Edito
Sauvegarder la biodiversité

21 septembre 2023
L’Homme n’est pas au centre de la biodiversité, il n’en est qu’une composante. Pourtant, en seulement deux siècles, il a gravement détérioré les relations qu’il entretient avec la nature, alors même qu’il en dépend. Nous sommes, depuis, de plus en plus sensibilisés au changement climatique, dû principalement aux émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, l’opinion publique demeure moins avertie de la tendance à l’effondrement du vivant pendant que nous traversons la sixième extinction de masse de l’histoire de la planète, selon une large frange de la communauté scientifique.
Comme le changement climatique, cette extinction en cours présente deux aspects originaux par rapport aux précédentes : sa rapidité et son origine humaine. Nous imposons à la nature des pressions insupportables comme les pesticides, la surpêche, la déforestation, l’artificialisation des sols, la destruction des habitats naturels, la surexploitation des ressources… Leurs causes sont identifiées et les solutions suggérées, mais les gouvernements sont encore très frileux sur les décisions à prendre pour enrayer ces processus. Les récentes avancées des négociations internationales, dont celles de la COP15 biodiversité, à la fin 2022, sont encore bien timides. L’incitation à étendre et renforcer les aires protégées ou la protection des ressources biologiques de la haute mer sont des décisions utiles mais de portée trop limitée pour enrayer l’érosion de la biodiversité.
Un nouveau regard sur la biodiversité dans l’océan Indien
Dans ce contexte, la société civile peut jouer un rôle essentiel. En se fixant la tâche d’informer et de mobiliser, elle a le pouvoir de peser sur les décisions politiques et de faire connaitre toutes les initiatives pour sauvegarder le vivant. C’est le rôle que s’assigne Gecko, porté par l’association des Naturalistes de Mayotte, qui avait déjà édité Univers Maore, une revue de vulgarisation scientifique centrée sur Mayotte.
Aujourd’hui, avec le soutien décisif de l’Agence française de développement (AFD) au sein du programme régional Varuna Biodiversité, elle se fixe un périmètre d’action plus large : l’espace insulaire francophone de l’océan Indien. Cette vaste région, qui comprend Madagascar, l’Union des Comores, Maurice, les Seychelles, La Réunion, Mayotte et les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), correspond à l’un des 36 points chauds de la biodiversité mondiale, c’est- à-dire une zone critique où une riche biodiversité est fortement menacée par les activités humaines.
La famille des geckos, témoins du vivant dans nos îles
Comme un symbole de la biodiversité qui lie l’ensemble de ces territoires, la famille de reptiles des geckos, à laquelle la revue a emprunté son titre, est présente dans l’ensemble de la zone, et même au-delà. La diversification du seul gecko diurne (Phelsuma) a touché toutes les îles. Chacune d’entre elles compte au moins une espèce endémique, ce qui en fait un précieux indicateur de la biodiversité.
Ainsi, à travers sa revue semestrielle et son site web, Gecko ouvre ses colonnes à tous les acteurs de terrain investis dans l’environnement régional, sa connaissance et sa protection. Avec ces nouveaux supports, universitaires, chercheurs, spécialistes, mais aussi élus, militants, associations et entreprises privées, pourront partager leurs recherches, leur expertise et leur expérience. En encourageant la mise en réseau et l’échange de bonne pratique, nous avons à coeur de construire ensemble des stratégies de conservation et préservation efficaces.
Photo en Une : Phelsuma nigristriata, une espèce de gecko endémique de Mayotte © Hadrien Vives