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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

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Steven M. Goodman et la nouvelle histoire naturelle de Madagascar

Steven M. Goodman est un biologiste de terrain de renommé mondiale, spécialiste de Madagascar.

20 juin 2023

Par : David Josserond

20 ans après la publication d’un premier ouvrage intitulé L’histoire naturelle de Madagascar (Goodman et Benstead, 2003), Steven M. Goodman récidive. Accompagné de 17 spécialistes, le scientifique vient de sortir un nouveau recueil largement révisé et élargi, regroupant les contributions de plus de 600 experts de renommée mondiale, et baptisé cette fois : La nouvelle histoire naturelle de Madagascar. Entretien avec le biologiste de terrainau sein du Field Museum of Natural History de Chicago et cofondateur de l’association Vahatra à Madagascar.

Gecko : Vous réalisiez il y a 20 ans une synthèse à grande échelle de l’histoire naturelle de Madagascar. Pourquoi proposer aujourd’hui une nouvelle édition ?

Steven M. Goodman : La faune et la flore de Madagascar ont depuis toujours suscité un intérêt fort de la part des naturalistes et des biologistes : 90 % des plantes et 85 % des animaux qui y vivent sont endémiques. Aussi, à travers son endémicité exceptionnelle et son rôle indéniable dans la colonisation des espèces sur les autres îles environnantes, Madagascar est aujourd’hui considérée comme le « berceau de la biodiversité dans le sud-ouest de l’océan Indien ».

En 2003, le premier ouvrage venait ainsi achever plusieurs décennies d’exploration biologique de l’île, en mettant en lumière des projets de recherche portant sur une variété de thématiques, allant de la géologie à la climatologie, en passant par la botanique, l’écologie forestière ou encore l’étude des écosystèmes marins et côtiers… Mais force est de constater qu’en moins de 20 ans, notre connaissance de la biodiversité de l’île de Madagascar s’est considérablement accrue, du fait notamment du nombre grandissant de jeunes chercheurs malgaches formés ces dernières années, et qui prennent part désormais de manière très active aux différents projets de recherche.

En ce sens, on peut dire que les efforts portés au travers de l’Ecology Training Program (ETP) imaginé et mis en place par le WWF Madagascar au début des années 1990, et transféré par la suite à l’association Vahatra, portent enfin leurs fruits. J’en veux pour preuve qu’en 2003, alors que seuls 16 contributeurs étaient d’origine malgache pour le premier ouvrage, ils représentent désormais plus d’un tiers des 600 contributeurs ayant participé à l’élaboration de ce recueil.

En quoi consistait brièvement ce programme ?

L’idée sous-jacente à la mise en place d’un tel programme était le développement et le renforcement des capacités des étudiants et chercheurs en écologie et en biologie de la conservation, en particulier vis-à-vis de la faune terrestre. Depuis, l’association Vahatra, que j’ai cofondée, est en charge de l’animation de ce programme. Depuis le début des années 1990, ce sont ainsi près de 450 étudiants diplômés qui ont été encadrés au cours de leurs études et plus de 580 étudiants malgaches qui ont participé aux écoles de terrain. On explore, aux côtés des étudiants et chercheurs malgaches, les forêts inconnues ou mal connues de l’île, pour renforcer leurs connaissances en biologie évolutive et collecter des données de manière à prioriser les actions de conservation à mener dans le futur. Les quatre scientifiques cofondateurs de Vahatra cumulent d’ailleurs à eux seuls plus de 120 ans d’expertise sur le terrain et l’étude de la biodiversité malgache !

En matière de conservation, quel regard portez-vous sur les ambitions affichées par la dernière COP15 biodiversité, et notamment celle de protéger 30 % des aires terrestres ?

Madagascar héberge une faune et une flore uniques au monde. Mais du fait de la conversion des terres à l’agriculture, de la dégradation ou de la destruction des habitats, des ravages causés par le développement des espèces exotiques envahissantes, de la chasse ou encore des effets du changement climatique, notre biodiversité est en péril. Quotidiennement, des pans entiers de forêts s’éteignent, et avec elles toute la faune et la flore endémiques de notre île. Une récente étude dont je suis co-auteur sur l’extinction des mammifères malgaches révèle notamment que si toutes les espèces aujourd’hui menacées finissaient par s’éteindre, l’évolution aurait besoin de 23 millions d’années pour reconstituer une telle diversité.

Il y a urgence à agir ! Nous avons devant nous selon moi environ cinq ans, peut-être 10 ans au maximum, pour tenter d’inverser la tendance. Face à ce constat, j’ai pourtant tendance à dire qu’il ne faut être ni optimiste, ni pessimiste mais… réaliste et pragmatique ! Aussi, depuis une vingtaine d’années et la promulgation en 2003 du Code de gestion des aires protégées, les aires protégées à Madagascar ont été considérablement étendues, passant de 2 % à 13 % aujourd’hui de la superficie des aires terrestres. On est encore loin du chiffre de 30 % comme ambitionné par la récente COP15 biodiversité, mais cela doit au moins concourir à maintenir et accentuer les dynamiques de conservation.

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