odyssey. À Mitsamiouli, au nord de la Grande-Comore, j’ai un atelier-conteneur dans lequel je transforme le plastique en mobilier. Ce sont eux qui m’ont insufflé ce modèle. Ils m’ont apporté la formation et l’encadrement nécessaire pour mener à bien mon projet de recyclage. » Ce modèle, encore émergent, ouvre la voie à une gestion professionnelle des déchets dans un territoire où toute une filière reste à construire.

Sur l’île voisine, à Mayotte, la gestion des déchets s’est quant à elle aggravée après le passage du cyclone Chido. Sous l’effet des fortes pluies, les détritus se sont accumulés dans les rivières et les caniveaux, avant d’être charriés massivement vers l’océan. Face à cette urgence, des associations et structures locales, coordonnées par la fédération Mayotte Nature Environnement (MNE), ont sollicité la venue du navire Plastic Odyssey. Très vite, une dynamique collective s’est mise en place. L’objectif ? Collecter trois tonnes de déchets pour alimenter les machines de recyclage du bateau durant ses trois semaines d’escale. En réponse à l’appel de MNE, 13 associations, partenaires et entreprises de l’économie sociale et solidaire se sont mobilisés. Au total, 14 opérations de ramassage ont été réalisées sur l’ensemble du territoire.

Vers le zéro déchet ?

Malgré ces initiatives, la quantité de plastique déversée dans les océans, soit 19 tonnes chaque minute, reste bien trop élevée par rapport à celle qui finit recyclée. En effet, seuls 9,5 % des matériaux plastiques produits dans le monde en 2022 ont été fabriqués à partir de matériaux recyclés. En l’absence de mise en place de mesures globales suffisantes, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoit une augmentation de la production de plastique mondiale de 435 mégatonnes en 2020 à 736 mégatonnes en 2040, soit 70 % de hausse. Parallèlement, le rejet de plastique dans l’environnement augmenterait, lui, de 50 %.

Réduire la production et la demande de plastique reste ainsi à ce jour la solution la plus efficace, mais également le défi le plus ambitieux. À petite échelle, Plastic Odyssey a par exemple proposé des alternatives aux emballages plastiques utilisés lors des grands mariages aux Comores. Paniers tressés, noix de coco poncées pour servir les repas ou barquettes en palme compressée : ces solutions existent déjà localement ou dans d’autres îles, et peuvent être employées pour éviter la vaisselle en plastique jetable.

📖 Cet extrait d’article vous a plu ? Voici ce qu’il vous reste à explorer :

• la mésinterprétation du concept de plastique biodégradable  ;
• d’autres initiatives locales et régionales de recyclage et les alternatives aux emballages plastiques  ;
• les scénarios d’action de l’OCDE pour l’élimination de la pollution plastique à l’horizon 2040.

 



 

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