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Conservation

Aux Seychelles, des drones pour protéger les tortues

25 mai 2025

Par : La rédaction

Pour améliorer le suivi des tortues imbriquées, une espèce en danger critique d’extinction, Nature Seychelles a testé l’utilisation de drones sur l’île Cousin pendant la dernière saison de nidification. Plus rapide et moins intrusif, cet outil pourrait compléter le travail de terrain mené depuis les années 1970.

Dans le but de promouvoir la technologie pour la conservation de la nature dans le cadre de son initiative Smart Island, Nature Seychelles a testé l’efficacité de l’utilisation de drones pour surveiller les tortues imbriquées (Eretmochelys imbricata) dans la réserve spéciale de l’île Cousin pendant la saison de nidification, qui vient de se terminer. L’objectif était de voir dans quelle mesure un drone pouvait détecter les tortues imbriquées en train de nicher sur les plages de l’île, contribuant ainsi à la surveillance de cette espèce en danger critique d’extinction.

Le drone a été offert dans le cadre du programme Varuna Biodiversité, qui vise à lutter contre l’érosion du vivant dans la région, financé par l’Agence française de développement (AFD). Varuna a également fourni quatre jumelles. Le personnel a reçu une formation sur mesure avec l’assistance technique et scientifique de Marlene Bauer et Anna Bischof de l’Université de Würzburg, spécialisées dans l’utilisation de drones pour la surveillance de l’environnement.

L’un des programmes de surveillance les plus anciens au monde

L’île Cousin est un site de nidification clé pour les tortues imbriquées dans l’océan Indien occidental, avec des efforts de surveillance des tortues remontant aux années 1970, ce qui en fait l’un des programmes de surveillance les plus anciens au monde. À chaque saison de nidification, l’équipe Cousin Turtle, composée d’un responsable scientifique, de personnel et de bénévoles, patrouille les plages de nidification pour recueillir des données sur les tortues nicheuses afin de suivre leurs populations à des fins de conservation. Cela nécessite beaucoup de main d’œuvre, car l’équipe parcourt les plages toutes les deux heures, de l’aube au crépuscule, sous le soleil brûlant. Le drone devrait compléter cette approche en fournissant une méthode supplémentaire de surveillance des tortues nicheuses.

« En quelques minutes seulement, le drone peut couvrir une portion de plage, ce qui nous permet d’observer les tortues imbriquées lorsqu’elles viennent nicher. Cela permet à un membre de l’équipe d’intervenir rapidement et de collecter des données », explique Chris Tagg, responsable scientifique. Selon Eric Blais, coordinateur technique de Nature Seychelles, les premiers tests ont permis d’identifier les plages clés où le drone peut être déployé efficacement et celles qui présentent encore des défis. « Certaines plages devront encore être contrôlées physiquement en raison de la couverture végétale ou du manque de pistes dégagées. »

Le braconnage en ligne de mire

En plus de la surveillance des tortues, le drone sera également utilisé pour des mesures de surveillance et de lutte contre le braconnage au sein de la zone marine protégée. La réserve spéciale de l’île Cousin est toujours confrontée au braconnage et à la pêche illégale. Le drone améliorera les capacités d’application de la loi des gardes de la réserve, notamment suite à la promulgation de la loi de 2022 sur les réserves naturelles et la conservation.

« Si les gardes-pêche ont le pouvoir de confisquer tout équipement utilisé pour des activités illégales, les braconniers connaissent souvent leurs habitudes. Ils savent aussi qu’une fois repérés, il y a un délai pendant lequel le personnel se rassemble, déploie le bateau de l’île et se dirige vers eux. Sachant cela, ils peuvent se replier dès qu’ils voient ou entendent les bateaux de l’île, ce qui complique l’application des lois. Les drones peuvent accroître la capacité des gardes-pêche à surveiller la zone et à recueillir des preuves », témoigne Eric Blais. Le drone a également été testé pour la cartographie de la végétation au sein de la réserve. « Par temps clair, il peut également être utilisé pour rechercher des requins dans le lagon afin de confirmer si la zone sert de lieu de mise bas pour ces animaux », ajoute le coordinateur.

 

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