Boutique

Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Flore terrestre

Une orchidée spectaculaire découverte à Madagascar

08 avril 2024

Par : La rédaction

La découverte de Solenangis impraedicta a été qualifiée d’extraordinaire. Il s’agit de la seule nouvelle espèce d’orchidée à présenter une adaptation aussi extrême à la pollinisation depuis plus de 50 ans.

Des scientifiques du Missouri Botanical Garden et leurs collaborateurs ont découvert et décrit une nouvelle espèce d’orchidée dans le centre de Madagascar. Cette fleur présente un éperon nectarifère d’une longueur sans précédent et des liens étroits avec la célèbre orchidée de Darwin. Selon les scientifiques à l’origine de la découverte, cette espèce novatrice nécessite une action de conservation urgente.

« Découvrir une nouvelle espèce d’orchidée est toujours un événement excitant, mais trouver une espèce aussi incroyable et charismatique ne se produit qu’une fois dans la carrière d’un scientifique. J’espère vraiment que cette espèce fortement menacée attirera l’attention sur la crise urgente qui affecte la biodiversité de Madagascar et contribuera à soutenir le programme du jardin là-bas », a déclaré Tariq Stévart, directeur du programme Afrique et Madagascar du jardin botanique du Missouri.

La flore de Madagascar est connue pour ses fleurs à tubes floraux allongés pollinisés par des sphinx à longue trompe. La plus célèbre de ces espèces, Angraecum sesquipedale, est connue sous le nom d’orchidée de Darwin, en hommage à la théorie de Charles Darwin selon laquelle la fleur était pollinisée par un papillon à trompe longue qui n’avait pas encore été découvert. Les scientifiques ont décrit le grand sphinx, Xanthopan praedicta, 41 ans après sa prédiction.

Un article récemment publié révèle un nouveau cas inattendu d’évolution parallèle avec l’orchidée de Darwin dans la Solenangis impraedicta nouvellement décrite, dont l’éperon nectarifère atteint une longueur impressionnante de 33 centimètres. « Le contraste entre les petites fleurs de 2 centimètres et le tube nectarifère hyper long est stupéfiant », estime le co-auteur João Farminhão du Jardin botanique de l’Université de Coimbra. Solenangis impraedicta possède le troisième éperon le plus long jamais enregistré chez les plantes à fleurs, et le plus long éperon nectarifère de toutes les plantes connues par rapport à la taille de la fleur. C’est la seule nouvelle espèce d’orchidée présentant une adaptation aussi extrême à la pollinisation par sphinx décrite depuis 1965.

Une localisation tenue secrète

Patrice Antilahimena, botaniste de terrain, a d’abord collecté l’espèce lors de l’étude d’impact environnemental de base d’un site minier dans le centre-est de Madagascar. Dix ans plus tard, la botaniste Brigitte Ramandimbisoa et Simon Verlynde, doctorant au New York Botanical Garden, ont découvert un nouvel emplacement. La nouveauté appartient au groupe des orchidées angraecoides que Stévart et une équipe internationale d’experts ont étudié en profondeur. Stévart, expert en taxonomie et conservation des orchidées africaines, a d’abord identifié cette espèce comme une espèce indéterminée de Solenangis.

« Une approche précautionneuse est nécessaire lors de la publication d’une nouvelle espèce aussi spectaculaire. Les populations sauvages doivent être protégées et surveillées, et des informations détaillées sur leurs coordonnées précises doivent être gardées hors du domaine public. Donc, ne nous demandez pas de révéler où nous l’avons trouvé », a ajouté Stévart. L’écart de 15 ans entre la découverte de cette espèce et sa description formelle a permis à l’équipe de mettre en place des mesures de conservation avant que la Solenangis impraedicta à l’éperon géant n’atteigne la célébrité. Celles-ci incluent la culture ex situ et la constitution d’une banque de graines dans le cadre d’une collaboration entre le jardin et le département de conservation d’Ambatovy.

La biologie de la pollinisation de Solenangis impraedicta a été étudiée préliminairement à l’aide de pièges photographiques par Marie Savignac en 2019. La période d’observation n’a pas donné lieu à des événements de pollinisation concluants, mais les pollinisateurs les plus probables sont les grands sphinx Coelonia solani et Xanthopan praedicta. Le nom de l’espèce impraedicta (signifiant imprévisible en latin) fait référence à la prédiction de Darwin du pollinisateur de l’orchidée étoilée, qui a pris 130 ans pour être confirmée complètement. Espérons que cette fois-ci, il ne faudra pas autant de temps pour identifier le pollinisateur en action…

Photo en Une :  ©  Marie Savignac
Voir plus sur la thématique : Flore terrestre