Conservation
Maurice : la société civile plaide pour la reconnaissance des droits à la nature

02 novembre 2024
Et si l’environnement était considéré comme une véritable entité juridique ? C’est ce que propose une association mauricienne pour mieux défendre les droits à la nature et endiguer les crises environnementales et climatiques, économiques et sanitaires.
Face à l’urgence écologique mondiale, l’idée de reconnaître des droits à la nature fait son chemin. Dans l’océan Indien, des voix citoyennes et associatives, comme celles d’Eco-Sud à Maurice, appellent à considérer les écosystèmes comme des entités juridiques dotés de droits légaux au même titre que les êtres humains. «[La] destruction des écosystèmes affecte directement la santé humaine, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau – source de toute vie – et le bien-être de tous les êtres vivants, pointe du doigt l’association apolitique dans un communiqué de presse daté du 29 octobre. Ces crises environnementales et climatiques, qui se succèdent et s’amplifient, aggravent les inégalités économiques et sociales, bafouant les droits fondamentaux des populations, en particulier celles les plus marginalisées, exclues et en situation de vulnérabilité face aux risques et aux désastres. »
Les 19 signataires de l’appel à reconnaître les droits à la nature dénoncent les politiques environnementales passées et actuels. Celles des 20 dernières années ont, selon eux, « échoué à freiner la dégradation rapide des ressources naturelles : artificialisation des sols, urbanisation incontrôlée et destruction des zones écologiquement sensibles. Et ce, malgré les lois censées les protéger et les mesures indirectes visant chacune de ces crises. » Cités en exemple, les permis dits Environmental Impact Assessment (EIA) ou Evaluation d’Impact sur l’Environnement, qui continuent d’être délivrés dans des régions déjà fortement fragilisées sur le plan écologique.
Droits à la nature : pour quoi faire ?
Selon le communiqué, « Reconnaître directement la nature dans toute sa complexité – définir, respecter et protéger les Droits de la Nature – est essentiel pour lui permettre de se ressourcer, de revivre, de s’épanouir, et par ce biais, garantir notre propre survie. En leur accordant un statut juridique, nous reconnaissons que la nature a des droits intrinsèques, au-delà de son utilité matérielle, et pas seulement pour l’humanité. Cela permettrait de protéger efficacement les écosystèmes contre les activités destructrices, tout en offrant aux citoyen.ne.s une base juridique pour agir en tant que gardien.ne.s de la nature devant les tribunaux. »
L’idée de reconnaissance des droits à la nature n’est pas nouvelle. Cette approche trouve ses racines en Equateur, où la nature a été reconnue comme sujet de droit en 2008 dans la Constitution. En 10 ans, le pays a enregistré 25 procès liés aux droits à la nature – la moitié à l’incitative de la société civile, l’autre du gouvernement. La Nouvelle-Zélande a suivi en octroyant un statut juridique à la rivière Whanganui, reflétant une vision maorie de l’interconnexion entre humains et écosystèmes. Ces initiatives visent à protéger efficacement la biodiversité face à des menaces telles que la déforestation, la pollution et le changement climatique.
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