Protection
Récifs coralliens à Madagascar : quelle stratégie face à leur déclin ?

25 juillet 2025
Une vingtaine d’aires marines protégées ont vu le jour sur la Grande Île depuis 1987. Elles tendent à renforcer la résilience des écosystèmes marins, dont les récifs coralliens, aujourd’hui menacés d’effondrement.
Les récifs coralliens de Madagascar comptent parmi les plus riches et diversifiés du sud-ouest de l’océan Indien. Ils s’étendent sur une superficie d’environ 3 900 kilomètres carrés, principalement au large des côtes occidentales du pays. Cette biodiversité exceptionnelle sert d’habitat, de nurserie et de zone d’alimentation pour des milliers d’espèces marines. En plus de leur rôle écologique essentiel, ces récifs soutiennent les moyens de subsistance des communautés côtières et contribuent à l’économie nationale, notamment à travers la pêche et le tourisme.
Un écosystème déséquilibré par les pressions anthropiques
Diverses perturbations, comme le changement climatique et l’érosion causée par les activités humaines, altèrent la résilience de ces écosystèmes. Depuis les années 80, elles entraînent un déclin de l’état de santé des récifs et des services qu’ils rendent aux humains. À l’ouest de Madagascar, les conséquences sont particulièrement nombreuses. Les conditions climatiques défavorables aux activités agro-pastorales accentuent la dépendance des populations côtières aux activités marines.
La surexploitation des ressources a par exemple contribué à l’effondrement des populations de poissons carnivores et herbivores. Ce déséquilibre dans la chaîne alimentaire a entraîné une prolifération inquiétante d’algues. Un autre exemple est l’exploitation d’espèces clés, comme le triton (Charonia tritonis), prédateur naturel des étoiles de mer dévoreuses de coraux (Acanthaster spp.). En trop grand nombre, ces dernières, à l’instar des algues, deviennent nuisibles à la recolonisation et à la survie des récifs. De plus, terre et mer étant reliées, la déforestation en amont des fleuves engendre d’importants apports de terre dans les eaux récifales, qui finissent par étouffer les coraux. Pris en étau, les récifs sont vulnérables à la surexploitation des ressources terrestres et marines.
Des récifs coralliens connectés : un gage de survie face au changement climatique ?
Les eaux du canal du Mozambique, notamment au nord, sont considérées comme les plus chaudes du sud-ouest de l’océan Indien. À l’est de Madagascar, le brassage dû aux forts courants et la forte pluviométrie atténuent le réchauffement des eaux. La situation est différente à l’ouest, où la hausse des températures a entraîné des épisodes de blanchissement des coraux plus intenses. De plus, la surexploitation des ressources affectent moins les récifs de la côte est du pays. Les populations privilégient en effet d’autres sources de revenus, comme la culture des produits agricoles de subsistance et d’exportation ou l’exploitation du bois.

En plus des influences climatiques et humaines, le potentiel de résilience des récifs coralliens de Madagascar peut varier selon les régions. Pour cause ? L’étendue de l’île et de la diversité des conditions océanographiques et environnementales. Par exemple, la présence du courant sud équatorial (CSE) favorise la connectivité des récifs situés à l’est et au nord-est du pays. Celle-ci augmente leur capacité de résilience. Au nord-ouest, la branche nord du CSE associé aux courants du canal du Mozambique assure une connectivité importante entre les récifs de cette région. Cette connectivité contribue notamment à un apport en larves et propagules. Cela permet non seulement le maintien et le renouvellement des populations d’espèces récifales, mais aussi une recolonisation plus efficace après le passage d’une perturbation. Elle induit aussi une forte diversité corallienne et des taux de recrutement plus élevés, qui favorisent également la résilience.
Les récifs de la côte est, nord-est et nord-ouest de Madagascar ont été classés parmi les plus résilients au monde, avec ceux des Îles Salomon, des Fidji, des Philippines, de Cuba, d’Indonésie et de Tanzanie. Ils font donc figure de « refuge » face au changement climatique. Ils doivent ainsi impérativement faire l’objet de mesures de conservation efficaces. De plus, ceux situés entre le sud de Toliara et l’extrême sud de Madagascar montrent aussi une certaine résilience. Ils ont enregistré un redressement de la couverture corallienne après le blanchissement massif de 2016. En 2024, le taux de mortalité corallienne y est resté faible, malgré un nouvel épisode de blanchissement.
Les aires marines protégées comme stratégie nationale
Les récifs coralliens à Madagascar ont une forte valeur écologique et socio-économique. Face à leur déclin, le pays s’est investi dans la création d’aires marines protégées (AMP). La première a été officiellement décrétée en 1987. Désormais, Madagascar compte 22 aires marines protégées. Elles couvrent 14 451 kilomètres carrés et protègent près de 27 % des récifs coralliens du pays. Des efforts sont toujours en cours pour atteindre l’objectif fixé par le pays, qui ambitionne de tripler la surface de ses AMP. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de l’objectif 10 d’Aichi, et du cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal.
La stratégie du pays pour étendre les aires marines protégées vise à identifier de nouveaux sites potentiels. Elle s’appuie en grande partie sur les zones clés pour la biodiversité (KBAs), un processus encore en cours de finalisation. Parallèlement, les autorités commencent à combler les lacunes politiques. Ces blocages empêchaient jusqu’ici les communautés locales d’obtenir des droits de gestion sur les pêcheries traditionnelles. Un cadre juridique et réglementaire pour la gestion des ressources marines et côtières est d’ailleurs en cours d’élaboration pour formaliser le statut des aires marines gérées localement (LMMAs).

Plus de 200 LMMAs existent actuellement dans le pays, ainsi que d’autres mesures de conservation efficace par zone (OECMs). Des études ont démontré l’efficacité de ces mesures de gestion sur la pêcherie aux poulpes (dans les LMMAs de la côte sud-ouest), sur la pêcherie aux langoustes (dans les LMMAs de la côte sud-est) et sur la conservation des organismes coralliens (dans une AMP du nord-ouest).
Les acteurs de la conservation à Madagascar ont tiré des leçons de ces expériences. D’abord, les AMP de petite taille et accessibles sont les plus faciles à gérer. Les moyens nécessaires à leur surveillance restent relativement modérés et plus faciles à appliquer face aux mesures de restriction. De plus, plus une AMP est ancienne, plus ses effets positifs sur la biodiversité marine sont perceptibles. Enfin, une AMP disposant de ressources humaines et financières suffisantes sera également plus efficace. Ces enseignements sont essentiels pour renforcer la protection des récifs coralliens à Madagascar.
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