Protection
Plus d’une tonne de métaux sortis des eaux de La Réunion

28 mars 2024
Une campagne de prospection a été réalisée afin d’extraire des lagons réunionnais les déchets métalliques qui portent atteinte à la santé des écosystèmes.
Lorsqu’on évoque la pollution des mers et océans, il est souvent question de déchets plastiques. Mais les matières métalliques pullulent elles aussi et font peser de nombreuses menaces sur les organismes vivants : atteinte des organes, des systèmes immunitaires et reproducteurs ou bien du système nerveux. Avec l’oxydation, le fer et le cuivre libèrent des ions extrêmement nocifs, notamment pour les invertébrés sous-marins. La présence de métaux dans l’eau peut également causer des malformations et perturbations nerveuses et hormonales chez les individus au stade larvaire ou juvénile. Ainsi, la transformation chimique des déchets métalliques constitue une véritable atteinte à la qualité des eaux et à la sauvegarde des écosystèmes, particulièrement dans des milieux aquatiques fermés ou semi-fermés comme le sont les lagons.
Des déchets polluants… et blessants
Grâce à la participation financière de l’Etat au titre du programme Fonds vert, une campagne de prospection a été réalisée en 2023 par les bureaux d’études Galaxea et Mokarran Consultant. Le dispositif, dont les résultats viennent d’être dévoilés, visait à évaluer la quantité de ces éléments toxiques et de déterminer leur nature et leur répartition dans les eaux qui ceinturent l’île de La Réunion afin de les collecter et les cartographier. A cet effet, deux plongeurs munis de détecteurs de métaux sous-marins ont été missionnés pour effectuer divers parcours le long des principales plages du département.
En 35 sorties de terrain, chaque plongeur a parcouru au total 25 kilomètres de distance. 1 377 éléments métalliques ont été retirés des lagons et traités pour un poids de 1 220 kilos. Composés essentiellement de fer, ils possèdent systématiquement des bords tranchants ou des pointes acérées et sont donc potentiellement blessants pour l’homme et la faune sous-marine. De nombreux outils, couteaux et ciseaux ont été retrouvés. Leurs lames, parfois rouillées ou brisées, sont toujours coupantes. C’est également vrai pour de nombreux hameçons de grande taille et de grandes plaques de tôle.
La solution la plus concrète et la plus efficace pour les éliminer consiste à les retirer méthodiquement. Cachés aux yeux de tous sous quelques centimètres de sable, leur collecte nécessite un appareillage adapté et un certain savoir-faire. Une grande partie de ces objets en ferraille peut être recyclée par les filières classiques, ce qui représente un atout important par rapport à d’autres types de déchets. D’où le double intérêt de les extraire des lagons et de les réintégrer comme matières premières.
D’autres écosystèmes touchés
Cette intervention inédite et démonstrative peut-être perçue comme une opération pilote et servir d’exemple pour être déployée sur d’autres sites, à La Réunion ou au-delà. Elle est d’autre part susceptible de porter ses fruits sur le long terme, car dorénavant le renouvellement de ce type de détritus ne devrait plus se faire dans ces espaces surveillés (rails, corps morts, pneus, blocs moteurs). C’est particulièrement vrai pour les plombs, car la pêche au filet maillant et la pêche au lancer sont maintenant interdites au sein de ces zones protégées. Les lagons ne sont pas les seuls secteurs touchés par ce phénomène. Il existe beaucoup d’autres zones littorales très fréquentées qui sont souillées par de multiples déchets : caps rocheux, ports et marines, bassins, voire même rivières et embouchures pour lesquels des opérations similaires de prospection et de nettoyage des déchets métalliques seraient nécessaires.
Accessibles à tous, fermés par une barrière corallienne protectrice, avec une profondeur qui n’excède pas 1,50 m et de l’eau chaude toute l’année, les lagons de La Réunion sont un havre de ravissement. Plus de 900 espèces de poissons vivent dans les eaux réunionnaises, ainsi que 150 espèces de coraux, 2 000 espèces de mollusques et quatre espèces de cétacés.
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