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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Conservation

Une biodiversité insoupçonnée des mangroves

25 octobre 2024

Par : Nico Koedam, Tom Van der Stocken et Yegor Tarelkin

Si la mangrove abrite une biodiversité terrestre et aquatique très riche, elle est aussi habitée par un autre type d’espèces moins connu : les parasites. Ces organismes qui en colonisent d’autres peuvent apparaître comme nuisibles, mais leurs rôles et leur répartition sont encore peu étudiés. 

Les mangroves sont souvent décrites comme des écosystèmes à très grande biodiversité. Mais qu’entend t-on par là ? Forêts intertidales – situées entre marée haute et marée basse -, elles sont présentes dans le monde entier, le long des côtes tropicales et parfois subtropicales, lorsque les conditions de géomorphologie côtière et de faible énergie des vagues sont réunies. Les mangroves constituent ainsi le seul type de végétation capable de prospérer dans des environnement aquatiques et se composent de 70 à 80 espèces distinctes à travers le globe – le nombre variant en fonction de la définition accordée à la mangrove. Mais chaque forêt n’abrite que quelques-unes de ces espèces. Localement, l’océan Indien occidental en compte jusqu’à 10, dont presque toutes poussent dans l’archipel de Mayotte. Voilà qui offre une notion relative de la biodiversité ! 

Outre les palétuviers qui y poussent, les mangroves sont habitées par de nombreux organismes marins, pélagiques et intertidaux, vertébrés et invertébrés, de façon permanente ou ponctuelle. Elles offrent des substrats aux mollusques, crustacés, éponges, algues, champignons marins et autres micro-organismes marins. En jouant un rôle d’interface entre les milieux marin et terrestre, elles hébergent également des organismes ayant une affinité purement terrestre. En effet, la canopée des mangroves reste généralement au-dessus de la ligne de haute mer, qui correspond au niveau le plus élevé atteint par les marées de vive-eau. Par conséquent, cette canopée constitue un environnement forestier comparable à une forêt terrestre, peuplée d’espèces animales parfois très spécifiques, comme le Géospize des mangroves (Camarhynchus heliobates), l’un des pinsons de Darwin.Cet oiseau ne vit, à travers le monde, plus que dans deux petites formations de mangroves, sur les îles Galapagos, et est en danger critique d’extinction selon l’UICN. Or, le catalogue complet des espèces dans les mangroves ne peut être dressé, les connaissances en la matière étant encore fragmentaires. 

Le gui forme des buissons sphériques dans les branches de palétuviers.

Reste toutefois d’autres organismes, moins familiers et moins désirés : les parasites, alors que certaines croyances erronées voudraient que les mangroves en soient presque dépourvues. D’abord, les palétuviers peuvent abriter des parasites végétaux, comme le gui. Dans l’océan Indien occidental, des espèces d’Agelanthus, forment fréquemment des buissons jaune-vert sphériques suspendus dans la canopée. Mais d’autres parasites accroissent la visibilité du gui. Les insectes xylophages peuvent détruire voire totalement tuer des palétuviers Soleil blanc (Sonneratia alba). Ses branches squelettiques blanches montrent alors clairement la sphère du gui, qui finira par mourir avec son hôte ou la branche infestée. Les galeries creusés dans le bois par les parasites foreurs, comme le coléoptère Bottegia rubra, peuvent en outre atteindre les branches à un niveau inférieur à celui de l’eau. Aussi, les larves d’un papillon de nuit nouveau pour la science et du coléoptère perturbent le flux de sève des arbres et entraîne ainsi leur déclin.

Vraiment nuisibles ? 

Dans le monde entier, les arbres adultes des mangroves ne sont pas les seuls à être attaqués par les insectes. Les propagules de palétuviers sont elles aussi touchées. Celles du Palétuvier rouge (Rhizophora mangle) peuvent être colonisées par de petits coléoptères (Coccotrypes rhizophorae), qui les consomment de l’intérieur. Pourtant, elles parviennent souvent à survivre. En effet, l’attaque du coléoptère, qui creuse une partie des propagules, est finalement compensée de façon équilibrée par la réponse de l’espèce d’arbre qui n’est alors pas éradiqué, comme c’est fréquemment observé dans les relations parasite-hôte.

Mais s’agissant de biodiversité, que penser de ces parasites, souvent appelés « nuisibles » ? Leurs dommages peuvent s’étendre jusqu’à menacer la santé de la forêt. Cependant, tout parasite dépend de son hôte et constitue donc un élément inattendu de la richesse en espèces, autrement dit, de la biodiversité. Alors que la vigilance quant à la santé générale des écosystèmes est tout à fait appropriée, adopter une position purement forestière en ne voyant les parasites que comme une attaque contre les arbres de mangrove néglige leurs rôles inconnus. Il convient d’élargir l’intérêt de la recherche et de prendre en compte la nourriture offerte par les fruits du gui, la niche spatiale offerte à d’autres invertébrés par les galeries des foreurs et éventuellement l’interaction complexe des champignons avec eux dans le maintien de cet écosystème. La découverte récente du papillon de nuit xylovore en tant que nouvelle espèce parasite montre clairement que des recherches ciblées peuvent apporter de nouvelles découverte. Alors, la conservation et une bonne gestion ne doivent pas être uniquement motivées par des critères de richesse en espèces, mais par l’unicité et l’importance d’un écosystème dans son ensemble. 

 

>> Découvrez l’ensemble de notre dossier consacré aux mangroves du sud-ouest de l’océan Indien dans le deuxième numéro de la revue Gecko.


 

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