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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Faune sous-marine

« L’alphabet phonétique » des cachalots décrypté par la science

19 août 2024

Par : Solène Peillard

Par leur mode de vie, les cachalots demeurent des animaux globalement méconnus. Mais une récente étude vient percer un peu plus leur mystère, en révélant un mode de communication très complexe, basé sur un alphabet phonétique modulable.

A première vue, homme et cachalot n’ont pas grand chose en commun. Pourtant, leur mode de communication, eux, présentent plusieurs similitudes, selon une étude réalisée par les chercheurs du projet Cetacean Translation Initiative (CETI), récemment publiée dans la revue Nature Communications. Afin de se repérer dans leur environnement, identifier la présence de potentielles proies grâce à la réverbération des ondes sonores ou encore coordonner des tâches comme la recherche de nourriture ou l’élevage des plus jeunes, les cachalots émettent des séquences de 30 à 40 clics, appelés codas. Plus encore, ces vocalisent constituent le fondement même de leurs relations sociales, puisque ces codas permettent à un cétacé d’indiquer aux autres sa propre identité. Mais en dehors de ces connaissances, la communication des cachalots restait plutôt mystérieuse, ces animaux sociaux passant la majeure partie de leur vie sous la surface de l’eau, à des profondeurs pouvant aller jusqu’à 3 000 mètres.

Alors, les scientifiques à l’origine de l’étude se sont appuyés sur près de 9 000 enregistrements de cachalots, prélevés dans la mer des Caraïbes entre 2014 et 2018 dans le cadre du Dominica Sperm Whale Project. A partir de cette bibliothèque sonore et en s’appuyant sur l’intelligence artificielle, les chercheurs ont identifié la construction des codas, soit un alphabet phonétique semblable au langage humain. Celui-ci se composerait de quatre éléments de base que les cétacés pourraient décliner en un nombre illimité de combinaisons à la façon d’un grand dictionnaire.

Un language illimité

Ainsi, ces animaux sociaux sont capables de produire des variations sonores complexes bien plus riches en informations qu’on ne le pensait auparavant, puisque la combinaisons et la structure des codas dépend directement du contexte conversationnel entre les individus. Autrement dit, les cachalots peuvent donner à un même son une nouvelle signification en fonction du contexte et de l’intonation qu’ils utilisent. Shane Gero, co-auteur de l’étude interrogé par le magazine National Geographic cite pour exemple l’exclamation « Oh mon Dieu ! », qui diffère de la phrase « Oh mon Dieu » selon la situation dans laquelle on l’emploie.

Pour l’heure, cette découverte scientifique ne permet pas de mieux comprendre ce que disent les cétacés entre eux. Néanmoins, elle pourrait faciliter, à l’avenir, notre compréhension de ces animaux pour adapter en fonction nos interactions avec eux. De quoi réduire par exemple le risque de collisions avec les navires ou le niveau de bruit dans les mers et océans. « Nous ne comprendrons jamais ce que les clics signifient pour une autre baleine, mais nous pourrons peut-être comprendre suffisamment ce que les clics signifient pour prédire leur comportement, estime Diana Reiss, professeure de cognition et communication des mammifères marins au département de psychologie du Hunter College et au Graduate Center de la City University of New York. Rien que cela serait un exploit extraordinaire. »

Considérés comme « Vulnérables » sur la liste rouge de l’UICN, les cachalots ont le plus gros cerveau de tous les animaux du globe. Il peut peser jusqu’à neuf kilos, soit six fois le poids moyen de celui d’un être humain. Le cétacé est présent dans tous les océans de la planète ainsi qu’en haute mer. Les femelles vivent en groupe – ou pods– , généralement composé d’une dizaine d’individus, séparément des mâles qui, eux, évoluent en solitaire.

 

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