Flore terrestre
Cláudia Baider : « On oublie souvent que la forêt est un organisme vivant »

09 avril 2026
Documenter le passé pour éclairer l’avenir. Directrice de l’Herbier national de Maurice depuis 2003, Cláudia Baider évoque le rôle de ces collections, qui permettent de suivre l’évolution des écosystèmes au fil du temps. Entretien.
Quelle contribution les herbiers peuvent-ils apporter à la recherche scientifique ?
Au départ, les herbiers servaient à la science fondamentale — description des espèces, répartition géographique… Mais les usages se sont multipliés et profitent désormais à des domaines plus larges comme l’agriculture, la médecine ou la gestion des espèces envahissantes. Aujourd’hui, il existe un peu plus de 3 000 herbiers actifs dans le monde, regroupant environ 400 millions de spécimens !
Depuis le 19e siècle, la flore de Maurice est bien documentée. Pourtant, nous décrivons encore de nouvelles espèces, et nous en redécouvrons d’autres que l’on croyait éteintes. Ainsi, nous avons aujourd’hui une compréhension bien plus précise de notre patrimoine floristique. À ce titre, les herbiers permettent d’étudier le passé pour mieux éclairer le présent.
Comment leurs usages ont-ils évolué au fil du temps ?
Dans les années 1930, des chercheurs ont mis en place des parcelles de suivi à long terme. Ce travail a contribué à identifier des zones importantes pour la biodiversité, constituant parmi les toutes premières études de parcelles au monde ! Aujourd’hui, nous avons revisité des zones déjà étudiées par le passé et nous avons constaté que la forêt avait perdu la moitié de ses espèces végétales en moins de 70 ans. Cela montre que nous perdons la biodiversité à une vitesse alarmante.
Des études menées à Maurice ont montré que certaines espèces présentes sur l’île sont désormais éteintes. Elles permettent aussi de remonter 38 000 ans en arrière. Au cours de l’Holocène, la composition des forêts mauriciennes a beaucoup varié. Il s’agissait toujours de forêts humides, mais elles oscillaient entre une composition très humide et plus sèche, avec des basculements tous les 150 ans environ. On oublie trop souvent que la forêt est un organisme vivant, changeant, influencé par le climat et par de nombreux autres facteurs aléatoires.
Quel état des lieux dressez-vous des écosystèmes forestiers à Maurice ?
À Maurice, environ 10 % des plantes ont disparu, alors que pour d’autres groupes, les extinctions sont bien plus importantes, notamment chez les oiseaux, les escargots ou encore les mammifères. Mais c’est surtout parce qu’il est plus difficile d’évaluer la disparition définitive d’une plante.
Dans les autres îles de la région, le constat est le même : partout, la déforestation a provoqué des pertes. Même à La Réunion, qui affiche une plus grande proportion de végétation indigène que l’île Maurice, on enregistre des extinctions. Mais elles sont peu nombreuses : moins de cinq espèces officiellement déclarées disparues, contre environ 60 pour Maurice.
