Herpétologie
Un gecko endémique a-t-il disparu du Maïdo à La Réunion ?

08 septembre 2025
Alors qu’un incendie a récemment frappé le sommet du Maïdo, l’association Nature Océan Indien avait lancé, quelques semaines plus tôt, une campagne de détection du Gecko vert de Bourbon sur le site. Les résultats de l’étude invitent à prendre des mesures urgentes en faveur de cette population unique.
Où en est la plus haute population d’altitude du Gecko vert de Bourbon (Phelsuma borbonica) ? En 2000, le naturaliste Geoffrey Bertrand découvre quelques individus sur le site du Maïdo, entre 2 200 et 2 350 mètres. Jamais jusqu’alors la présence d’un reptile n’avait été détectée à une telle altitude. Quatre ans plus tard, les premières estimations suggèrent un effectif avoisinant 250 individus de l’espèce, parfois appelée Gecko vert des Hauts.
Depuis, cette population, particulière de par son isolement, ses spécificités écologiques et sa différenciation génétique, fait l’objet d’un suivi scientifique et de mesures de gestion, mais des événements successifs l’ont impactée. Entre 2010 et 2020, trois incendies ont touché la zone, consumant au total 3 690 hectares. Ainsi, depuis 2021, plus aucun individu de Gecko vert de Bourbon n’a été observé au Maïdo, sans pour autant confirmer ou infirmer la disparition de l’espèce sur le site.
Des prospections intensives
Alors, l’association Nature Océan Indien, soutenue par le Conseil départemental de La Réunion, a récemment lancé une étude dans la zone. Au total, 4,7 kilomètres linéaires de rempart rocheux ont été passés au crible, à l’intérieur et à l’extérieur du périmètre incendié, dont 3,3 kilomètres de falaise non incendiée.
Au total, plus de dix heures de survol par drone ont été réalisées, couplées à environ six heures d’observation à la jumelle. Les quelque 2 450 photos prises sur le site ont été analysées humainement et donc visuellement sur ordinateur. En cas de détection d’un gecko sur une image, la géolocalisation associée à la photographie permet d’estimer sa position, dans une certaine limite.
Résultat : aucun Gecko vert de Bourbon n’a été observé, pas même de trace ou de ponte. Si cette absence d’observation ne permet pas de conclure formellement à la disparition de la population, elle suggère que, si des individus subsistent, leur densité est aujourd’hui extrêmement faible, traduisant une forte érosion de la population.
Plusieurs hypothèses peuvent être émises quant à la décroissance et à la non-détection de la population :
- Effets cumulatifs des incendies (perte d’habitats favorables, mortalité directe des individus, modification des microclimats) ;
- Vulnérabilité accrue aux aléas climatiques et anthropiques ;
- Facteurs méthodologiques et saisonniers (prospection réalisée entre mai et juin, période de transition vers l’hiver austral, où les geckos sont moins actifs).
Des efforts à poursuivre
Quoi qu’il en soit, des mesures de conservation urgentes doivent être prises. D’abord, Nature Océan Indien appelle à considérer la population de Gecko vert de Bourbon du Maïdo comme en danger critique d’extinction, voire possiblement éteinte. L’association appelle par ailleurs à planifier de nouvelles prospections ciblées en période estivale, de novembre à mars, afin de maximiser la probabilité de détection. Cette mesure devra s’accompagner d’un renfort plus général de la surveillance et de la protection des deux autres (et uniques) populations saxicoles d’altitude, situées au Dimitile et au Cimendef.
Le Gecko vert de Bourbon est l’une des deux seules espèces de geckos endémiques de La Réunion, avec le Gecko vert de Manapany. À l’échelle de l’île intense, il est classé en danger d’extinction par l’UICN. Petit reptile diurne principalement arboricole, il vit généralement entre 400 et 1 000 mètres d’altitude dans la plupart des forêts humides préservées de l’Est, du Sud et du Nord.
Crédit photo : © Nature Océan Indien
Voir plus sur la thématique : Herpétologie