Faune terrestre
La roussette noire à La Réunion : un retour inattendu

14 juillet 2026
Espèce emblématique des Mascareignes, la roussette noire est aujourd’hui au cœur de plusieurs études dans la région de l’océan Indien. Son histoire, son statut de conservation et ses interactions avec les forêts révèlent toute son importance écologique.
La roussette noire (Pteropus niger) est un mammifère de l’ordre des Chiroptères. Cette chauve-souris de grande taille est endémique des Mascareignes. Elle peut être observée à l’état naturel sur l’île Maurice et, depuis le début des années 2000, à La Réunion.
Ces chauves-souris ont une activité nocturne et se servent de leurs grands yeux ainsi que de leur odorat pour trouver les fruits qui composent leur régime alimentaire. Les roussettes noires font un petit par an et s’en occupent pendant une durée de temps pouvant aller jusqu’à 18 mois. La maturité sexuelle d’une roussette survient entre un an et demi et deux ans, les mâles sont souvent matures plus tôt.
Une espèce en danger
La roussette est, sur l’île Maurice, le dernier et le plus grand des frugivores indigènes encore en vie. Elle est répartie sur l’intégralité de la surface du territoire insulaire et, grâce à sa grande capacité de vol, compose une immense population interconnectée de plusieurs dizaines de milliers d’individus.
Malheureusement, du fait de sa frugivorie, sa relation avec l’être humain n’est pas au beau fixe. La roussette a fait l’objet de plusieurs campagnes de régulation depuis 2015 car elle serait nuisible à la culture fruitière, entraînant un fort déclin des populations. Le statut de conservation de l’espèce a ainsi été révisé en 2018, passant de « Vulnérable » à « En danger d’extinction » sur la Liste rouge de l’Union pour la conservation de la nature (UICN).
Cette situation peut sembler paradoxale, car le gouvernement mauricien régule une espèce pourtant déjà considérée comme étant fragile. Ǫui plus est, de nombreuses études concluent que l’abattage des roussettes mauriciennes ne change pas le rendement de l’industrie fruitière. L’absence de vergers est en effet comblée par d’autres frugivores, comme le macaque de Java (Macaca fascicularis).
Un retour naturel
La Roussette noire et une autre espèce du genre Pteropus, la roussette rougette (Pteropus subniger), plus petite et nichant dans les arbres, auraient disparu de La Réunion au cours du XIXe siècle. Le retour de la roussette noire, deux siècles plus tard, serait dû aux courants aériens cycloniques. Ils auraient pu porter une petite population de Maurice jusqu’à l’est de La Réunion.
Discrète, la population actuelle semble se développer de façon stable. Elle se nourrit de fruits indigènes et exotiques (comme à Maurice), notamment dans d’anciens vergers. Les roussettes réunionnaises sont encore à l’étude par le Groupe chiroptères océan Indien (GCOI) et sont aujourd’hui, là aussi, les plus gros animaux frugivores de l’île.

Le rôle des roussettes dans les forêts indigènes
La roussette noire se nourrit presque exclusivement de fruits charnus. Son régime alimentaire l’amène à interagir avec de nombreuses espèces végétales. Ces interactions définissent les rôles écologiques de ces chauves-souris, puisque la roussette noire officie comme disperseur de graines des petits fruits qu’elle consomme. On parle alors d’endozoochorie.
Pour les fruits de grande taille, l’animal doit, à défaut de pouvoir l’avaler, emporter la graine avec lui. Ce phénomène s’observe lorsqu’il est dérangé par un second individu lors de sa prise alimentaire. Il peut alors s’envoler, fruit en bouche, pour terminer de le manger avant de recracher la graine en vol.
La dispersion des grosses graines nécessite toutefois un certain nombre d’individus dans la population. La littérature scientifique fait état d’un seuil au-dessus duquel cette dispersion est observable. Enfin, si certaines sources décrivent la roussette comme pollinisatrice de certaines espèces végétales, ces informations restent, pour l’heure, à prendre avec précaution, aucune étude n’ayant clairement démontré ce rôle.
Pour aller plus loin : Le rôle de la Roussette noire (Pteropus niger) dans les forêts indigènes, Hoarau J., Salomard M. (2026)
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