Conservation
Les forêts de Madagascar, un héritage régional

24 avril 2026
De la formation des forêts de Madagascar il y a des millions d’années, à la déforestation qui les menace aujourd’hui, l’histoire écologique de la Grande Île revêt une importance capitale. D’abord pour caractériser ces écosystèmes forestiers comme réservoir mondial de biodiversité, mais aussi pour mieux cibler les priorités de conservation.
C’est une île vieille du Jurassique et du Crétacé et l’une des plus anciennes du monde. Madagascar faisait autrefois partie du Gondwana, un supercontinent qui a commencé à se fragmenter il y a environ 170 millions d’années. Rattachée à l’Inde, à l’Afrique et à d’autres masses continentales, elle s’est progressivement séparée jusqu’à s’isoler durant une période géologique exceptionnellement longue. Aujourd’hui, elle émerveille le monde par la richesse étonnante de ses forêts, qui ont non seulement structuré la biodiversité locale, mais aussi contribué à celle des autres îles du sud-ouest de l’océan Indien. Néanmoins, ce patrimoine unique se dégrade rapidement. Près de 100 000 hectares de forêts sont perdus chaque année à Madagascar, y compris dans les aires protégées. Pour de nombreux biologistes, comme le Professeur Steven Goodman, comprendre l’origine, l’organisation et le fonctionnement des forêts malgaches est essentiel pour éclairer les choix de conservation adaptés aux réalités écologiques et humaines de l’île.
Un patrimoine millénaire
Si la flore que Madagascar partageait initialement avec le Gondwana a profondément évolué au fil du temps, elle conserve des affinités anciennes, notamment avec l’Inde. « Il y a environ 80 millions d’années, alors que Madagascar avait déjà largement atteint sa position actuelle, l’Inde était encore rattachée au Madagascar, raconte le biologiste. L’Inde dérive vers le Nord, suivie de la collision avec les plaques asiatiques et de la formation de l’Himalaya, a profondément modifié la circulation atmosphérique régionale, entraînant l’apparition des systèmes de mousson dans l’ouest de l’océan Indien. »
Dans ce climat devenu plus humide, de nouvelles plantes ont progressivement colonisé Madagascar par dispersion à longue distance de spores et de graines, via les animaux, les courants marins ou le vent. Ces apports successifs, combinés à des millions d’années d’isolement, ont contribué à la formation d’une flore originale et largement endémique. Certaines lignées végétales apparues à Madagascar se sont ensuite dispersées vers d’autres territoires de l’océan Indien, par exemple les baobabs. « Une espèce de baobab malgache s’est étendue jusqu’à l’archipel des Comores, une autre vers l’Australie, tandis qu’une troisième a colonisé l’Afrique continentale et cinq autres sont endémiques à Madagascar, donne pour exemple Steven Goodman. Les flores montagnardes de La Réunion, de l’île Maurice, des Comores, de Mayotte et de certaines régions des Seychelles sont, pour une large part, d’origine malgache. »
Un taux d’endémisme remarquable
Madagascar figure aujourd’hui parmi les régions les plus riches en espèces végétales de la planète. Elle compte au moins 12 000, selon les estimations de certains experts, peut-être 15 000, plantes vasculaires décrites et au moins 2 000 encore à décrire, pour un endémisme global estimé à 87 %. Une partie importante de cette diversité se concentre dans les forêts humides à feuilles persistantes (dont les plantes gardent leurs feuilles tout au long de l’année), là où la canopée peut atteindre jusqu’à 30 mètres de hauteur. Cependant, celles-ci sont gravement menacées, notamment par l’agriculture sur brûlis (ou tavy en malgache), qui transforme progressivement les habitats naturels en champs cultivés ou en friches. « À Madagascar, on parle souvent de la crise de la biodiversité. Mais ce n’est probablement pas la meilleure façon de l’évoquer. Il s’agit en réalité d’une crise socio-économique, nuance Steven Goodman. À La Réunion et à Maurice, la situation est bien plus favorable pour les communautés locales, qui ne sont pas obligées de pratiquer une agriculture de subsistance ou d’exploiter les ressources forestières, comme c’est le cas à Madagascar. »
📖 Cet extrait d’article vous a plu ? Voici ce qu’il vous reste à explorer :
• les principales causes de déforestation à Madagascar ;
• les différents types de forêts de l’île, leurs caractéristiques, leur originalité et les dangers qui pèsent sur celles-ci ;
• la complexité socio-économique à appréhender pour mieux envisager la conservation des forêts.
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