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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Conservation

Cyclone Chido : que reste-t-il des forêts à Mayotte ?

17 avril 2026

Par : Jeanne Henry avec Djamadar Saindou, Alex Prunet et Emilien Dautrey

Comment restaurer des écosystèmes forestiers après une catastrophe naturelle ? Une question cruciale lorsque ceux-ci ont déjà subi d’importantes dégradations humaines. Le cas de Mayotte est frappant et renforce une lutte déjà ancienne : faire reconnaître les forêts comme un enjeu central de l’aménagement du territoire.

Samedi 14 décembre 2024. Suite au passage du cyclone Chido, Mayotte se retrouve sous un paysage méconnaissable. Jusqu’à 95 % des forêts ont été ravagées. Même les mangroves, ces remparts naturels pourtant réputés résistants, ont été sévèrement endommagées. Cette dévastation brutale n’est pas seulement due à la violence du phénomène. Elle révèle surtout l’état de vulnérabilité d’un territoire marqué par cinquante années de défrichement agricole, d’urbanisation rapide et de fragmentation forestière. Dans de nombreuses zones, l’érosion avait déjà fragilisé les sols avant l’arrivée du cyclone. Chido n’a fait qu’empirer un processus déjà à l’œuvre.

Coup dur pour la biodiversité

Privés de leur habitat arboricole, les makis, désorientés, ont été contraints de se déplacer au sol et de traverser les routes, entraînant une forte mortalité routière.  Les roussettes, quant à elles, ont semblé déserter l’île, trouvant refuge dans des zones abritées ou migrant temporairement avant de réapparaître timidement quelques mois plus tard. Quant aux oiseaux forestiers endémiques, ils se sont fait rares, comme le founingo (Alectroenas sganzini) ou le pigeon des Comores (Columba pollenii). Du côté de la flore, les grands arbres, plus exposés au vent, ont payé le prix fort, et ont, inévitablement, entraîné la détérioration des plantes épiphytes attachées aux troncs. Dans les zones en pleine ouverture, la lumière et la chaleur ont favorisé une explosion d’espèces exotiques envahissantes. Les milliers de plantules de l’Acacia mangium et le cannelier (Cinnamomum verum) occupent aujourd’hui des pans entiers de terrain.

♦ Ceci est un extrait. Retrouvez l’article complet dans la Revue Gecko n°5 : « Que reste-t-il de nos forêts tropicales ? »

Pourtant, malgré l’ampleur des dégâts, les gestionnaires de la Réserve Naturelle Nationale des forêts et des mangroves ainsi que les acteurs de la conservation forestière appellent à la prudence. Intervenir partout par de la plantation massive d’arbres n’est pas la meilleure option et est impossible au vu du manque de moyen actuel. Laisser les forêts se réparer par régénération naturelle assistée (RNA) est parfois plus bénéfique et moins coûteux, à condition d’assurer un suivi régulier. Sur d’autres sites, en revanche, l’intervention humaine est indispensable, notamment pour lutter contre les plantes exotiques envahissantes. C’est le cas du site du Lac Karihani, où il a fallu agir rapidement après le passage du cyclone. D’autres sites ont été identifiés comme adaptés au reboisement par la Réserve naturelle nationale des forêts de Mayotte (RNNFM). Cependant, aucun établissement de l’île ne dispose de suffisamment de graines pour répondre au besoin. De plus, les effectifs spécialisés manquent, confirmant que Mayotte n’est pas suffisamment préparée pour restaurer ses forêts après des événements climatiques extrêmes. Pourtant, ceux-ci seront probablement amenés à se répéter et s’intensifier sous l’effet du réchauffement climatique.

Pas de politique sans les forêts

Sur le plan politique, un débat crucial s’est ravivé : la place des forêts dans les décisions d’aménagement. Absentes des premières versions de la loi de refondation de Mayotte, elles n’y ont été intégrées qu’après de fortes mobilisations des organisations environnementales. Celles-ci ont également revendiqué une meilleure prise en compte des écosystèmes forestiers et de leur spécificité dans le Schéma d’aménagement régional (SAR), l’outil majeur de planification des territoires ultramarins français. En parallèle, l’application du règlement européen sur la restauration de la nature impose d’élaborer une feuille de route dédiée aux écosystèmes forestiers mahorais. Un enjeu important, puisque les associations environnementales et les gestionnaires d’aires protégées, notamment la Réserve naturelle, déploraient déjà le manque de consultation dans les projets situés à proximité de ces écosystèmes, comme les zones d’aménagement concerté, routes, infrastructures, qui affaiblissent la résilience des forêts littorales. 

♦ Visionnez notre webinaire « Chido : Où en est la biodiversité terrestre à Mayotte  ? »

Ainsi, les décideurs publics réussiront-ils à considérer pleinement les forêts comme un enjeu structurant de l’aménagement du territoire, au même titre que l’urbanisme ou l’agriculture ? Mobiliseront-ils les moyens financiers nécessaires pour assurer leur restauration, leur conservation et leur surveillance sur le long terme ? Ces choix politiques pèseront directement sur la capacité du territoire à préserver la ressource en eau dont il est aujourd’hui déficitaire, et à affronter les prochaines catastrophes naturelles.

 



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